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Petite histoire de la propulsion motorisée des bateaux
Navigation à vapeur dans le Royaume des deux Siciles
Società Napoletana Pietro Andriel
Le Ferdinando Primo – Le premier voyage de Naples à Marseille
En juin 1816, Andriel se dissociait de Pajol et lui laissa les rênes de la société nouvellement créée à Paris. Il réussit à intéresser à la navigation à vapeur Ferdinand 1er, roi des Deux-Siciles, qui lui donna le 14 janvier 1817, la concession du monopole de la navigation à vapeur dans le royaume et qui se concrétisa par la création de la Società Napoletana Pietro Andriel. Cette dernière fit construire à Naples le « Ferdinando Primo », un trois-mâts avec des roues à aubes. Son lancement eut lieu le 24 juin 1818.
Je vous propose dans ce nouvel article de découvrir son premier voyage de Naples à Marseille.


Le premier voyage de Naples à Marseille
Après avoir fait plusieurs essais dans la baie de Naples, le Ferdinando Primo était prêt pour son premier voyage vers Marseille via Livourne et Gênes.
Le 27 septembre 1818, il quitta Naples à 5 h du matin sous le commandement du capitaine Andrea di Martino et de M. Giuseppe Libetta, enseigne de vaisseau de 2e classe de la marine royale de Naples, autorisé par son souverain à mener ce premier voyage. Il embarquait un mécanicien britannique pour veiller au bon fonctionnement de la machine ainsi que dix hommes d’équipage. Le voyage jusqu’à Livourne devait durer 10 jours.
Extrait du journal de bord : « Le matin du 27 septembre, nous avons appareillé de Naples à 5 h et, malgré un vent contraire, nous avons atteint le phare de Procida. Là, le vent avait tourné à l’est-sud-est et le navire a commencé à subir de violentes secousses continues ; par moments, nous marchions que sur une seule roue. À 18 h, nous nous sommes trouvés près du Monte Circello, mais la tempête nous a contraints à reprendre la mer et à mettre le cap sur les îles de Ponza Zaunone.
Durant la nuit, le vent s’étant calmé et ayant viré au sud-est, nous avons fait route vers Fiumicino, où nous sommes arrivés (le 28 juillet 1818) à midi. Nous avons alors aperçu des bateaux qui s’approchaient de nous, presque comme pour nous secourir, car leurs marins, induits en erreur par la fumée qui s’échappait de la machine à vapeur et par l’absence de voiles à bord, soupçonnaient un incendie. La même chose nous est arrivée plus d’une fois durant ce voyage.
Nous avons pris quelques petites embarcations comme guides et nous nous sommes aventurés à l’embouchure du Tibre, mais comme l’eau n’était pas assez profonde, nous nous sommes retrouvés dans une situation si difficile que sans la puissance surprenante de notre machine à vapeur, la sortie n’aurait pas été facile.
Nous sommes arrivés à Civitavecchia en fin d’après-midi et avons louvoyé toute la nuit autour du cap Louvre, attendant le lever du jour. Lorsque celui-ci a enfin percé (le 29 septembre) les nuages et que nous avons aperçu la ville, nous avons repris la mer en direction de Monte Argentaro.
À ce dernier endroit, il se trouve qu’un de nos marins, peu expérimenté dans l’alimentation en charbon du foyer, a endommagé une chaudière. Cet accident nous a contraints à faire escale à Porto Ercole. »
4 octobre, à midi, il appareillait pour Livourne.
5 octobre, à 9 h 30, il arrivait à Livourne, battant pavillon napolitain, armé de deux canons, avec trois passagers.
On rapporte que son approche a déclenché une alerte auprès des gens de mer. Les gardiens du phare aperçurent au loin une grande carcasse se mouvant à l’aide de deux petites voiles latines attachées à deux mâts très courts. Ils présumèrent d’abord que c’était un bâtiment malmené par la tempête. Leurs craintes se firent plus vives lorsqu’ils aperçurent l’épaisse fumée qui se répandait sur le pont, en leur faisant penser à un navire ayant le feu à bord. Le signalement provoqua la sortie de plusieurs bateaux de secours qui se hâtèrent vers le navire prétendument en grand danger. Ces derniers, à proximité du bateau, durent reconnaître leur méprise. Le Ferdinando Primo entra sans encombre dans le port de Livourne.
13 octobre, après la quarantaine imposée par l’administration de la Santé , il appareillait de Livourne pour Gênes.
14 octobre, il arrivait à Gênes.
Les jours suivants, amarré dans le port, il suscita un vif intérêt populaire. De nombreuses personnalités montèrent à bord et l’on vit même : « … plusieurs dames élégantes qui, surmontant leurs craintes habituelles, descendirent au troisième étage, dans la salle des chaudières, sans paraître incommodées par l’odeur de charbon ni par la chaleur intense ».
Dimanche 25 et lundi 26 octobre, il fit des manœuvres devant une foule impressionnée par la facilité de sa mise en mouvement sans manœuvres apparentes et sa promptitude à virer de bord.
Le bateau est sorti du port avec un vent de terre assez fort, il s’est éloigné de deux à trois milles et est revenu vent debout sans louvoyer, droit à son but, avec une vitesse à peu près égale à celle de sa sortie. Cette manœuvre absolument impossible avec un bâtiment à voiles donna encore plus d’éclat à l’expérience.
Le comte Des Geneys, gouverneur général, accompagné des principaux officiers de la Marine royale, le duc de Dalberg, ambassadeur de France, et de nombreux négociants assistaient aux manœuvres.
L’enseigne de vaisseau M. Giuseppe Libetta, ayant accompli sa mission de mener les premiers essais, quittait le commandement du bateau pour reprendre son service dans la marine royale *.
*) Hypothèse : Il semble que de Naples à Gênes, le Ferdinando Primo fut considéré comme un navire militaire, deux canons avaient été embarqués, et qu’il perdit ce statut de Gênes à Marseille en devenant navire de commerce.
30 octobre, il appareillait pour Marseille avec 10 passagers, commandé par M. Andrea de Martino, enseigne de vaisseau de 2e classe.
04 (03 ?) novembre, il accostait à Marseille chargé de diverses marchandises. C’était le premier bateau à vapeur à entrer dans ce port. Peut-être le même jour, il connut un grand succès en prenant en remorque une bombarde chargée de bois qui ne pouvait pénétrer dans le port vent debout.
07 novembre, Ce jour-là, ce fut une première : une promenade par un vent assez fort et une grosse mer. Il avait à son bord plusieurs fonctionnaires publics et de nombreux négociants marseillais.
11 novembre, par un calme parfait, il fit une seconde promenade autour du château d’If et exécuta différentes manœuvres qui provoquèrent l’admiration et l’étonnement des invités. On croit qu’il y avait 500 personnes à bord.
23 novembre, le Ferdinando Primo quittait Marseille chargé de marchandises pour se rendre à Gênes avec à son bord quinze passagers.
Il fit son dernier voyage en mars 1820 en raison de difficultés économiques rencontrées par l’entreprise et fut démantelé.