Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

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La prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque. Nous verrons quelles étaient les préoccupations des Nazairiens de cette époque.
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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines
Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

Voyage des ministres

M. Leygues, ministre de la marine, M. Daniel-Vincent, ministre des travaux publics et leurs collaborateurs* ont quitté le quai d’Orsay (Paris) le vendredi 25 juin, vers 8 heures 40.
Prévue à 15 heures 33, leur arrivée se fit vers 16 heures à la gare de Nantes (Paris-Orléans).
Ils ont été reçus, sur le quai, par les autorités civiles et militaires**. Les présentations se firent dès la descente du wagon spécial et ils se rendirent, en automobile, à la préfecture pour la réception officielle.

* Le ministre de la marine était accompagné du capitaine de frégate Roux, du capitaine de corvette Ferré et de son cabinet militaire ; le ministre des travaux publics, était accompagné de M. Collard, son chef de cabinet
** M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure ; M. Bellamy, député-maire de Nantes ; MM. Sibille et Merlant, députés ; le général Spire, remplaçant le général Ragueneau, commandant le corps d’armée ; M. le préfet maritime de Lorient, l’amiral d’Adhémar de Cransac ; le contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord ; les sous-préfets de Châteaubriant, Paimbœuf et Ancenis ; M. Veil, premier adjoint au maire de Nantes: M. Moutard, directeur de l’arsenal d’Indret ; la majorité du conseil municipal ; M. Joubert des Ouches, chef de cabinet du préfet ; M. Vauthier, vice-président du conseil de préfecture ; M. Moitessier, secrétaire général de la Mairie ; M. Vuillemin, président de la Chambre de commerce etc.

Ce fut ensuite l’inauguration, au château de Nantes, des expositions des tissus anciens et des arts décoratifs modernes que les deux ministres présidèrent. Ils parcoururent les salles sous la conduite de M. Gauthier conservateur du Musée.
Le cortège se rendit ensuite, place de la Duchesse-Anne, au monument à la mémoire des morts de 1870, pour un simple salut en présence des sociétés patriotiques de Nantes. Après un court défilé, les officiels remontèrent dans les autos pour la Bourse.
À 17 heures, les ministres, leurs collaborateurs et les membres de la Chambre de commerce se retrouvèrent dans la grande salle de délibération, autour d’une grande table au tapis vert, pour une séance solennelle qualifiée dans le programme de séance d’études. Là, M. Villemin, président de la Chambre de commerce, fit un exposé sur la situation du port de Nantes, demanda l’appui du gouvernement pour que les projets, depuis longtemps à l’étude, puissent se réaliser rapidement. M. Daniel-Vincent assura que Nantes a droit à la sollicitude des pouvoirs publics, pour la longue continuité de son effort et qu’elle trouvera auprès du gouvernement, et des travaux publics, le meilleur accueil pour que les travaux envisagés puissent se réaliser.

Les ministres présidèrent à la première pierre du Monument aux Morts 1914-1918 à Nantes
Collection Michel-C Mahé

Vers 18 heures 30 débuta la cérémonie de la pose de la première pierre du monument aux Morts* de la grande guerre en présence des différentes sociétés patriotiques de la ville, des délégations d’anciens combattants, d’orphelins, de veuves de la guerre et des mutilés, d’importants effectifs de régiments cantonnés à Nantes et d’une foule nombreuse. À son arrivée au pied de la tribune, le général Gouraud fut très acclamé. On notait la présence de Mgr Le Fer de la Motte**.

* Monument qui fit polémique car le choix du projet se fit sans concours. M. Bellamy, maire de Nantes, avait mandé l’architecte de la ville Camille Robida, grand mutilé de guerre, pour élever le monument.
** Présence remarquée car Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, était alors en conflit avec M. Bellamy après l’interdiction de la procession de la Fête-Dieu à Nantes.

La Marseillaise fut jouée par le 65e R.I. puis M. Bellamy, député-maire, prononça son discours. Le général Gouraud lui succéda. Ce dernier, avec beaucoup de simplicité et d’émotion, évoqua le sacrifice des 7000 morts nantais dont les noms vont être gravés sur le monument.

C’est à 19 h. 45, chez le traiteur Bernard, salon du Bocage que les invités, les personnalités et la presse nantaise furent réunis pour un dîner très intime (60 couverts) offert par la Ville de Nantes et la Chambre de commerce.

Voyage des personnalités américaines

Gare des invalides – Collection Michel-C Mahé

Un train spécial quitta la gare des Invalides* à Paris le vendredi soir ayant à son bord les personnalités américaines.
Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois**, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund”***, était du voyage et nous a laissé quelques jolies pages sur l’inauguration de monument américain et quoi de mieux de la laisser raconter son voyage :

* La gare des Invalides, était le terminus de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois a été recruté par l’armée américaine en 1917, dès le début de l’entrée en guerre des États-Unis. First Lieutenant, il a été affecté à l’ « Army Air Force – Paris Division » puis à Saint-Nazaire pour diriger l’ « Aviation Clearance Office ».
*** The St. Nazaire Memorial Fund, assocaition chargée de collecter les fonds nécessaires (100 000 $) pour ériger le monument.

« Le vendredi soir 25 juin, à 10 h 30, nous sommes arrivés à la gare des Invalides où un porteur nous a accueilli en appelant « Train spécial ». Après notre «oui», on nous a emmenés au niveau inférieur, sur le quai, où plusieurs de nos compagnons de voyage s’étaient déjà rassemblés.
Leur nombre continua à augmenter jusqu’à 11 heures, heure prévue de notre départ, alors nous sommes tous montés à bord et commençâmes notre voyage de nuit.
Tandis que nous attendions nous avons découvert que nous étions extrêmement honorés par les officiels français en nous permettant, premièrement, d’utiliser la gare des Invalides (généralement réservée pour les visites royales) et secondement, de disposer d’une des deux voitures spéciales des chemins de fer français.
Le maréchal Pétain avait demandé d’utiliser cette voiture pour cette même nuit mais les responsables des chemins de fer nous l’avaient attribué en apprenant que l’ambassadeur Herrick et le général Pershing étaient du voyage.
Le train était formé d’un wagon à bagages, la voiture spéciale, deux wagons-lits et deux couchettes, et le notre groupe était constitué comme suit : Mrs. Whitney, Mrs. Tower, Mrs. Force, Mr. and Mrs. Howard (un artiste), Jo Davidson, le sculpteurr, le général Pershing, l’ambassadeur Herrick, le colonel Mott (attaché militaire), Miss Causse*, Mr. Jerry Kelley, un artiste, Mr. et Mrs. Guy Pene DuBois, un artiste, Mr Sampson, de l’American Legion de Providence, M. Laurent, représentant des chemins de fer, Mr. Herbert McBride, un critique d’art, M. et Mme de Provencal, de St. Nazaire, trois journalistes, la servante de Mrs. Whitney, Roynon Cholmeley-Jones, président du mémorial de Saint-Nazaire, et nous-mêmes.
Peu après le départ, on nous a demandé de nous rassembler dans la voiture de Mrs. Whitney, ce que nous avons fait, et on nous a servi le champagne.
Le général Pershing était le seul passager absent de cette réunion car aussitôt monté à bord, il s’enferma en annonçant qu’il allait se pieuter. Nous bûmes et parlâmes jusqu’à une heure du matin puis nous nous sommes retirés.
Miss Causse et moi partagions un compartiment à côté du général, tandis qu’Arthur** et Roy*** étaient ensemble juste après le sien.
Ce qui restait de la nuit nous laissait très peu de sommeil, du fait que nous filions assez bien sur les rails pour arriver à Saint-Nazaire à 6 h 24 le lendemain matin, la durée du voyage étant un peu plus de 2 heures de moins que les trains express réguliers.
Finalement, Miss Causse et moi avons somnolé jusqu’à environ 5 h 30 puis réveillés par un coup à notre porte à 6 h 25, pour nous retrouver dans la gare avec un ciel sans nuages, sous un flot de soleil.
Nous nous habillâmes confortablement et descendîmes du train vers 7 heures pour découvrir le général Rockenback (représentant le U. S. War Department), Mr. Perrin**** du Comité du mémorial, M. Cadayé (président du Comite des fêtes) et quelques autres qui attendaient pour nous recevoir.
Une limousine Rolls-Royce, appartenant à l’Ambassadeur, elle l’avait précédé, attendait à la gare et aussi une belle automobile pour le général, qui dormait encore. Nous montâmes, Miss Causse et moi avec tous nos bagages, dans la voiture de Mr. Perrin et on nous emmena au Grand Hôtel, rue Villès-martin, où Arthur et Roy nous rejoignirent.
Les rues étaient pavoisées de drapeaux français et américains et tendues de guirlandes électriques. Au centre de la place publique***** se trouvait un kiosque gaiement décoré et, même à cette heure, il y régnait un air de fête. Nous avons trouvé des chambres confortables qui nous attendaient, et après s’être lavés, habillés et restaurés, nous nous sommes rassemblés dans le hall de l’hôtel pour le début des cérémonies. »

* Miss Minette Causse, membre du Comité exécutif de St-Nazaire Memorial Fund.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois, son époux.
*** Mr. Roynon Cholmeley-Jones, président de St-Nazaire Memorial Fund.
**** Mr. Charles C. Perrin, de Paris, membre du Comité éxécutif de St-Nazaire Memorial Fund.
***** Place Carnot.
Publié dans Histoire de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire entre 1920-1938 | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

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La prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque.
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echelledetempsinauguration

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

retraiteauxflambeauxPlan A – Saint-Nazaire 1924 – En rouge, itinéraire retraite aux flambeaux
A) Place de la Vieille-Ville ; B) Pont roulant ; C) Place du Bassin ; D) Place Carnot ; E) La gare ; F) Place Marceau ; G) Sous-préfecture ; H) Hôtel de ville ; I) Collège de jeunes filles ; J) Monument américain. – Dessin Michel-C Mahé.

À l’occasion des fêtes franco-américaines, le cinéma ne fut pas en reste. On projeta au théâtre municipal Trianon, du mercredi 23 au dimanche 27 juin, un document mémorable, propriété du Trianon, le premier débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire, le 26 juin 1917. Les spectateurs virent ainsi : la réception par le général Pershing et les autorités françaises et américaines ; le défilé à travers la ville ; l’arrivée au camp N°1.

Cette première journée de fêtes, le vendredi 25 juin, commença à 8 heures par des salves d’artillerie.

Quai du Commerce

À 10 heures, le contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord,  rendit visite à l’amiral Gleaves, à bord du «Memphis », accompagné de son officier de pavillon M. Falico.
MM. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; Butterlin, sous-préfet ; Joubert, président de la Chambre de commerce ; Gourmelon, administrateur de la marine, attendaient sur le quai.
Les fifres se firent entendre quand le cortège parut.
Le contre-amiral Gleaves, le capitaine de vaisseau Henry E. Lackey, commandant le croiseur et son second, le capitaine de frégate, Beck le reçurent à la coupée.
Selon le chroniqueur « La réception fut cordiale, simple, rapide, poignées de mains énergiques, bienvenue, welcome, une orangeade* officielle, aimable conversation ; et puis la séparation avec les mêmes cérémonies. »

* À bord les équipages ne buvaient que du café, du thé et de l’eau glacée, de la limonade pour les grandes occasions.

Dans le centre-ville

L’après-midi, sous un grand soleil, les rues furent en proie à une animation inaccoutumée. La circulation des autos dans le centre-ville devint difficile et le petit kiosque érigé place Carnot* pour un concert compliqua la situation.
Partout dans les rues, la foule joyeuse, parsemée de groupes de marins, était en fête ; place Marceau, c’est la foire, les manèges, la musique, les jeux.

* Concert qui n’aura pas lieu.
collegedejeunesfilleslacourdhonneur-001Collège de Jeunes filles – La cour d’Honneur – Collection Michel-C. Mahé.

L’exposition des arts anciens et modernes

Ce même vendredi à 15 heures a eu lieu le vernissage de l’exposition des arts anciens et modernes, du 25 juin au 25 juillet, organisée dans plusieurs salles du Collège de jeunes filles*, rue Villes-Martin.
On y a vu : des tableaux anciens et modernes** ; des meubles, costumes, coiffures, poteries, objets d’art breton et autres, anciens et modernes*** ; des objets d’art étrangers**** ; des collections offrant de l’intérêt sélectionnées par une commission spéciale***** ; des bateaux modèles.
Les antiquaires nazairiens, de nombreuses familles nazairiennes et de la presqu’île ont prêté leurs collections ; ils pouvaient aussi les vendre.

* Le Collège de jeunes filles fut établi rue Villès Martin, en 1911, dans l’ancien bâtiment du Collège de garçons transféré rue Haute de la Paix (future rue Aristide Briand) en mai 1907. (voir Plan A, ci-dessous)
**Anciens
Portrait d’une dame l’honneur de la reine Marie Leczinska, de Nattier ; Enfant au chien, de Coltzius (probablement Goltzius) ; gravures, de Coldegrever ; bois gravé, d’Albert Dürer ; tableau, de Lazare Meyer exposé au salon de 1878 ; gravures, de Daumier ; dessin sépia, de Nicolet ; reproduction de la Sainte Famille, de Raphaël par Lenepveu, peintre du plafond du grand Opéra de Paris.
Modernes
Les Piliers, de Jean Bouchaud ; nature morte, d’Eugène Quost ; Grain à Belle-Isle-en-Mer, de H. Berteaux ; Un moulin, de M. de Puygaudeau ; Tête de Breton, de M. Simon, professeur de l’École des Beaux-Arts de Nantes ; des jolis intérieurs, de M. Ménasger ; Paysage du Croisic, de M. Valat ; des aquarelles, de M. de Broc ; gravures sur bois (dont Le rémouleur) de M. de Landlais ; paysages (dont Une grève à l’Île d’Arz) de M. Cylkow ; vues d’Oudon, de M. Deltaube ; panneaux de tapisserie, de Mme Deltaube.
Autres exposants : Chautron ; Delpechet ; M. Jacob, médaille d’or du Salon des artistes français, M. Langlade ; M. Perren.
*** Collection de camaïeu (histoire d’Œdipe) ; écharpes en véritable cachemire des Indes ; gilets brodés et de vieilles dentelles.
Statuettes de la Vierge ou des saints, christs anciens et précieux ; bibles datant de plusieurs siècles, « La Cité de Dieu » de saint Augustin (1570), « Vie des Saints bretons », (1570).
**** Vases et armes de Damas, poteries de l’Euphrate et du Tigre, propriété du colonel Marquet.
Statuettes japonaises en bois sculpté et peint.
***** Tapisserie faite au point à l’aiguille par Mme Degrées du Loû ; portrait de Mme de Genlis, de Mme Sophie Chéradame, (ancêtre de Mme Degrées du Loû) ; dessins du vieux St-Nazaire en 1850.
Parmi les principaux organisateurs : M. Éveillard*, directeur de l’École de dessin de Saint-Nazaire, commissaire général de la Commission artistique ; MM. Benoist**, Joudrin, Volot, Dousset, Yviquel, Dommée, Van den Brouck ; Mlle Pelteau.
georgeseveillard-001*Êveillard Georges Alexandre ; artiste peintre et professeur de dessin à Saint-Nazaire. Nous disposons de très peu d’informations à son sujet ; l’homme était discret.
M. Lamoureux, commerçant et féru d’art, créa en 1912 le Groupe artistique pour réunir les amateurs d’art sur Saint-Nazaire et organiser des expositions.
Au début de la guerre, il rencontra M. Georges Éveillard, mobilisé à Saint-Nazaire et ce dernier accepta de prêter son concours pour mettre en place des cours de dessin. Ils débutèrent en 1915 et étaient entièrement gratuits.Ils avaient lieu au collège de Jeunes Filles et furent à l’origine des cours de dessin du Groupe artistique de Saint-Nazaire. M. Éveillard en devint directeur et sous son habile direction ils eurent beaucoup de succès. En 1926, ils furent pris en charge par la municipalité. M. Éveillard fut nommé directeur de l’école de dessin.
Officier de l’instruction publique en 1923.
Chevalier de la Légion d’honneur en 1936.
** M. Benoist habitait 25, rue de Pornichet.

 

gareorleansruedenantesLa gare d’Orléans – Au premier plan le parapet, longeant la rue de Nantes (rue du Président Wilson) et surplombant la place de la Gare. Collection Michel-C. Mahé.

À la gare

À la gare, le public se pressait, attendant parents et amis. Les trains déversaient leurs flots de visiteurs, de délégations et d’autorités.

Vers 17 heures, la musique de Montlouis* est arrivée, suivie, vers 17 heures 30, par un bataillon de fusiliers-marins de Lorient. Ce fut un instant émouvant, lorsque les compagnies s’éloignant de la gare, les drapeaux, entourés par des vétérans en armes, passèrent par les salons du chef de gare.
Postée sur la rue du Nantes** qui surplombe la gare, une foule nombreuse était venue accueillir les héros du Dixmude***.
Le bataillon, sous les ordres du capitaine de frégate Bonelli****et précédé de l’étendard porté par M. Ceveac, défila à travers les rues. La musique de Montlouis et les Nazairiens, firent fête à nos fusiliers en les acclamant avec enthousiasme.
La musique de la Flotte est arrivée, elle aussi, dans la soirée.
Un chroniqueur écrivait : « Un défilé en fanfare a eu lieu à travers la ville qui n’avait jamais été (depuis l’occupation américaine) si animée, encombrée (surtout d’autos) et si bruyante ! Mais c’est un joyeux tintamarre, puisse-t-il faire baisser le dollar.»

* La musique de Montlouis. Chef, M. Moreau ; sous-chef, M. Chouan.
** Bien que cette rue fût renommée rue du Président Wilson en 1919, les nazairiens continuaient à l’appeler rue de Nantes.
*** Les fusiliers marins ont pris part à la bataille de Dixmude en octobre 1914 pour arrêter l’avancée de l’armée allemande et protéger Dunkerque. Ils s’étaient engagés à tenir la ville pendant quatre jours, ils ont tenu trois semaines.
**** Toussaint Bonelli, né le 14 novembre 1877 à Bastia (Corse), décédé le 5 janvier 1954 à Marseille (Bouches du Rhône). Il est cité à l’ordre de l’Armée navale en janvier 1915 :  » A enlevé deux tranchées à l’ennemi à 200 mètres des tranchées principales. Blessé au cours de l’action. ».
Il a commandé l’École des fusiliers marins de Lorient, du 25 février 1925 au 1er octobre 1926.
Officier de la Légion d’honneur. Croix de guerre.

Soirée de gala au théâtre Trianon

À 21 heures, au théâtre municipal Trianon on joua, en l’honneur de nos hôtes et des autorités participant aux fêtes, Le Grillon du Foyer, pièce en trois actes de M. Ludovic de Francmesnil, d’après Dickens, avec le concours des artistes du théâtre national de l’Odéon*.
Musique de scène de Massenet, avec un orchestre de vingt musiciens, sous la direction de Pierre Montpellier, directeur de Musica.

* Mmes Marguerite Guéreau, Nivette, Saillard, Dubuisson, Jacqueline Ferny. MM. Georges Saillard, Fernand Fabre, Bayard et Jacques Varenne.
** Prix des places : fauteuils d’orchestre : 10 francs ; baignoires (la place) : 8 francs ; premières : 6 francs ; parterres : 4 francs ; galeries : 2.50 francs ; location ; 0.50 francs en plus, par place.

Ce fut une belle soirée mais on déplora quelques rares uniformes, très peu d’autorités et aucun hôte* dans les balcons qui leur étaient réservés.
* Les officiels américains étaient encore à Paris. Ils sont partis le vendredi à 22 h 30 de la gare des Invalides par train spécial. Ils sont arrivés à Saint-Nazaire le lendemain matin vers 6 h 30.
Les ministres étaient à Nantes où ils avaient inauguré, dans l’après-midi l’exposition des Tissus au Château de Nantes et posé la première pierre du monument aux Morts de la Grande Guerre. Ils sont arrivés, en automobile, le samedi matin à 10 heures à Saint-Nazaire.

La retraite aux flambeaux

Plusieurs musiques ont participé à la retraite aux flambeaux. Le rassemblement se fit à 21 heures place de la Vieille-Ville ; le départ à 21 heures 30. On vit une foule considérable, parmi laquelle on remarquait surtout des marins français et américains, parcourir l’itinéraire (voir Plan A) : place de la Vieille-Ville, pont Roulant, place Bassin, rue Villès-Martin, place Carnot, rue de Nantes, rue Amiral-Courbet, rue Thiers, rue de la Gare, rue de Nantes, rue Amiral-Courbet, place Marceau (le tour de la place), rue du Palais, rue du Croisic, rue Fernand-Gasnier, boulevard de I’Océan, sous-préfecture, rue de l’Océan, place Carnot, rue Villès-Martin, rue de l’Hôtel de Ville, mairie (dislocation).
Des pièces d’artifices ont été tirées sur le parcours.
Place Carnot, ce qui avait particulièrement étonné les participants, c’étaient ces trois mille ampoules électriques de différentes couleurs qui jetaient des flots de lumière. Jamais, de mémoire de Nazairiens, on n’avait vu pareil spectacle. La rue de Nantes, la rue de l’Océan, une partie du boulevard de l’Océan, la rue Amiral-Courbet, la rue du Palais, place Marceau, bien que moins brillamment illuminées, étaient resplendissantes de lumière.

Fin de soirée

La première journée s’achève. Pour conclure, je ne peux que reprendre les propos d’un chroniqueur, ils démontrent si bien l’atmosphère du moment, le chauvinisme ambiant.
« Nocturne. Vendredi soir, 10 heures. Ville grouillante. Dans la nuit proche, les formes humaines sont moins accusées. On dirait des taches qui se meuvent… C’est l’heure où les marins rentrent à bord. Devant le Memphis une foule bruyante de curieux. Des cris, de la poussière, des marins américains qui s’interpellent, chantent… Une atmosphère de foire, quoi !…
Un peu plus loin, à la sortie du port, d’autres marins, des Français ceux-là, s’entassent dans deux vedettes qui vont les conduire à bord du Voltaire. Les vedettes s’éloignent du quai. Un imposant silence fait de discipline et de dignité… Pas un mot, pas un cri… Seul, le halètement du moteur dont le bruit se répercute en un écho assourdi… Déjà les deux barques ne sont plus qu’une masse informe d’où se détachent les bérets blancs… Elles abordent au Voltaire. – Deux marines… deux manières, deux races… deux mondes !… »

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes – Autour des escadres

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes – Autour des escadres

amarragesdesnaviresAmarrages connus des escadres – Quai du commerce : 1) croiseur Memphis, 2) destroyer Lamson ou Charles Ausburn ; 3) destroyer Osborne ; 4) destroyer Preston. – Dessin Michel-C Mahé

Nous avons vu, dans un article précédent*, l’arrivée des escadres, américaine et française, à Saint-Nazaire. Le Voltaire et le Diderot sont restés au mouillage dans la rade. Les navires américains, gris argent assez vif , sont amarrés quai du Commerce, les français en face, de couleur moins visible, quai Demange (quai de la Loire).
Elles sont le prélude des grandes fêtes américaines. Des milliers de marins vont envahir la ville.

* Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les escadres
croiseurmemphismcmLe croiseur américain Memphis au quai du Commerce – Collection « Carnet du globe-trotter »
croiseurmemphisquaiducommercephotomcmLe Memphis au quai du Commerce – Collection Michel-C. Mahé.

Le Jeudi 24 juin,

Quai du Commerce

MM. Blancho, maire de Saint-Nazaire, Butterlin*, sous-préfet ; Joubert, président de la Chambre de commerce ; Cadayé, président du Comité des fêtes, ont rendu visite à l’amiral Gleaves**, à bord du croiseur Memphis, amarré quai du Commerce.
Une demande a été faite pour que les hydravions que porte le navire participent aux fêtes et survolent le monument***.

* M. Butterlin est né le 31 mars 1887, à Baume-les-Dames (Doubs). Docteur en droit, M. Butterlin s’inscrivit au barreau le 6 mars 1914. Il fut ensuite successivement chef du cabinet des préfets d’Eure-et-Loir, de la Manche, d’Indre-et-Loire. Le 3 mars 1914, il était nommé sous-préfet de Corte (Corse), et le 26 septembre 1914, il était appelé sous les drapeaux. Le 10 janvier 1915, il était chargé de l’intérim du secrétariat général du Vaucluse ; le 20 mars 1915 on lui donnait l’intérim du secrétariat général de la Dordogne ; le 20 mars 1919, après un an d’intérim dans la Manche, il était définitivement nommé sous-préfet à Coutances puis sous-préfet à Saint-Nazaire, en février ( ?) 1926.
** L’amiral Gleaves (en retraite en 1926) avait commandé le premier convoi des premières troupes américaines qui avaient débarqué à Saint-Nazaire en 1917. Il embarqua sur le Memphis avec le brigadier-général Samuel D. Rockenbach, premier commandant de la base de Saint-Nazaire, comme représentants de la Marine et de l’armée américaine.
*** Les zones d’amerrissages avaient été prévues. Cela ne se fit pas.

Le Memphis, amarré au quai du Commerce fut une attraction pour les Nazairiens. Le jeudi après-midi les badauds défilèrent le long du superbe navire. Les marins restèrent impassibles, ne manifestant aucune joie.
Mais, en soirée, lorsque les ouvriers, libérés de leur journée de labeur, vinrent eux aussi profiter du spectacle, l’atmosphère changea. Les marins montrèrent alors une joyeuse exubérance en les apercevant.
Le geste se joignant à la parole pour se faire comprendre, ils se hélèrent, s’interpellèrent pittoresquement, se lancèrent quelques quolibets et une manne de paquets de tabac tomba dans les chapeaux et casquettes tendus pour la recevoir.

À 18 heures, le contre-amiral Chauvin a rendu visite à l’amiral Gleaves, à bord du Memphis.
Les états-majors ont ensuite été reçus par les autorités de Saint-Nazaire.

Les filles de petite vertu

quartiervilleaubryQuartier de la Ville-Aubry – Situation des principales maisons de tolérance, immeubles à problèmes et passage Montmartin – Dessin Michel-C Mahé

Cette concentration de marins (environ 4.000, français et américains) étaient une source de revenus pour une autre partie de la population : les maisons de tolérance* du centre-ville situées, entre autres, rue de la Ville-Aubry** (rue de Saintonge à partir de 1933 ) et les filles de petite vertu qui ont fait le voyage spécialement pour ces fêtes. Elles venaient de Brest, de Nantes et d’Angers.
On les vit en nombre avec les matelots qui avaient monopolisé les principaux cafés. Ce qui faisait dire à un chroniqueur qu’elles avaient envahi Saint-Nazaire « comme les sauterelles dévorantes s’abattent sur l’oasis pour la mettre en coupe réglée. »
Elles arpentaient le quai pour aguicher les marins américains « sans honte et avec une inconcevable désinvolture… L’une, jouant à la Carmen de carrefour, jetait au visage d’un petit marin un bouquet fané. Une autre s’amusait à pêcher les bérets blancs ». On s’offusqua : « Il faut faire cesser ce scandale ! » « Quelle idée doivent avoir de la femme française tous ces marins, en contemplant les tristes créatures ».

* Les maisons de tolérance, du centre ville, répertoriées dans mes notes autour de 1920 :
– n°2, de la rue des caboteurs. M. Marius Gontier, propriétaire ; Alexandrine Péchou, sous-maîtresse ; Mathilde Dubos, portière de la maison ; Jeanne Touquet dite « Pépée », fille soumise ; Anne Rémond, fille soumise.
– n° 1, rue de la Ville-Aubry.
– n° 15, rue de la Ville-Aubry. Propriétaire : Mme Louise Guilbaut.
** Les affaires de police furent nombreuses dans la rue de la Ville-Aubry, tapages, trafics, débits clandestins, vols, agressions et même, en 1920, un meurtre d’un coup de revolver. Les immeubles les plus cités dans les affaires sont le n° 6 et 8.
Dans le même quartier, le passage Montmartin tenait la première place dans les chroniques nazairiennes. Il se composait de deux corps de bâtiments délabrés, insalubres, portant les numéros 57, 59, 61 et 61 bis rue d’Anjou, situés de part et d’autre d’un passage de 4 mètres de largeur et 60 mètres de longueur. Ils abritaient environ 40 familles comptant un très grand nombre d’enfants.
Peu de jours s’écoulaient sans que la police n’intervint dans cette cour des miracles, disputes diurnes et nocturnes, combats entre femmes, rixes sanglantes entre hommes au couteau ou au rasoir, étaient fréquents, au point qu’un chroniqueur ironisait, en 1928, en écrivant qu’il faudrait installer un poste de police au milieu de cette voie déshéritée. Quelques prostituées y habitaient.
Mme Marie-Rose Montmartin, était la propriétaire de ce passage. Elle possédait dix autres immeubles à Saint-Nazaire. Elle habitait le rez-de-chaussée d’un hôtel de « belle apparence », rue Villebois-Mareuil.
Les filles soumises, par opposition aux clandestines, étaient des prostituées qui se soumettaient aux règlements de la prostitution. Elles étaient inscrites dans les registres de police, subissaient des contrôles sanitaires chaque mois.
passagemontmartinmcmLe passage Montmartin – Source Gallica – Bibliothèque nationale de France
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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes

Flash-info
Notre prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque.
mediatheque@montoirdebretagne.fr ou au 02 40 70 11 51.
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echelledetempsinauguration

Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes

cartesaintnazaire1924veilledefete1Saint-Nazaire en 1924 – En rouge, le secteur brillamment illuminé.
A) Monument américain ; B) Escadre américaine ; C) Escadre française ; D) Place Carnot ; E) Place Marceau.

La ville se pare

Les huit jours précédant, il fit un temps magnifique. Débarrassé de ses échafaudages, le monument américain fut très admiré par les nombreux promeneurs le long du boulevard de l’Océan. En face de ce dernier, des tribunes avaient été dressées pour les officiels.

La ville avait opéré sa transformation, revêtu une toilette somptueuse pour recevoir ses hôtes de marque.
Dans les rues du centre-ville* des mâts furent érigés supportant des drapeaux**, des guirlandes électriques et des motifs lumineux, les mêmes admirés à l’exposition des Arts Décoratifs à Paris.

* La rue Henri-Gautier, la rue de l’Océan, une partie du boulevard de l’Océan, la rue Amiral-Courbet, la rue du Palais, place Marceau, pour être moins brillamment illuminées, étaient resplendissantes de lumière. Le reste de la ville, la place de la Gare notamment, avait été complètement négligé.
** La ville de Brest prêta ses draperies, étendards et écussons, amenés par le transport « Seine ».

Place Carnot, ce qui avait particulièrement plu, c’étaient ces trois mille ampoules électriques de différentes couleurs qui jetaient des flots de lumière. De mémoire de Nazairiens, on n’avait jamais vu pareil spectacle.

placecarnotruehenrigautierPlace Carnot et les quatre horloges

Le support des quatre horloges croulait sous des plaques indiquant des noms de pays, des distances kilométriques, provoquant la curiosité des automobilistes et des ralentissements autour de la place. Le gendarme de faction, avec son bâton blanc, eut fort à faire.
Sur cette même place, un magnifique kiosque « empanaché de drapeaux, fleuri et enguirlandé » avait été dressé. Il avait subi quelques légers dommages, vite réparés, après qu’un cheval*** emballé était venu s’échouer terminant une galopade insensée.

*** Le cheval appartenait à M. Legrand Joseph, boulanger, rue des Chantiers.

Les monuments publics furent pavoisés aux couleurs françaises et américaines ainsi que les maisons particulières, se conformant à l’appel du Comité des fêtes franco-américaines qui avait appelé tous les Nazairiens pour qu’ils illuminent, fleurissent leurs balcons et décorent leurs devantures.
Tout avait été fait pour donner à ces fêtes un tel éclat, un tel faste, qu’elles supplantèrent, selon un chroniqueur, celles organisées pour la visite de Félix Faure en 1897, l’inauguration de l’entrée du port en 1907 ou les deux grandes semaines maritimes*, organisées dans l’estuaire de la Loire, en 1908 et 1924.

* Ces fêtes étaient organisées par la Ligue maritime.
Cette société, fondée en 1890 et reconnue d’utilité publique en 1906, avait pour dessein de montrer aux Français la nécessité d’une marine militaire puissante et d’une marine commerciale prospère. Elle employait son activité à l’étude des améliorations et réformes nécessaires.
En 1908 elle regroupait 11 000 adhérents.
Vers 1890, la Ligue coloniale fut créée pour appuyer les efforts des coloniaux.
Après 1918, les deux ligues fusionnèrent et devinrent la « Ligue maritime et coloniale ».
Parmi les moyens de propagande que la Ligue employait, figurait la Grande semaine maritime, une fête annuelle de la mer, qui se déroulait chaque année sur un point différent du littoral.
Pendant huit jours, dans les villes adhérentes, des manifestations maritimes les plus diverses étaient organisées telles que régates, promenades en mer, congrès etc. L’escadre était présente.

Dispositions particulières

Par tolérance spéciale, les cafés et débits de boissons purent rester ouverts la nuit du 26 au 27 et celle du 27 au 28.
Les boulangeries ouvrirent le dimanche, toute la journée. Les salons de coiffure par contre étaient fermés.

Les ouvriers des chantiers et des usines de Saint-Nazaire travaillaient le samedi à cette époque et toute liberté leur a été donnée pour travailler ou non, ce jour-là, pour assister à l’inauguration.

La Compagnie des chemins de fer du Morbihan a mis en place des trains supplémentaires le samedi et le dimanche sur la ligne Mindin-Pornic en liaison avec le bateau de Mindin** et sur la ligne de Brière Saint-Joachim – Saint-Nazaire.

* En 1892, le conseil général du Morbihan confia à la compagnie des chemins de fer du Morbihan la construction et l’exploitation d’un réseau de voies ferrées d’intérêt local.
Le réseau en Loire-Inférieure, appelé « Tramway », fut construit suite à une convention passée en 1902 entre l’exploitant, les élus du Morbihan et ceux de la Loire-Inférieure.
– La ligne La Roche-Bernard – Saint-Nazaire par Herbignac et Saint-Joachim (ouverture en 1907 – fermeture en 1947) avec deux embranchements celui de Méan desservant les chantiers de Penhoët et celui de Trignac desservant le bourg de Montoir et sa gare ;
– La ligne Herbignac à Guérande par Piriac et la Turballe (ouverture en 1907 – fermeture en 1938) ;
– La ligne Paimbœuf à Pornic par Mindin (39 km 200 – ouverture en 1906 – fermeture en 1938) ;
– La Plaine – Préfailles (embranchement sur Pornic – Paimbœuf) (1200 m)
** Le bateau de Mindin (terme utilisé à l’époque) des Messageries Maritimes (10 allers-retours par jour) assurait la jonction entre les réseaux au nord et au sud de la Loire.
En ce mois de juin 1926, les travaux sur le nouvel embarcadère de Saint-Nazaire étaient en cours. L’ascenseur servant à embarquer et débarquer les automobiles sera remplacé par un ponton flottant.
tramwaymorbihan
En bleu, les lignes de la Compagnie des chemins de fer du Morbihan.  Le bateau des Messageries de l’Ouest effectuait la liaison entre Saint-Nazaire et Mindin.  Dessin Michel-C Mahé.

Les prix flambent

À l’approche des fêtes, les restaurants et les logeurs s’approvisionnèrent à tous les marchés des environs ayant pour conséquence une augmentation locale des prix des denrées de première nécessité (beurre, œufs, légumes etc.)* D’aucuns demandaient que la municipalité prît des mesures pour que les ménages les plus modestes ne souffrissent pas de la situation.

* Le pouvoir d’achat des ménages a été déjà fortement impacté par le doublement de la hausse des prix de détails entre 1922 et 1926.
indicedesprixSource : Statistique générale de la France – Dessin Michel-C Mahé.

Prévenant la grande affluence probable d’étrangers, la municipalité avait pris ses précautions pour accueillir les visiteurs, Elle avait demandé, début juin, à toutes les personnes susceptibles d’avoir des chambres ou des lits à louer de se faire inscrire à la permanence du Comité tenue dans le magasin de M. Cadayé, 42 rue du Palais.
Malheureusement, les moindres chambres atteignirent des prix faramineux : cinquante francs par nuit pour un lit dans une salle à manger et cent francs dans un local ordinaire*.
La municipalité dut exercer son droit de réquisition car, devant l’attrait des dollars**, certains mercantis ont même refusé d’héberger des officiers français notamment ceux qui étaient à la tête du bataillon des fusiliers-marins.

* Ordinairement, une chambre dans un meublé coûtait de 100 à 120 francs par mois.
** Un dollar américain valait alors 35,35 francs. Mi-juillet 1926, la « crise du franc » sera à son point culminant. Le 20 juillet 1926, le franc ne cotera qu’environ un dixième de sa valeur d’avant-guerre par rapport au dollar ou à la livre sterling.

Les équipages américains se plaignirent que, dans certains établissements, deux prix étaient pratiqués, un tarif courant pour les Français et un tarif majoré de 50 % pour les Américains. Il faut noter, toutefois, que la majorité des commerçants sont restés honnêtes.
Les Français ont aussi quelques griefs à l’encontre des commerçants, les cafetiers, les coiffeurs. Devant l’affluence on mettait du temps à vous servir mais ils se précipitaient pour combler les désirs des marins américains. Dans les salons de coiffure ils bénéficiaient même d’un tour de faveur.

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes

Les manœuvres de La Baule

Mi-février 1926, les dirigeants de La Baule se proposaient d’inviter toutes les personnalités marquantes qui assisteront à l’inauguration du monument américain de Saint-Nazaire. Ils avaient déjà élaboré tout un programme : excursion sur la Côte d’Amour et à Guérande, fête des fleurs à La Baule et banquet au Casino.
Mi-juin, le projet est toujours d’actualité. Ils prévoyaient, le soir de l’inauguration, d’inviter les ministres et les personnalités américaines à un grand banquet à La Baule. En cas d’acceptation, les invités poseraient la première pierre de la nouvelle gare*. Il était envisagé d’inviter la musique des Équipages de la Flotte pour qu’elle donne une aubade.

* Lors de la modification du tracé de la ligne de chemin de fer entre Pornichet et Le Pouliguen deux nouvelles gares ont été créées, une à La Baule-Escoublac et l’autre à La Baule-les-Pins. À l’occasion de leur inauguration, de grandes fêtes furent organisées les 30 et 31 juillet et le 1er août 1927. M. André Tardieu, ministre des Travaux Publics a présidé ces manifestations. Voir : Jean Cadayé et la direction artistique – Les fêtes de La Baule – 30 et 31 juillet, 1er août 1927

Ils réussirent leur coup, le samedi 26 juin, le soir de l’inauguration du monument, les ministres et officiels se rendirent à La Baule où un dîner intime (100 couverts) fut offert dans la grande salle du Casino.
Au début des fêtes une rumeur a couru : « qu’à peine l’inauguration faite, le samedi, les vaisseaux de guerre s’en iraient auréoler de leurs feux, la nuit, les façades des luxueuses villas de La Baule ». On s’en est ému et le Comité et municipalité se sont ingéniés à garder équipages et bateaux. « On ne les lâchera pas avant que le programme des fêtes ne soit complètement épuisé. », assurait un chroniqueur.

 

La plaque commémorative canadienne

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 Tableau représentant le débarquement de la 1ère Division canadienne à Saint-Nazaire (France) en février 1915.
« Un artiste anglais, Edgar Bundy, a reçu commande d’une oeuvre commémorant le débarquement de la 3e Brigade d’infanterie canadienne à Saint-Nazaire, en France, en février 1915. La fanfare du Black Watch marche au premier plan à gauche, alors qu’à droite on voit les généraux canadiens Richard Turner et Frederick Loomis ainsi que le ministre de la Milice, sir Sam Hughes. Le vapeur Novian domine l’arrière-plan de cette grande peinture maintenant exposée sur les murs de la salle du Sénat, à Ottawa. » – Collection d’art militaire Beaverbrook, © Musée canadien de la guerre
 plaquecanadienne1926mcm
La plaque commémorative canadienne.
On peut la voir à l’intérieur de l’écluse fortifiée du bassin de Saint-Nazaire,
dans le hall d’accueil du sous-marin Espadon,.
Iconographie : Mémorial-GenWeb relevé n° 136735 – Photo Pascale BONNAUD

Le 24 février 1926, une délégation canadienne, ayant à sa tête le brigadier général H. F. Hughes et le colonel H. C. Osborne, a été reçue par la municipalité.
Elle a fait part de l’intention des Canadiens de placer en notre ville une plaque de bronze de 1,50 m sur 1 m pour perpétuer le geste des 300 000 soldats canadiens venus en France afin de chasser les Allemands sur le Rhin. Il a été envisagé que l’inauguration pourrait se faire en même temps que celle du monument américain. En fait, elle aura lieu quelques jours avant, le lundi 21 juin lors d’une cérémonie « touchante par sa simplicité »*. Cette plaque de bronze fut installée dans le vestibule du premier étage de l’Hôtel de Ville, entre le cabinet du maire et la salle du Conseil municipal.
Elle porte l’inscription suivante : « Ici, le 12 février 1915, débarquèrent 18 000 soldats canadiens, avant-garde d’une armée de 338 000 hommes qui combattit les Allemands pendant quatre ans, livra vingt-six batailles et, avec les alliés victorieux, marcha vers le Rhin. »
Figure aussi la devise canadienne « A mari usque ad mare »**.

* Le vin d’honneur fut servi au Café de l’Univers et le déjeuner intime à l’Hôtel des Messageries **
Les Canadiens furent les premiers à répondre à l’appel de la France. En février 1915, une division canadienne débarquait à Saint-Nazaire pour combattre quelques semaines plus tard sur le champ de bataille des Flandres. Au cours de la Première Guerre mondiale, 65 000 Canadiens sont morts.
** « A mari usque ad mare » ; « (Tu régneras) d’un océan à l’autre », une citation biblique (Psaume 72 (71) : 8)

 

15 juin 1926 – La démission du Cabinet

Le mercredi 2 juin 1926, la délégation des autorités nazairiennes* avait été reçue par MM. Georges Leygues, ministre de la Marine, Pierre Laval, ministre de la Justice, et Anatole de Monzie, ministre des Travaux publics. Ils avaient tous promis d’assister à l’inauguration du monument américain* mais la démission du cabinet** présidé par M. Briand***, le 15 juin 1926, remettait en cause la présence des ministres et laissait les organisateurs dans l’expectative.

* La délégation était composée de MM. le préfet de la Loire-Inférieure ; M. Bellamy, député, maire de Nantes ; MM. Sibille, Merlan, Delaroche-Vernet, députés ; M. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; M. Joubert, président de la Chambre de commerce; M. Le Mouel, adjoint au maire de Saint-Nazaire et M. Cadayé, président du Comité des fêtes franco-américaines.
gastondoumergue** Le septennat de M. Gaston Doumergue a été marqué par une forte instabilité ministérielle et des difficultés financières engendrées par la chute du franc. Pas moins de quinze gouvernements vont se succéder entre 13 juin 1924 et le 13 juin 1931.
À Paris, le 15 juin 1926, le Conseil de Cabinet, sous la présidence de M. Briand, s’était réuni au ministère des Affaires étrangères.
Le ministre des Finances, M. Raoul Péret, avait donné sa démission ; il n’avait pas obtenu, dit-il, les concours sur lesquels il était en droit de compter.
Le conseil devait examiner la situation créée par son départ. À l’unanimité, il a considéré qu’il n’était pas possible de procéder à un simple remaniement, une démission collective était nécessaire pour laisser au président de la République, M. Gaston Doumergue, toute liberté pour interpréter la situation. Ce dernier a accepté cette démission.
M. Briand travailla à un grand ministère national. Les socialistes s’y opposèrent. Il fut contraint de lâcher le projet.
M. Briand essaya un ministère concentré à gauche. Il sollicita M. Poincaré, qui accepta, et M. Herriot, qui lui se fit interdire d’accepter par les radicaux-socialistes. Il passa la main et conseilla d’appeler M. Herriot chef du groupe le plus nombreux à la Chambre. Photo – Gaston Doumergue – Collection Michel-C Mahé.

M. Doumergue appela M. Herriot qui ne réussit pas non plus à former un cabinet. Ce dernier demanda à M. Doumergue de reprendre M. Briand.
Le 20 juin au soir M. Briand répondit à l’appel du président.

aristidebraind*** Aristide-Pierre-Marie Briand, né à Nantes le 28 mars 1862, rue du Marchix, vint de très bonne heure habiter Saint-Nazaire avec ses parents. Ils tenaient un café chantant, à l’endroit même où se trouve le Grand Café, place Carnot.
Il fréquenta d’abord l’école Madiot (école Carnot) puis l’école Denfer, rue des Halles. Il entra au collège de Saint-Nazaire en 1875, l’année de la fondation de cet établissement. Il y resta quatre années.
Aristide Briand entra comme élève boursier au lycée de Nantes, (lycée Clemenceau), en sortit bachelier et fut pris comme clerc chez Me Lucas, avoué.
Le 2 septembre 1886, il décrochait sa licence en droit et prêtait serment comme avocat au tribunal de Saint-Nazaire le 25 octobre 1886.
Tour à tour rédacteur en chef à la Démocratie de l’Ouest et à l’Ouest Républicain, Briand se présenta aux élections municipales le 6 mai 1888 dans la section de Saint-Gohard. Élu il démissionna à la suite d’un ordre du jour blâmant un adjoint. Réélu le 10 février 1889, Aristide Briand démissionnait à nouveau.
Le 22 septembre 1889, il posait sa candidature socialiste aux élections législatives contre MM. Maillard et Fidèle Simon. M. Maillard fut élu.
À la suite d’un violent incident au Grand Café, ayant pour antagonistes Fernand Pelloutier et Félix Gaborit, une rencontre à l’épée eut lieu entre ce dernier et Briand à Sainte-Marguerite, le 8 janvier 1890 ; Félix Gaborit fut assez sérieusement blessé.
M. Briand quitta Saint-Nazaire pour devenir rédacteur à la Lanterne et secrétaire général du Parti socialiste Français. Il fut élu député pour la première fois le 27 avril 1902, dans la première circonscription de Saint-Étienne dans la Loire, réélu de 1906 à 1914. Il se présenta dans la Loire-Inférieure, son pays d’origine, et fut élu en 1919, réélu en 1924 et en 1928.
Il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1926, conjointement avec son homologue allemand Gustav Stresemann, pour son action en faveur de la réconciliation entre la France et l’Allemagne.
Photo – Aristide Briand- Collection Michel-C Mahé.

La carrière ministérielle d’Aristide Briand tableaucarrierearistidebriand

Le 23 juin 1926, un nouveau ministère* est formé. M. Briand redevient président du Conseil et prend les Affaires étrangères. M. Leygues**, de nouveau ministre de la Marine, et M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux publics, feront le déplacement pour l’inauguration.
Lors de leur voyage, ils feront étape à Nantes où ils passeront l’après-midi du vendredi 25 juin pour inaugurer l’exposition des Tissus au Château de Nantes et poser la première pierre du monument aux Morts de la Grande Guerre.

* Le ministère ne durera que quatre semaines, du 23 juin au 19 juillet 1926. L’Assemblée ayant refusé des pouvoirs fiscaux exceptionnels à Joseph Caillaux.
georgesleygues** Georges Leygues, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) le 26 octobre 1857 et mort à Saint-Cloud (Seine-et-Oise) le 2 septembre 1933. Homme politique français. Il fut député du Lot-et-Garonne de 1885 à sa mort et plusieurs fois ministre entre le 1894 et 1906.
En 1914, à 58 ans, il s’engaga dans les chasseurs alpins, mais il fut rapidement rappelé à Paris comme président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés. Après une interruption de onze ans, il fut plusieurs fois ministres entre 1917 et 1933.
Photo – Georges Leygues – Collection Michel-C Mahé.

 

 

 

 

La bénédiction du monument

Dans le Nouvelliste du jeudi 17 juin 1926, il est fait mention que « Mrs Whitney, la donatrice du monument américain, aurait exigé que le monument fut béni avant d’être inauguré officiellement. Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes*, aurait été pressenti et se serait refusé à venir tant qu’il n’y aurait pas été invité par le maire de Saint-Nazaire. »
M. Cadayé a été reçu par Mrs. Whitney et lui en a fait part. Ceci a été démentie et le journal Ouest-Éclair écrivait : « Il n’est pas besoin de la réponse de Miss Whitney pour savoir que ladite information émanait d’un fumiste, heureux de jouer un bon tour à la municipalité**. ».

mgrleferdelamotte* Mgr Le Fer de la Motte (Eugène-Louis-Marie), né à Saint-Servan (Côtes-du-Nord), diocèse de Rennes, le 25 novembre 1867, décédé à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Inférieure) le 20 juin 1936.
Études à Dinan, à Redon, à Saint-Brieuc, au Séminaire français de Rome de 1888 à 1892 ; docteur en théologie et en philosophie ; prêtre le 23 mai 1891 ; directeur au Grand Séminaire de Saint-Brieuc en 1892 ; chanoine honoraire et directeur du collège des Cordeliers de Dinan en 1896 ; élu au Consistoire du 28 mai 1914.
Le 16 mai 1914, l’abbé Le Fer de La Motte est promu à l’évêché de Nantes et intronisé le 15 août, avant son sacre, à cause de la guerre ; sacré en sa cathédrale par Mgr Nègre, archevêque de Tours, assisté de NN. SS. Morelle, évêque de Saint-Brieuc, et Gouraud, évêque de Vannes, le 5 novembre suivant. Il succédait à Mgr Rouard.
Photo – Mgr Le Fer de la Motte – Collection Michel-C Mahé.
** Pendant cette période, les relations avec le clergé étaient houleuses depuis la suppression des crucifix à l’hôpital et l’arrêté municipal du 9 juin 1925 d’interdiction des processions. Nous reviendrons en détail sur ces événements.
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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les escadres

Les préparatifs

Le 16 juin, le transport Seine de l’État et le remorqueur Résistance sont arrivés à Saint-Nazaire. Le Seine avait à son bord du matériel nécessaire au mouillage des cuirassés français pour les fêtes franco-américaines. C’était un vieux bateau (1913) de 3160 tonnes et 12 nœuds.

Le mouillage et l’amarrage des bâtiments ont été étudiés par l’officier des équipages pilote Keros, de la division de la Mer du Nord. Le mercredi 9 juin, il est venu s’entretenir avec les organisateurs de la fête, le commandant du port, les ingénieurs des ponts et chaussées et de la Chambre de Commerce.

Après son passage en cale sèche à Philadelphie, le croiseur Memphis va remplacer le vieux croiseur Pittsburgh comme bâtiment amiral américain en Europe. Il a quitté Philadelphie, le 14 juin, à la même date que le départ du premier convoi de troupes pour la France.
Le contre-amiral Gleaves (actuellement en retraite) qui commandait le premier convoi de la Première division américaine, et le brigadier-général Samuel D. Rockenbach (actuellement général commandant le district de Washington) qui fut le premier commandant de la base de Saint-Nazaire, ont embarqué sur le Memphis comme représentants de la Marine et de l’armée américaine.

L’arrivée des escadres

Le mercredi 23 juin

Le croiseur américain Memphis* fit son entrée à Saint-Nazaire dans la soirée. Il fut amarré quai du Commerce à la place qu’occupait, le 26 juin 1917, le transport à bord duquel se trouvaient le général Sibert et les premières troupes américaines débarquées en France.

* USS Memphis (CL-13) était un croiseur léger de la classe Omaha, classé à l’origine comme croiseur éclaireur, de la marine des Etats-Unis. Il était le quatrième navire de marine portant le nom de la ville de Memphis, Tennessee.
La construction du Memphis a été autorisée le 1 juillet 1918 et il fut commandé au chantier William Cramp and Sons, Philadelphie, le 24 janvier 1919. La construction débuta le 14 octobre 1920 et il fut lancé le 17 avril 1924. Sa marraine était Mlle Elizabeth R. Paine, fille du maire Rowlett Paine de Memphis. Le Memphis a été mis en service le 4 février 1925, sous le commandement du capitaine Henry E. Lackey, futur amiral.
Longueur à la flottaison : 170 m ; Longueur hors-tout : 169.32 m ; largeur : 16.87 m ; tirant d’eau moyen : 4.11 m ; déplacement standard : 7163 t ; déplacement en charge : 9661 t.
Son équipage en temps de paix était 29 officiers et 429 hommes d’équipage.

 

amarragesdesnaviresAmarrages connus des escadres – Quai du commerce : 1) croiseur Memphis, 2) destroyer Lamson ou Charles Ausburn ; 3) destroyer Osborne ; 4) destroyer Preston. – Dessin Michel-C Mahé

 

19saintnazairefeteamericainemcmDe gauche à droite : croiseur Memphis, destroyers Lamson ou Charles Ausburn ; Osborne ; Preston.
Collection Michel-C. Mahé.

Le Jeudi 24 juin

lamsonmcmDestroyer Lamson – Source : U.S. Navy Naval History and Heritage Command

Vers 13 heures, la flotte américaine a fait son apparition au phare des Charpentiers.
À 13 h 45, en présence d’une foule immense (plus de 10 000 personnes), les destroyers de la division N° 27*, « Lamson** » portant pavillon du commandant de vaisseau A.-P. Fairfielf, « Preston** », « Charles-Ausburn** » et « Osborne** », firent leur entrée dans le port, dans cet ordre, à 5 minutes d’intervalle.

* Début juin c’était la division de destroyers n°25, capitaine de vaisseau W. Galbraith, comprenant l’ Isherwood, le Lardner, le Case et le Sharkey qui avait été prévue pour accompagner le Memphis à Saint-Nazaire.
** Ces navires sont de la classe Clemson, construits au chantier Bethlehem Shipbuilding Corporation, Union Iron Works à San Francisco.
Identification : Lamson : DD-328 ; Preston : DD-327 ; Osborne : DD-295 ; Charles Ausburn DD-294.
Caractéristiques :
Longueur : 95.8 m ; largeur : 9.42 m ; tirant d’eau : 3.1 m ; déplacement standard : 1310 t ; déplacement en charge : 1411 t ; puissance : 27000 chevaux ; vitesse : 35 nœuds.
Armement : 4 canons de 102 mm ; 2 canons de 28 mm ou de 76 mm ; 12 tubes lance-torpilles de 530 mm.
Equipage : 6 officiers et 108 hommes d’équipage.
Lancement :
Lamson : 1er septembre 1920 ;
Preston : 7 août 1920 ;
Osborne : 29 décembre 1919 ;
Charles Ausburn : 18 décembre 1919.
Marraine:
Lamson : Miss Annette Rolph ;
Preston : Mrs. Josephus Daniels, wife of the Secretary of the Navy ;
Osborne : Mrs. Elizabeth Osborne Fisher, soeur de Ltjg W. E. Osborne et Mrs. C. H. Cox ;
Charles Ausburn : Mrs. D. K. Ausburn.
Mise en service :
Lamson : 19 avril 1921 – Lieutenant Commander F. L. Johnston ;
Preston : 13 avril 1921 – Cmdr. G. T. Swasey ;
Osborne : 17 mai 1920 – Lieutenant Dennis L. Ryan ;
Charles Ausburn : 23 Mars 1920, Lieutenant M. W. Hutchinson, Jr.
voltaireLe cuirassé Voltaire – Collection Michel-C. Mahé.

Les Cuirassés : « Voltaire* », battant pavillon de l’amiral Chauvin, et « Diderot* » sont restés sur rade.

* Le Voltaire et le Diderot étaient des semi-cuirassés de la classe Danton de la marine française.
Longueur à la flottaison : 144.9 m ; Longueur hors-tout : 146.6 m ; largeur : 25.8 m ; tirant d’eau en charge : 9.2 m ; déplacement standard : 18318 t ; déplacement en charge : 19763 t ; vitesse : 19 nœuds.
Équipage : 681 hommes.
Armement :
2 × 2 canons de 305 mm/45 Modèle 1906 ;
6 × 2 canons de 240 mm/50 Modèle 1902 ;
16 × 1 canons de 75 mm/65 Modèle 1906 ;
10 × 1 canons de 47 mm Hotchkiss ;
2 tubes lance-torpilles de 450 mm.
Le Voltaire a été au commandé aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer. La construction débuta le 20 juillet 1907 et il fut lancé le 16 janvier 1909. Sa marraine était (?). Il a été mis en service le 5 août 1911, sous le commandement du (?).
Le Diderot a été commandé aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint-Nazaire. La construction débuta le 20 octobre 1907 et il fut lancé le 19 avril 1909. Sa marraine était (?). Le Diderot a été mis en service le 1 août 1911, sous le commandement du (?).
Ils possédaient un caisson longitudinal blindé pour la protection sous-marine. Leur fond était recouvert d’un revêtement élastique en bois, contre les torpilles. Ce dispositif a permis au Voltaire de survivre à deux torpillages au large de Milo en 1927.
Depuis la guerre, leur protection sous-marine avait été améliorée et on les considérait, à cette époque, à l’épreuve de 2 ou 3 torpilles.
Le nom de ces navires, a inspiré beaucoup de critiques chez les officiers et les français cultivés. Dés lors qu’ils évoquaient ces navires dans leurs articles, les chroniqueurs évoquaient cet état de choses. L’un d’eux écrivait : « Leurs noms amusent beaucoup les étrangers : pensez donc : un navire de combat, c’est un autel où l’on se sacrifie pour la patrie. D’ordinaire partout, on donne des noms qui évoquent l’idée d’héroïsme ou de patrie, qui inspirent d’un noble exemple ceux qui vont combattre, mourir. Les tristes politiciens donc on est affligé notre marine ont trouvé moyen d’inscrire sur l’arrivée de nos vaisseaux des appellations n’ayant rien de naval ou de militaire ni même de national, et qui inspirent le plus profond mépris chez les Français et les étrangers qui savent. »
delageCollection Michel-C. Mahé.

Ensuite la flotte française a fait son entrée.
Les contre-torpilleurs, anciens allemands « Delage* », « Rageot de la Touche* », « Mazaré** » ; « Vesco** », « Chastang** ».

* Le Rageot de la Touche (ex-SMS H146) et le Delage (ex SMS H147) étaient des contre-torpilleurs de la marine Française cédés par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en juillet 1920.
Ils furent construits au chantier Howaldtswerke à Kiel. Le premier fut lancé le 23 janvier 1918, le second le 13 mars 1918.
Longueur : 84.5 m ; largeur : 8.35 m ; tirant d’eau : 3.5 m ; déplacement standard : 990 t ; déplacement en charge : 1147 t ; puissance 24500 ch ; vitesse : 32 nœuds
Équipage : 105 hommes.
Armement :
3×1 canons de 105 mm SK L/45 ;
2×2 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
2×1 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
24 mines marines.
** Le Mazaré (ex-SMS S135), le Vesco (ex-SMS S134) et le Chastang (ex-SMS S133) étaient des contre-torpilleurs de la marine Française cédés par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en 1920.
Ils furent construits au chantier Schichau-Werke à Elbląg.
Lancement : Mazaré, 27 octobre 1917 ; Vesco, 25 août 1917, Chastang, 1er septembre 1917.
Longueur : 83.2 m ; largeur : 8.3 m ; tirant d’eau : 3.4 m ; déplacement standard : 919 t ; déplacement en charge : 1170 t ; puissance 24000 ch ; vitesse : 32 nœuds
Équipage : 105 hommes.
Armement :
3×1 canons de 105 mm SK L/45 ;
2×2 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
2×1 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
24 mines marines.

18saintnazairefeteamericainemcmAu premier plan les sous-marins – Collection Michel-C. Mahé

Les sous-marins : « Dupuy de Lôme* », « Gustave Zédé **» ; « Hermione*** » et « Bellone*** »; « Daphné ».

* Le Dupuy de Lôme, sous-marin de la marine française, a été construit à l’arsenal de Toulon. Sa construction débuta le 1er septembre 1913, fut lancé le 9 septembre 1915 et mit en service le 11 juillet 1916.
Longueur : 75 m ; largeur : 6.39 m ; tirant d’eau : 3.6 m ; déplacement en surface / plongée : 853 / 1291 t ; vitesse en surface / plongée : 18 / 10.9 nœuds ; profondeur maximale : 50 m.
Équipage : 41 hommes.
Armement :
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’avant ;
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’arrière ;
4 lanceurs de torpilles rotatifs de 450 mm ;
1 canon de 47 mm sur le pont.
** Le Gustave Zédé, sous-marin de la marine française, a été construit à l’arsenal de Cherbourg. Il fut lancé le 20 mai 1913 et mit en service le 10 octobre 1914.
Longueur : 74 m ; largeur : 6 m ; tirant d’eau : 3.75 m ; déplacement en surface / plongée : 849 / 1047 t ; vitesse en surface / plongée : 17 / 11 nœuds.
Équipage : 47 hommes.
Armement :
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’avant ;
3×2 lanceurs de torpille externes 450 mm ;
*** Le Bellone et l’Hermione sont des sous-marins de la marine française de la classe Bellone.
Longueur : 60.6 m ; largeur : 5.4 m ; tirant d’eau : 3.41 m ; déplacement en surface / plongée : 540 / 804 t ; vitesse en surface / plongée : 14 / 9.5 nœuds ; profondeur de plongée maxi : 50 m.
Équipage : 28 hommes.
Armement :
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’avant ;
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’arrière ;
4 lanceurs de torpilles rotatifs de 450 mm ;
1 canon de 75 mm, modèle 1897, sur le pont ;
Le Bellone a été construit à l’arsenal de Rochefort. Il fut lancé le 8 mai 1914 et mit en service le 12 juillet 1917.
L’Hermione a été construit à l’arsenal de Toulon. Il fut lancé le 15 mars 1917 et mit en service le 5 février 1918.
flotillesousmarinmcmAu premier plan, de gauche à droite : L’ Hermione ; Le Trinité-Schillemans, ancien allemand UB 94 , Le Carissan, ancien allemand UB 99 ; Le Jean Corre, ancien allemand UB 155. Au second plan, et derrière l’Hermione : la Daphné. Source : Gérard GARIER « L’odyssée technique et humaine du sous-marin en France » tome 4. Marines éditions, 2004.

Les sous-marins, anciens allemands : « Carissan *» ; « Trinité-Schillemans* » ; « Jean Corre** ».
Le pétrolier Nièvre. ***

* Le Carissan (ex-SM UB99), le Trinité-Schillermans (ex-SM UB-94) étaient des sous-marins de la marine française cédés par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en 1918.
Ils furent construits au chantier AG Vulcan de Hamburg.
Le Carissan , lancement : 29 juillet 1918 ; mise en service, 4 septembre 1918.
Le Trinité-Schillermans , lancement : 28 avril 1918 ; mise en service : 1er juin 1918.
Longueur : 55.52 m ; largeur : 5.76 m ; tirant d’eau : 3.73 m ; déplacement en surface / plongée : 510 / 640 t ; vitesse en surface / plongée : 13 / 7.4 nœuds ; profondeur de plongée maxi : 50 m.
Équipage : 3 officiers, 31 hommes.
Armement :
4 tubes lance-torpilles de 500 mm à l’avant.
1 tube lance-torpilles de 500 mm à l’arrière.
1 canon de 105 mm sur le pont
** Le Jean Corre (ex-SM UB155), était un sous-marin de la marine française cédé par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en (?).
Il fut construit au chantier AG Vulcan de Hamburg et lancé le 26 octobre 1918.
Longueur : 55.5 m ; largeur : 5.8 m ; tirant d’eau : 3.85 m ; déplacement en surface / plongée : 539 / 656 t ; vitesse en surface / plongée : 13 / 7.4 nœuds ; profondeur de plongée maxi : 75 m.
Équipage : 34 hommes.
Armement :
4 tubes lance-torpilles de 500 mm à l’avant.
1 tube lance-torpilles de 500 mm à l’arrière.
1 canon de 105 mm SK L/45 sur le pont
*** La Nièvre, pétrolier de la marine française, a été construit à l’arsenal de Lorient. Sa construction débuta le 5 septembre 1920, fut lancé le 10 mars 1921 et mit en service le 26 mars 1922.
Longueur : 70 m ; largeur : 11,60 m ; tirant d’eau : 2,28 m ; déplacement : 2.800 t ; vitesse : 10,5 nœuds. La Nièvre pouvait transporter 1.500 tonnes de mazout.
Tous les navires américains étaient des bâtiments construits après-guerre.
Le croiseur Memphis a été livré en 1926 par les chantiers Cramp.
Les huit destroyers sont neufs, datant de 1919 à 1922.

Les unités de l’escadre française étaient récentes, sauf bien entendu les vieux cuirassés Voltaire* et Diderot* qui ont été mis en service en 1911.
Les contre-torpilleurs, tous des anciens allemands, ont été lancés en 1917 et transmis à la France en 1920.
Les cinq sous-marins français ont été mis en service entre 1914 et 1918, les cinq sous-marins ex-allemands, en 1918.

Au total 21 navires, en comptant le pétrolier Nièvre, sont arrivés à Saint-Nazaire (5 américains, 16 français), soit, en suivant l’effectif théorique de chaque navire, 3075 hommes (914 américains, 2161 français). En plus il faut ajouter les troupes embarquées pour l’occasion.
Cela faisait beaucoup de monde en ville…

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Les Nazairiens se mobilisent

Articles connexes :
Le monument américain – La genèse
Le monument américain – Premières critiques
Le monument américain – L’accomplissement
Le monument américain – Les fêtes franco-américaines – L’organisation

echelledetempsinauguration

Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Les Nazairiens se mobilisent

Le comité s’adressait aux Nazairiens par voie de presse, dans des communiqués, par les associations, entres autres les comités de quartier.
Il lui importait surtout de réaliser l’union de toutes les bonnes volontés sans politique de parti.
La presse était plutôt bienveillante à ce vœu : « Tous les Nazairiens – pas de politique de parti en la matière – sont de cœur avec la municipalité en cette affaire. Ils sont fiers que leur port ait été choisi pour cette manifestation plutôt que Bordeaux ou Brest, qui furent centres de bases américaines au même titre que Saint-Nazaire. »
Elle marquait parfois une certaine ironie à l’encontre du comité et de M. Cadayé : « Les Nazairiens du Comité d’organisation planeront au-dessus des partis. Il n’y aura plus de Lemouel*, dressé contre Le Moine**. Aucun dissentiment. Pas l’ombre d’une mesquine jalousie. Seulement des habitants d’une belle cité, bercée par les flots de la mer et le clapotis des eaux de la Loire, qui désirent fraterniser ensemble dans une loyale et vibrante collaboration. »

* M. Lemouel Jean, 3e adjoint, liste socialiste.
** M. Le Moine, président du Syndicat d’Initiative.

Comme nous l’avons vu dans un article précédent*, lorsque le comité d’organisation a été constitué, lors d’une réunion à l’Hôtel de ville présidée par M. Blancho, une soixantaine de délégués des différentes sociétés** de Saint-Nazaire se sont déplacés. Preuve que celles-ci souhaitaient s’impliquer dans ce projet de fêtes que l’on voulait grandioses.
Mais bien des projets sont tombés à l’eau car au cours du temps le budget de ces fêtes a bien diminué. Mi-février, le comité d’organisation avait estimé un coût de 400 000 francs comportant trois semaines de réjouissances. Début juin, il n’était plus que de 200 000 francs seulement pour trois jours.

* Le monument américain – Les fêtes franco-américaines – L’organisation.
** associations

Quelques unes de ces sociétés

La Société d’Horticulture*
Début février 1926, la société a émis le projet d’organiser une exposition nationale d’horticulture et pensait qu’il était judicieux de faire coïncider évènement avec l’inauguration du monument mais elle n’a pas obtenu les fonds nécessaires et elle a remis à 1927 cette manifestation.

* Le président était M. A. Aubin.

La Société d’Aviculture*
Le dimanche 14 mars 1926, la Société d’Aviculture tenait une réunion dans la salle de la Ligue antialcoolique, rue du Prieuré pour discuter, entre autres, de son éventuelle participation aux fêtes d’inauguration du monument américain. Le meilleur emplacement était la place Marceau mais cela nécessitait une tente et la société ne disposait pas assez de moyens financiers pour risquer une telle dépense. On envisagea aussi des baraquements que les chantiers de Penhoët seraient disposés à prêter.
M. Debonne fut nommé commissaire général de l’exposition projetée.
Début juin, le projet fut abandonné. L’exposition est reportée au printemps 1927.
Une belle exposition avicole se tiendra tout de même dans les bâtiments de la fonderie Deau, rue de la Paix avec des prix intéressants pour les exposants dont un offert par le Président de la République.

*Société d’Aviculture. Assemblée de février 1924, M. Benoist, président ; MM. Campredon, vice-président et Nézet, secrétaire
Assemblée de mars 1926, M. Blanc, président ; MM. Campredon, vice-président ; Servais, secrétaire.
Siège de la société, Maison du Ligueur, 10 rue du Prieuré.
Saint-Nazaire comptait alors des aviculteurs primés un peu partout en France, comme M. Debonne et M. A. Herbin avec leurs coqs et poules Malines et Leghorns.

La Société des régates de Saint-Nazaire*
En mars, la Société des régates a proposé de collaborer au programme des fêtes du monument américain. Rien ne parait au programme officiel de juin.

* M. de Parscau du Plessix, président de la société ; MM. Vince et Desmars, membres.

Les anciens combattants
Début avril, les délégués des sociétés des anciens combattants (U. N. C., de la Légion d’honneur, des Médaillés militaires*, des Anciens Prisonniers de guerre, des Mutilés, des Frères d’Armes** et de l’Union des Mutilés), se réunissaient et décidaient la mise en place d’une commission chargée d’apporter son concours au Comité des fêtes.

* Médaillés militaires. Comité des fêtes : MM. Audrion président. Membres du bureau MM. Mesnard, Blouet, Letily, Eon, Jeanne, Blanchet.
Le 13 juin 1926 renouvellement du comité des fêtes : M. Salmon, président : M. Eon, secrétaire. Membres du bureau : MM. Louet, Thiron, Letily, Bastat, Godecq, Blanchet.
Aux fêtes de l’inauguration du monument américain, viendront la 180e Section de Nantes et la 195e Section de
Guérande.
** La société « Les Frères d’Armes » comprenait, début mai 1926, 326 membres. Son président était M. Chaney, architecte du monument américain. Autres membres : MM. Audic (secrétaire), Laurent, Le Cloarec, Marquet.

La Société des Goélands nazairiens*
Elle a participé en organisant le samedi 26 juin un tournoi de water-poło entre ses membres et les marins des escadres et le dimanche 27 juin une course de natation dans le bassin de Saint-Nazaire.

* Cette société a tenu sa première assemblée générale le dimanche 23 mars 1924. Elle avait son siège social dans le local de la Ligue contre l’alcoolisme, 10, rue du Prieuré.
Elle se proposait d’entraîner à la natation, water-polo, canotage et autres sports nautiques et maritimes.
Elle était affiliée aux fédérations de Natation, de Sauvetage et d’Aviron de France.
Son logo était un goéland sur bleu et noir.

L’Harmonie Saint-Joseph et de l’Harmonie Nazairienne
La participation de l’Harmonie Saint-Joseph et de l’Harmonie Nazairienne n’a pas été retenue. Pour animer ces fêtes le Comité a préféré la musique du 65e régiment d’infanterie de Nantes, celle des Équipages de la Flotte et la Sainte-Cécile de Montlouis (Indre-et-Loire).
La raison fut évoquée dans une lettre adressée à l’un des chefs de ces musiques : Le Comité ne pouvait pas accepter les conditions exigées par les deux harmonies pour leur participation.

Dans les quartiers

comitesdequartiermcmLes comités de quartier (limites approximatives)
La carte du secteur Méan-Penhoët est en cours de construction – Dessin Michel-C Mahé

Un grand défilé « allégorique et fleuri » avec un « caractère local et breton » fut projeté pour le dimanche 27 juin, comprenant chars, automobiles et voitures fleuries, groupes, etc.
Les participants se verront décerner des prix et pour ce faire une somme de 20 000 francs a été affectée.
Les inscriptions se sont faites à la permanence du Comité, 42, rue du palais, au magasin de M. Cadayé, président du Comité.
Le Comité général a fait appel aux comités de quartier pour que ceux-ci préparent un char.
Ils se sont mis au travail. Le Comité du Vieux Saint-Nazaire et celui de Méan se sont adjoint le concours de M. Dommée, architecte, pour concevoir les plans.

Le Comité général avait désiré associer toute la Bretagne aux fêtes de l’inauguration et pour le grand défilé il s’était assuré le concours de toutes les reines de Bretagne (reine de Cornouailles, reine des ajoncs d’or, des filets bleus, reine des flots, etc.). Douze reines participeront en costume du pays.
Il avait décidé que chaque quartier élirait aussi une reine « choisie parmi les jeunes filles honnêtes et laborieuses de leur quartier ». Ces dernières éliront la reine des reines et toutes prendront place sur le char du Comité général.
Selon les directives du Comité général, les concurrentes se sont présenté le même jour à la même heure, le samedi 12 juin, à 20 h 30, dans des endroits désignés de chaque quartier*, accompagnées de leurs parents et d’une autorisation écrite de leur part.
Le quartier de Penhoët ne participera pas. Il a fait connaître la raison dans un courrier de son président, lu lors de l’élection des reines à l’Hôtel de Ville : il était dans l’impossibilité de trouver une reine dans un délai aussi court.

* Comité de Cardurand : Stand de l’Avant-Garde ; Comité de la route de Guérande : chez M. Allard, à la Tranchée ; Comité de Villès-Martin : chez M. Broussard, café des Ramures ; Comité du Vieux-Quartier : salle annexe de la Mairie ; Comité du quartier Marceau : salle de réunions du café de Tempérance, rue du Prieuré.

L’élection des reines

salaunComité de la route de Guérande
L’élection se fit chez M. Allard, à la Tranchée. 26 prétendantes au titre se présentèrent. L’accord s’est fait sur le nom de Mlle Salaün Gisèle, une brune de 19 ans, modiste de profession.
Les parents et leurs cinq enfants habitaient rue du Commandant-Gâté.
« C’est sérieux, et ça travaille dur. » disait le voisinage.

 

 

delaunayAu Vieux quartier de Saint-Nazaire
C’est Mlle Jeanne Delaunay, 16 ans, dont les parents tiennent un débit qui a été choisie.

 

 

 

 

mauriceÀ Villès-Martin
L’élection se fit au café Les Ramures*. Neuf concurrentes se sont mises sur les rangs. C’est Mlle Gabrielle Maurice, 18 ans, de Perthuischaud, à Sautron qui l’emporta. Elle faisait partie d’une famille de cinq enfants.
* Les Ramures, café-restaurant tenu par M. Broussard.

 

 

marionÀ Cardurand
Mlle Suzanne Marion, 18 ans, d’une famille de quatre enfants.

 

 

 

 

hamonAu quartier Marceau
Mlle Maria Hamon, 16 ans, demeurant rue Marceau.

 

 

 

 

tillyAu quartier de Méan
Mlle Maria Tilly, domiciliée, 20, rue du Brivet.

 

 

 

 

 

L’élection de la reine des reines

L’élection de la reine des reines fut assez mouvementée, elle a eu lieu à l’hôtel de ville, mercredi 16 juin 1926.

Une table a été installée pour les représentants du comité général et ceux des différents comités de quartier. On s’aperçoit bien vite qu’elle n’est pas assez longue, on en rajoute une deuxième. Les parents ont accompagné leur enfant élue de leur quartier.
M. Cadayé prend la parole et félicite les jeunes filles. Elles sont toutes là, excepté Mlle Tilly, de Méan, qui est en voyage.
On fait la lecture de la lettre de M. Clouet, président du quartier de Penhoët, faisant connaître son impossibilité de trouver une reine dans un délai aussi court.
On annonce, alors, que deux jeunes filles de Penhoët, envoyées par un groupe imposant d’habitants, se présentent à l’instant à la porte pour postuler à la royauté mais elles n’ont aucune recommandation du président du quartier de Penhoët ; leur demande est déboutée.
C’est dans une pièce attenante à la salle de réunion que l’on a réuni les jeunes femmes. Les reines doivent l’une d’entre elles. Très vite on s’aperçoit de l’impossibilité du système. Aucun des trois tours de scrutin ne dégage une majorité.
Au bout d’une heure, on décide que ce sont les membres de la presse et un délégué de chaque quartier qui désigneront la reine des reines.
Utilisant ce contretemps, M. Norange* demande que les candidates défilent pour juger leur démarche.

Il faudra encore deux tours de scrutin de ce nouveau jury pour que Mlle Gisèle Salaün soit élue reine des reines par cinq voix contre quatre à Mlle Maurice et une à Mlle Marion.
La jeune élue reçoit alors les hommages de l’assemblée et M. Cadayé déclare qu’une autre reine devra être nommée par le quartier de la route de Guérande car Mlle Salaün, de par son titre, représente maintenant tout Saint-Nazaire.
La robe des souveraines sera fournie et la coiffure offerte par le Comité général.
Chaque comité de quartier parera son élue d’une écharpe : rouge et bleu pour le Vieux quartier ; rouge et vert pour la route de Guérande ; bleu nattier** pour le quartier Marceau ; rouge et or pour la république de Cardurand.

* Pierre Norange arrive à Saint-Nazaire en 1912 en tant que secrétaire général de la Chambre de commerce et journaliste. Il écrit dans : le Travailleur de l’Ouest, le Populaire de Nantes, l’Éclair de Saint-Nazaire. Il prend part à la vie politique et culturelle de la ville. Il fonde en 1920 l’Université populaire de Saint-Nazaire. Il met en place, en 1921, les patronages laïques regroupant de nombreux enfants de la ville et organise les premières colonies de vacances.
** Bleu intermédiaire entre le bleu marine et le bleu roi, créé par Jean-Marc Nattier, (1685 -1766), peintre français.

courtelC’est Mlle Courtel qui sera élue reine du quartier de la route de Guérande en remplacement de Mlle Salaün élue reine de Saint-Nazaire.

 

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