Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 –  La soirée des ministres à La Baule

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – À la Chambre de Commerce

Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 –  La soirée des ministres à La Baule

C’est en automobile, à 18 heures, que les ministres se rendirent à La Baule à l’invitation de la municipalité * pour un dîner intime au Casino (100 couverts). C’est seulement le vendredi à midi, qu’ils firent savoir qu’ils l’acceptaient. **

* Nous avons vu dans les articles précédents l’insistance de La Baule pour s’intégrer aux fêtes. Dès mi-février 1926, les dirigeants de La Baule se proposaient d’inviter toutes les personnalités qui assisteront à l’inauguration du monument américain. Ils avaient élaboré tout un programme : excursion sur la Côte d’Amour et à Guérande, fête des fleurs à La Baule et banquet au Casino. Mi-juin, ils prévoyaient, le soir de l’inauguration, d’inviter les ministres et les personnalités américaines à un grand banquet à La Baule. L’invitation fut acceptée au tout dernier moment. Pour les américains, seuls, le Brigadier-général Rockenbach, premier commandant de la base de Saint-Nazaire, le capitaine Lackey, commandant Le Memphis, et quelques lieutenants s’y rendirent.
** Les invités : MM. Leygues ministre de la Marine et Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics ; M. le comte de Lapeyrouse, maire ; M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure ; Mme Mathivet; Mme la comtesse de Lapeyrouse ; MM. Le contre-amiral Gleaves, le général Spire, le Brigadier-général Rockenbach, commandant la base américaine pendant la guerre, l’amiral d’Adhémar de Gransac, le contre-amiral Chauvin, avec leurs états-majors ; le capitaine Lackey, commandant Le Memphis, les lieutenants Esler, Talbott, Gaines, Riggs, Cady, Forsyth, Madeira ; M. Droz, président du Comité des fêtes de La Baule ; MM. Delaroche-Vernet, MM. Bellamy et Merlant députés ; Mmes Delaroche-Vernet, MM. Bellamy et Merlant ; Mmes Sulzbach, (illisible) ;   secrétaire général de la Préfecture ; Hubert des Ouches, chef de cabinet du préfet ; Vaultier, président du Conseil de Préfecture ; Butterlin, sous-préfet de Saint-Nazaire ; Mme Butterlin ; M. Serre, sous-préfet de Paimbœuf ; M. Fisher, consul des États-Unis à Nantes ; Mme Fisher ; M. Valdès Roig, consul de la Havane à Saint-Nazaire ; Mme Valdès Roig ; MM. Touchard et Bertoye, maires du Pouliguen et de Pornichet ; M. Vincent, membre de la Chambre de Commerce ; M. et Mme Richardson, M. et Mme de Bon, MM. Giroire., Boutroux, de Moulins le Rochefort, Leriche, Minot. Legouic, Jambu, Gommy, Terrien, conseillers municipaux ; M. Vincent, président du tribunal de Saint-Nazaire, etc

Dans ce très court laps de temps, la Société des fêtes organisa la mise en place d’une décoration « sobre et élégante », deux arcs de triomphe furent élevés, l’un près de la Poste, l’autre sur le Remblai, non loin du casino et on décora d’oriflammes l’avenue de la Gare.

À la mairie, M. le Comte de Lapeyrouse *, maire, leur souhaita la bienvenue. **
M. Leygues remercia le maire et aussitôt les ministres, députés, officiers de marine américains et français, montèrent dans les autos pour se rendre au Casino ***. La façade de ce dernier, sur toute sa longueur, était décorée de guirlandes tressées de feuillage et de fleurs naturelles. Au dessus de l’entrée principale était disposée une énorme cocarde bleu blanc rouge et les colonnes, de chaque côté, étaient drapées de « stars and stripes » ****

* Le comte MAURY de LAPEYROUSE-VAUCRESSON est né le 11 février 1880 à Bône (Algérie). Très fortuné, il était intéressé à d’importantes affaires industrielles et faisait partie de plusieurs conseils d’administration. Il fut Maire de La Baule de 1925 à 1935. Il était le propriétaire de la villa Les Tottes, esplanade Benoit.où il donnait très souvent des réceptions.  Il possédait avec son beau-frère M. Sulzbach  un yacht,  le Fair Lady II , lancé le 8 mai 1925 au chantier Dubigeon.
Dimensions : longueur : 19 m 50 ; largeur : 5 m ; creux : 2 m 50 ; vitesse : 9 nœuds ; jauge : 65 tonneaux ; 2 moteurs de 65 chevaux chacun, à 2 hélices. Port d’attache : Le Pouliguen.  Il meurt d’un accident de voiture en décembre 1953.

 

Le Fair Lady sortant du port du Pouliguen – Collection Michel-C Mahé.
** Allocution de M. de Lapeyrouse ;
« Messieurs,
Le conseil municipal d’Escoublac- La Baule (illisible) faire à la station balnéaire si connue de la Côte d’Amour qui commence à prendre dans le monde la place qui lui convient, le grand honneur de votre visite. Il se réjouit de vous recevoir aujourd’hui à la Mairie, et il vous remercie d’avoir répondu avec empressement à son invitation, faite avec simplicité sans doute, mais avec aussi la préoccupation de la retenir comme une chose qui restera un souvenir dans la vie ordinaire de notre cité.
Voisins de Saint-Nazaire, qui a eu le privilège de voir les troupes américaines débarquées sur notre territoire, alors que la grande République des États-Unis s’est mise aux côtés de la France pendant la période encore indécise de 1916, pour vivre avec elle les heures d’angoisse, mais aussi d’héroïsme, et de sacrifices qu’elle a connues, nous aurions manqué à notre devoir en ne nous associant pas aux fêtes données par le grand port de l’Océan, en témoignage de l’immense effort qu’elles ont accompli jusqu’à la conclusion de la Paix de 1918. On peut dire que l’intervention de l’Amérique a été décisive dans la solution précipitée du vaste conflit européen de 1914.
Nous sommes fiers, en vous souhaitant la plus cordiale bienvenue, de vous accueillir à Baule, parce que nous sommes sûrs que vous emporterez de votre trop court séjour parmi nous un souvenir durable qui ne vous fera pas regretter la visite que vous nous accordez aujourd’hui, si bienveillamment.
Au nom du conseil municipal unanime, je vous en remercie, au nom de la population toute entière, je m’en félicite. »
*** La première pierre du nouveau casino municipal de La Baule fut posée le 14 janvier 1926, il a été inauguré le mercredi 1er juillet 1925. Propriétaire : M. André ; directeur : M. Mattei ; Architecte : Ferdinand Ménard ; réalisation des travaux Entreprise générale de la Baule-les-Pins.
**** Cette décoration impromptue fut l’œuvre de M. Graves, architecte, chargé de la décoration extérieure, aidé par Mmes Minot, Vallée, et de Mlle Jaouen.
Le Casino – Collection Michel-C Mahé.

 

Le restaurant-dancing du casino de La Baule – Collection Michel-C Mahé.

Le dancing avait été transformé en une magnifique salle à manger. Un orchestre le Jazz Sticklen’s orchestrera *, sous la direction de M. Hervé animait le banquet.

* Un certain engouement est apparu dans les dancings des hôtels et les bals pour les danses américaines et les jazz-bands. La Baule ne fait pas exception.

Après que les hymnes nationaux furent écoutés debout, les convives se mirent à table.* Point de discours, ils avaient été résolument supprimés.

* Le menu : Consommé Riche, en tasse, au fumet de tomate ; Demoiselle de l’Océan à la Washington ; Mignonnette de Charolais Lafayette ; Poularde de Bresse froide à la Bauloise ; Salade Mimosa ; Asperges d’Argenteuil sauce Mousseline ; Biscuit glacé aux fraises des Bois ; Friandise du Casino ; Fruits.

Les ministres quittèrent La Baule en automobile à 20 heures pour prendre le train pour Paris à 23 h 28.

Vers dix heures la ballerine Maria Ley fit son entrée et tourbillonna autour des tables *. « Sa jota tantôt langoureuse tantôt gaillarde fut particulièrement appréciée ». Qui alla rapporter à l’artiste l’écharpe multicolore qu’elle laissa choir sur une table durant sa prestation ? le chroniqueur ne le dit pas. Puis, l’américain chanteur et danseur Harland Dixon, exécuta une série de danses acrobatiques très appréciées par les Américains présents à ce banquet.

* Un chroniqueur de Ouest-éclair se demandait ironiquement « …où étaient passés nos deux ministres de la Marine et des Travaux publics, le soir de l’inauguration du monument américain de Saint-Nazaire. » il donnait la réponse « Nos Excellences, au Casino de La Baule, oubliant les soucis du pouvoir, applaudissaient chaleureusement l’affolante ballerine Maria Ley qui tourbillonnait autour des tables d’un festin de Balthazar exécutant une « jota » tour à tour langoureuse et… osée. », jolie bourde… Ils étaient partis.
Mlle Maria Ley, danseuse classique, d’origine tchécoslovaque, Opéra de Vienne (août 1922) ; Paris, Olympia (janvier 1923) ; Vienne (mai 1925), revue « Frauentraume um Mitternacht » (De quoi les femmes rêvent à minuit) de MM. Karl Farkas et Dr Robert Katscher ; Cannes, Casino municipal (février 1926), pour le gala franco-russe ; Paris, Théâtre de l’Avenue (mai 1926), « Revue de l’Avenue », 2 actes et 25 tableaux de MM. Max-Eddy et Henry Hallais, où elle exécute une série de danses classiques et de caractère ; Paris, aux Capucines, (octobre 1926), « Divin mensonge », opérette en trois actes et six tableaux de MM. Madis et Pierre Veber ; New-york, Cito’s Club (novembre 1926), « Pavlova », elle exécute en smoking de brillants noirs une danse « 1930 » sur une musique de jazz puis « la Valse blanche » avec un orchestre Hawaïens ; Paris, à l’Empire (février 1926), un ballet, « Masques », de M. Pierre Sandrini et V. Telly ; Biarritz (mai 1927).
Recueil de poèmes et de proses rythmées « Pourquoi je danse » (1924).

Les convives, après que l’on ferma les fenêtres, et la foule massée sur l’esplanade purent assister à un feu d’artifice. Toute l’aile gauche fut convertie, selon le chroniqueur, « en une cascade de pierres précieuses aux plus variées, aux plus chatoyantes couleurs, puis en une chute d’eau où mille soleils flamboyants seraient venus se refléter.»

Modifications : 06/10/2017 – Ajout des étiquettes.

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – À la Chambre de Commerce

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– pressé : Je lis seulement les paragraphes ; ils me donnent l’essentiel des informations.
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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les protagonistes
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Samedi 26 juin 1926
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – Le banquet

Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – À la Chambre de Commerce


Saint-Nazaire – A) Place de la Vieille-Ville ; B) Pont roulant ; C) Place du Bassin ; D) Place carnot ; E) La gare ;
F) Place Marceau ; G) Sous-préfecture ; H) Hôtel de ville ; I) Collège de jeunes filles ; K) Navires américains ;
L) Navires français ; M) Restaurant coopératif ; N) Salle des fêtes du Chantier de Penhoët ;
O) Paquebot Île-de-France ; P) Chambre de commerce. – Dessin Michel-C Mahé.

Visite des chantiers – Séance solennelle à la Chambre de Commerce

Le banquet terminé, le cortège officiel visita quelques ateliers des chantiers de Penhoët.
Puis les ministres et leur suite prirent place à bord du Paul Leferme*, petit vapeur des Ponts et Chaussées et parcoururent le port sous la conduite de M. Henri Bonnisseau**, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de Saint-Nazaire. Ils accostèrent quai Henri Chevreau et se rendirent à la Chambre de commerce où ils furent reçus par M. Louis Joubert, président.

* Le « Paul Leferme », petit vapeur des Ponts et Chaussées, a été construit aux chantiers de Penhoët et mis en service en juillet 1909. En 1914, le capitaine Garnier prenait le commandement du navire.
** M. Henri Bonnisseau est nommé ingénieur en chef du port en 1920 à Saint-Nazaire, il prit sa retraite comme ingénieur en chef et directeur du port en 1934.

 

Le baliseur Paul-Leferme en 1912 – Crédit Photo Patrick Pauvert
La chambre de commerce

Après leur avoir souhaité la bienvenue, M. Louis Joubert exposa ce qu’il manquait au port dans la situation présente et ce qui lui fera défaut dans l’avenir, donna quelques statistiques sur le rôle de Saint-Nazaire pendant la guerre et évoqua l’importation de charbon qui n’était pas brillante et les tarifs si élevés des chemins de fer.*

* Saint-Nazaire était un port d’importation. À l’entrée, l’élément essentiel est le charbon. Il représente 80% des importations totales. Viennent ensuite les céréales, les marchandises diverses, amenées surtout par les lignes régulières, et les bois.
 Trafic du port de Saint-Nazaire – Source BNF – Gallica
Le charbon représente environ 80% des entrées.

 

Les docks au charbon – Collection Michel-C. Mahé.

 

Cours de la livre sterling – Source BNF – Gallica
En 1924, le tonnage d’ensemble s’élevait à 1 565 607 tonnes, comprenant 1 035 316 tonnes de charbons importés (66%), alors qu’en 1928 ce tonnage ne comportait plus que 900 000 tonnes, pour 460 000 tonnes de charbons. Cette diminution de plus de 500 000 tonnes provient presque exclusivement du fléchissement dans l’importation des charbons.
Quelles en étaient les causes ?
1° Le cours très élevé de la livre qui freinait les transactions commerciales avec l’Angleterre ;
2° L’augmentation considérable des tarifs de transport par fer qui, calculés d’après un barème kilométrique, mettaient tous les ports maritimes en état d’infériorité par rapport aux ports fluviaux ;
3° Les houillères du Nord et de l’Est de la France qui ont retrouvé leur activité et augmenté leur production.
Source BNF – Gallica
 Avant la guerre la consommation totale dépassait 60 millions de tonnes ; les mines françaises produisaient 33 millions de tonnes ; la France devait donc importer, en majorité d’Angleterre, environ 27 millions de tonnes.
En 1926, la consommation totale dépassait 80 millions de tonnes ; les mines françaises produisaient environ 50 millions de tonnes ; la Sarre fournissait 12 millions ; l’Allemagne 6 millions au titre des réparations (Traité de Versailles) ; il restait donc à importer environ 12 millions de tonnes, seulement, à partager avec tous les ports charbonniers français.
De plus, les houillères ont obtenu auprès de l’État des tarifs de transport par fer de 35% au-dessous de ceux pratiqués pour les autres marchandises. Celles du Nord pouvaient donc expédier dans la région des charbons à des prix inférieurs à ceux venant d’Angleterre. Un exemple : elles expédiaient au Havre et à Rouen au prix de 9 et 7 francs la tonne alors qu’il en coûtait 14 francs de Saint-Nazaire à Nantes. Des villes comme Cholet pouvaient donc recevoir des mines du Nord des charbons à bien meilleur compte que de Saint-Nazaire. Conséquences Saint-Nazaire, avant la guerre, desservait 137 gares, il n’en desservait plus que 32 en 1926.
Le Paris-Orléans et la compagnie des chemins de fer de l’État qui étaient des gros clients du port de Saint-Nazaire, puisqu’ils se fournissaient en charbon anglais, ont eu tout intérêt à s’approvisionner en France.

Il sollicita l’appui des ministres pour que le contrat de la ligne des Antilles* fut renouvelé dans des conditions favorables, celui-ci arrivant bientôt à expiration.

* Le contrat expirait en avril 1927. En février 1927, M. Joubert apprend par hasard que la compagnie a demandé par lettre confidentielle au ministre du Travail d’abandonner le port de Saint-Nazaire. Si la proposition était acceptée, elle abandonnerait au gouvernement 4 500 000 francs sur sa subvention. En cas de refus, elle a demandé de faire escale au Havre avant le retour à Saint-Nazaire.
C’est le début d’un bras de fer où tous les rouages parlementaires, commerciaux, municipaux seront mis en jeu. Saint-Nazaire va se lever. L’Union des Syndicats confédérés appellera les ouvriers à cesser le travail à 16 h 00 le mardi 15 mars, invitera les commerçants à fermer les devantures de leurs magasins et à se rendre à 16 h 30 dans la cour de la gare point de départ d’une manifestation monstre. Le 7 avril 1927, M. Joubert recevait les journalistes pour leur faire part des termes du nouveau contrat entre l’État et la Compagnie Générale Transatlantique. Il aura une durée de 20 ans. Pendant cette période, le port de Saint-Nazaire restera tête de ligne sur l’Amérique Centrale et au retour les paquebots feront une courte escale au Havre. La compagnie abandonnera 2 millions sur sa subvention et serviront à financer, jusqu’à concurrence de 40 millions, les travaux de la forme entrée.
Saint-Nazaire – A) Vieille entrée ; B) Nouvelle entrée ; C) Quai de Penhoët ; D) Quai de Méan ; E) Forme radoub n°1 ;
F) Future forme-entrée. – Dessin Michel-C Mahé.

Il vanta la haute capacité de production des chantiers et dit que c’est tout le prestige industriel français qui en souffrirait si l’aide gouvernementale leur faisait défaut au moment où ils en ont tant besoin ; il en va aussi de l’intérêt de la défense nationale que les capacités industrielles du port soient maintenues.
La taille des paquebots étant toujours grandissante, un ensemble de travaux dans le port étaient en projet pour permettre aux deux chantiers de rester dans la course.* M. Joubert sollicita l’appui financier du gouvernement.

* Du fait de l’accroissement de la taille des navires, on prévoyait dans un avenir proche des navires de 300 m de long, 30 m de largeur, 9 m 50 voire 10 m 50 de tirant d’eau, les installations du port étaient obsolètes. Il manquait de la profondeur dans les bassins et la largeur de la vieille (25 m) et de la nouvelle entrée (30 m) étaient insuffisantes. Cette dernière condamnait les chantiers à ne construire que des navires de 29 m de large. De plus ils ne disposaient pas d’une cale de radoub capable d’accueillir les navires du futur pour la pose des hélices, le nettoyage de la coque et la peinture.
Dans un premier temps la forme de radoub n°1 fut allongée de 7 m soit 235 m de longueur. Début des travaux 1er août 1925 (durée 6 mois).
Les conclusions d’un rapport au dernier trimestre de 1925, à la suite d’une étude faite en commun par la Chambre de commerce, les directeurs des chantiers, les dirigeants de la Compagnie générale transatlantique, préconisaient les travaux suivants : creusement de souilles au pied des quais d’armements des Chantiers de Penhoët (quai de Penhoët ) et du Chantier de la Loire (quai de Méan) ; élargissement de l’écluse de l’ancienne entrée, 25 m, portée à 35 m minimum, 45 m maximum ; creusement d’une souille dans le bassin de Saint-Nazaire ; creusement d’un chenal conduisant de l’ancienne entrée au quai de Penhoët et de Méan ; mener une étude à pour élargir la forme n°1 à 35 m.
Plus tard, le projet évolua vers la construction d’une forme-entrée reliant le traict au bassin de Penhoët. Les travaux commencèrent en février 1929. La réception définitive eut lieu en 1933. L’ouvrage prit le nom de Louis Joubert, décédé en 1930.

Il a dit aussi l’émotion causée par l’annonce que deux paquebots 18 000 tonnes * seraient commandés en Allemagne pour la Compagnie Sud-Atlantique. Il a parlé de la crise de l’industrie navale française et le sombre avenir menaçant la Basse-Loire.

* Dans la cadre du plan Dawes signé le 24 juillet 1924. C’est un arrangement des réparations dues par l’Allemagne à la suite du traité de Versailles. Il avait pour objectif de lutter contre l’hyperinflation qui mettait à mal la survie de la République de Weimar.

M. Daniel-Vincent * répondit à cet exposé, je reprends là les propos d’un chroniqueur : «… qu’il n’a pas étudié le problème ; il est venu ; il ne s’engage en rien. Cependant il donne l’assurance que les intérêts français seront protégés et que les chambres de commerce seront consultées.
Pour le port on verra, on comprend l’intérêt national de toute la question. »

* Ce ministère était formé seulement depuis le 23 juin 1926. Il ne durera que 31 jours (du 23 juin au 19 juillet 1926). Voir article : « Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes. »

Un télégramme de l’amiral Gilly

Un télégramme de l’amiral Gilly, chef du port de St-Nazaire pendant la guerre, adressé à M. Joubert, président de la Chambre de commerce :
« Au moment où vous inaugurez monument commémorant arrivée des troupes américaines, vous envoie mon plus cordial souvenir, en vous priant de le transmettre aux autorités du port, aux autorités américaines et spécialement à l’amiral Gleaves. »
Amiral Gilly.

 

Modifications : 08/08/2017 – Ajout image docks au charbon ; 16/09/2017 – Refonte du paragraphe sur les paquebots commandés en Allemagne.

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – Le banquet

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Samedi 26 juin 1926

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – Le banquet


Saint-Nazaire – A) Place de la Vieille-Ville ; B) Pont roulant ; C) Place du Bassin ; D) Place Carnot ; E) La gare ; F) Place Marceau ; G) Sous-préfecture ; H) Hôtel de ville ; I) Collège de jeunes filles ; K) Navires américains ; L) Navires français ; M) Restaurant coopératif ; N) Salle des fêtes du Chantier de Penhoët ; O) Paquebot Île-de-France ; P) Chambre de commerce. – Dessin Michel-C Mahé.

Le banquet

Reprenons les écrits de Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund” sur l’inauguration du monument américain.

«Un banquet nous a été offert au Chantier de Penhoët par la Chambre de commerce, où l’on comptait plus de 400 invités, y compris les invités d’honneur, les Américains et les membres du Comité français. Le Chantier est situé sur l’un des docks et, sur notre chemin, nous avons passé le Memphis à quai*, le navire amiral français**, et le nouveau paquebot français Île de France ***, qui vient juste d’être lancé. »

* Le Memphis navire amiral américain est amarré quai du Commerce.
** Mrs Du Bois passe devant la flotte française amarrée quai Demange, mais le navire amiral français le Voltaire est resté sur rade.
*** Le paquebot Île de France a été mis sur cale, au Chantier de Penhoët à Saint-Nazaire, le samedi 25 octobre 1924 ; lancé le dimanche 14 mars 1926 ; livré le 29 mai 1927. Il entama son voyage inaugural, entre Le Havre et New York, le 22 juin 1927.
Longueur : 241 m ; largeur : 28 m ; tirant d’eau : 9 m 75 ; puissance : 52 000 chevaux ; vitesse : 23 noeuds ; 800 hommes d’équipage ; 1200 passagers de 1re et 2e classes ; 600 passagers de 3e classe.

Le banquet a eu lieu dans la salle des fêtes du Chantier de Penhoët. Inaugurée en février 1917, sa vocation première était une salle de lecture et de correspondance pour les ouvriers et ouvrières. Mais très vite elle fut adoptée et fréquentée par un grand nombre pendant les heures de repos. Après la guerre, elle fut équipée d’une scène de théâtre. On y organisait des concerts, des représentations théâtrales pour le personnel, les banquets à l’occasion du lancement des bateaux, les distributions des prix de l’école d’apprentissage mais aussi utilisée pour des manifestations extérieures au Chantier.
« Elle était située à l’extrémité sud du chantier, au fond d’une allée, était ornée d’une quadruple rangée d’arbres, un bâtiment coquet dont la façade était cachée sous le lierre et les plantes diverses. » Voir article : La salle des fêtes des Chantiers de Penhoët.
À l’entrée du restaurant, un piquet de gendarmes, rendant les honneurs, accueillait les invités. En premier lieu, le général Gouraud accompagné du général Pershing puis les ministres, les autorités civiles et militaires américaines et françaises.
La salle était décorée avec goût, avec des drapeaux américains et français ; les tables étaient artistiquement décorées de fleurs.

Il était 13 heures quand les invités se mirent à table.
À la table d’honneur : MM. Leygues, ministre de la Marine, qui présidait le banquet ; Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics : Myron Herrick, ambassadeur des États-Unis à Paris ; général Gouraud, gouverneur militaire de Paris ; général Pershing, ancien commandant en chef du corps expéditionnaire ; Mathivet, préfet de Nantes ; Mme Whitney, auteure du monument ; M. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; Joubert, président de la Chambre de Commerce.
Mme Philouze, propriétaire de l’Hôtel des Messageries , aidée du personnel du restaurant coopératif concocta un excellent menu et bien présenté.

Cours de gymnastique en 1930 des apprentis. Dans le fond la salle des fêtes ; à droite le restaurant coopératif.
Crédit Photo Pierre Viogne.

Le paquebot Île-de-France au quai de Penhoët – Collection Michel-C. Mahé.

Les discours

Il y eut cinq discours, dans l’ordre : M. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; M. Sibille, député de la Loire-Inférieure ; M. Myron Herrick, ambassadeur des États-Unis ; le général Pershing ; M. Leygues, ministre de la Marine.

M. Blancho, remercia les invités d’avoir répondu à l’invitation de la Chambre de Commerce et de la Ville, Mme Whitney, M. O’Connor *, et tous ceux qui ont contribué à l’érection du monument. Puis lança un appel au gouvernement français.
« Nous sommes angoissés sur la situation de la marine marchande et sur l’avenir de Saint-Nazaire qui vit par ses chantiers et par son port. »
« Il ne faut pas, dit-il qu’au lendemain des fêtes qui célébreront le départ du grand paquebot Île-de-france, le chômage fasse sa réapparition dans notre ville. Saint-Nazaire a besoin de travail. Le gouvernement se doit d’aider Saint-Nazaire. »
« Nous voulons le travail et la paix. »

* Peut-être Mr Williann T. O’Connor, membre de The St. Nazaire Association. Il n’apparaît pas dans la liste officielle des invités.

M. Sibille, député, parla au nom des parlementaires de la Loire-Inférieure. Dans un vibrant et patriotique discours rappela l’intervention américaine et fit l’éloge des généraux Pershing et Gouraud.
M. Myron Herrick, ambassadeur des États-Unis, remercia M. Leygues de son discours du matin, le pria de transmettre ses remerciements au gouvernement français, le remercia d’avoir remis la croix de la Légion d’honneur à Mme Whitney et tous ceux qui ont si bien accueilli les représentants de son pays.
Le général Pershing qui, pendant la guerre, a inspecté la base américaine de notre ville, rappela, la large hospitalité offerte alors à ses soldats.
M. Leygues, ministre de la Marine, rappela que Washington et Lafayette en se séparant se sont dit mutuellement : « Ne nous oublions pas ! « Eh bien, ne nous oublions pas aujourd’hui »*.
« La France n’oubliera jamais que le sang américain s’est mêlé au sang français, et le ministre termine en levant son verre aux deux grandes nations : les États-Unis et la France »

* Un chroniqueur, qui voyait M. Leygues, comme « un pince-sans-rire qui manie l’ironie avec maestria.», y a vu une allusion à la dette américaine qui générait alors une vive tension entre les anciens alliés.

Vers 15 heures, à l’issue du banquet, pendant les discours, un ronflement de moteurs se mêla aux applaudissements des convives. C’était l’hydravion*, construit par le Chantier de Penhoët, conçu par M. Richard**, ingénieur et piloté par M. Duhamel***, qui faisait ses essais de surface.

* Les commandes se faisant rares, le Chantier de Penhoët et le Chantier de la Loire se sont lancés dans l’industrie aéronautique. Le Chantier de Penhoët construisait un gigantesque hydravion pentamoteur d’une puissance de 2100 chevaux (5 moteurs Jupiter de 420 chevaux). ; le département aviation de la Société des Chantiers de la Loire, Loire-Gourdoux-Leseure, des avions de chasse de 420 et 450 chevaux.
La Société anonyme des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire-Penhoët a été la première en France à s’intéresser au lancement des avions à bord des navires. Cette même année, elle a réalisé une catapulte montée sur un pivot permettant des lancements sans que le navire ait à modifier sa route. Elle imprimait à un appareil de 1600 kg au repos, une vitesse de départ de 80 km à l’heure.
Administrateur-délégué de la société, M. Godard ; président, M. R. Fould ; directeur du Chantier de Penhoët, M. Lévy. La société est aussi propriétaire des Chantiers de Normandie près de Rouen.
** Paul-Aimé Richard, né à Lille, le 17 décembre 1889. Ingénieur de l’École supérieure d’aéronautique en 1910, il se consacra à cette branche nouvelle l’hydraviation.
Il occupa plus de 20 postes importants dans différentes sociétés (Astra, Lorraine-Dietrich, Franco-British Aviation Company, Lioré et Olivier).
Professeur à l’École supérieure d’Aéronautique en 1916, il publia de nombreux travaux et, en collaboration avec son frère Maurice, comme lui, diplômé de l’École supérieure d’Aéronautique, établit une étude sur les lois de similitude en aviation.
*** Alphonse Duhamel, né à Paris, le 26 février 1892. Ayant terminé ses études à l’École supérieure Arago, il fut, en 1912, incorporé à la Marine. Breveté fourrier ; le 15 mars 1914, détaché en qualité de secrétaire au cabinet et de secrétaire particulier de ministres.
Il demanda à entrer dans l’aviation. En mai 1915, il fut envoyé à Saint-Raphaël, puis à Avord, où, le 30 décembre il fut breveté militaire sur Voisin-Salmson.
En mars 1916, il fut envoyé à Bizerte où, à bord d’hydros Schreck, il fit la chasse aux sous-marins ennemis.
Muté comme moniteur à Saint-Raphaël, il forma rapidement plus de deux cents élèves.
Il demanda à entrer une seconde fois en escadrille. À Guernesey il fit la chasse aux sous-marins allemands.
En août 1918, il fut détaché chez Schreck comme pilote réceptionnaire.
L’armistice signé, pilote réceptionnaire chez Gonnet-Willocq ; un peu plus tard, chez Nieuport.
Démobilisé, il devint collaborateur de René Caudron, en mars 1920.
En juin 1920, il entra chez Latham qui délègue souvent son pilote à leurs essais de ses confrères ou à certaines épreuves qu’ils désirent tenter. À ce titre, il procédera aux essais de l’hydravion du Chantier de Penhoët à Saint-Nazaire.
Hydravion, construit par le Chantier de Penhoët, type Jupiter, 40 mètres d’envergure – 2100 chevaux – cinq moteurs. Crédit photo Gallica – Bibliothèque nationale de France

Remerciement des anciens combattants

M. Georgelin, président de l’Union Nationales des Anciens Combattants, a adressé la lettre suivante :
Monsieur l’Amiral. Messieurs les Officiers. Sous-officiers et marins de la flotte américaine.
Vous avez eu la délicate pensée de faire déposer, hier matin, au pied des monuments élevés à la mémoire de nos soldats morts au Champ d’Honneur, de magnifiques gerbes de fleurs.
Au nom de mes camarades de l’Union Nationale des Combattants, des Sociétés patriotiques et des Pupilles de la Nation de la ville de Saint-Nazaire, je vous en remercie.
Je suis heureux de profiter de cette circonstance pour vous demander d’être nos interprètes auprès de nos camarades des États-Unis pour les assurer de nos sentiments fraternels.
Vive les États-Unis.
Vive la France.

Modifications :  …(hydravion) qui faisait ses essais de surface. 14-09-2017

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – L’inauguration

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Samedi 26 juin 1926

Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926 – L’inauguration

Nous reprenons comme base de cet article, que nous compléterons, les écrits de Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund”, qui nous a laissé quelques jolies pages sur l’inauguration du monument américain.

Crédit Photo : Naval Historical Foundation Collection

 

L’inauguration du monument

« Notre cheminement à travers les rues vers le Boulevard de L’Océan était fascinant. Les gens s’entassaient tout le long du parcours et les femmes en costumes bretons avec les uniformes des marines française et américaine formaient des ensembles très colorés. Nous quittâmes notre voiture et trouvâmes bientôt notre chemin dans la foule vers la partie couverte de l’esplanade qui servait de tribune. C’est seulement lorsque nous sommes arrivés à nos places que nous avons eu un premier aperçu du monument et ce fut un moment palpitant. Même voilé, il était de toute beauté et son site approchait de la perfection. La marée était basse et la plage mais aussi chaque endroit disponible sur le boulevard étaient bondés*. »

* Deux à trois mille personnes se trouvaient sur le sable, au pied du rempart. Les tribunes, face au monument recouvert de son voile, sont bondées. La foule, plus de 25.000 personnes selon un chroniqueur, a envahi le boulevard et c’est assez difficilement que les officiels, comprenant de très nombreux américains, après avoir passé entre la double haie formée par les marins français d’un côté, les marins américains de l’autre, parvinrent à leur tribune.

« Après une courte attente nous entendîmes de la musique puis des applaudissements et des acclamations, alors nous sûmes que « le cortège officiel » arrivait. Escortés par les fusiliers marins, les Marines américains, les enfants des écoles, les anciens combattants, les organisations nazairiennes, arrivèrent : Mme Whitney, le maire, M. Leygues, ministre de la Marine, le général Gouraud (facilement repérable par sa manche vide), le général Pershing (décorations complètes !), le général Rockenback, l’amiral Gleaves, Mr. Herrick et aussi un nombre de dignitaires de moindre importance. Il y eut un moment de confusion pour trouver leurs places * et ensuite M. Herrick monta à la tribune et a offert le monument à la France au nom des États-Unis. Dès qu’il eût fini, le voile du monument fut abaissé et la musique joua la Marseillaise et le Star Spangled Banner. Ce fut un merveilleux moment et la beauté de la statue dépassait largement nos attentes. Le soldat en équilibre sur le dos de l’aigle avec l’épée des croisés dans sa main donne le sentiment de beaucoup de courage, de confiance et combien le soldat était jeune, et l’aigle en bronze avec les ailes étendues et la queue dirigée vers le bas alors qu’il atterrit sur le piton lui donnent toute la sensation de force et d’endurance.»

* Devant les tribunes c’est le désordre, les groupes formant le cortège ne trouvaient pas leur place. Les drapeaux des différentes sociétés, celui des Fusiliers-Marins, de l’American Legion, ceux des Sociétés patriotiques se sont retrouvés très loin de l’emplacement prévu : devant les tribunes. Celle-ci avait été prise d’assaut par les photographes et opérateurs cinématographiques. M. Bodinier protesta véhémentement, il obtint gain de cause. Les glorieux étendards purent occuper la place qu’il leur revenait.
** Dans les tribunes, on réussit à se caser tant bien que mal. La créatrice du monument Mrs Whitney était placée entre les ministres, au premier rang.
Un incident est survenu dans les tribunes un communiste notoire de la région nazairienne, Laguevel, qui, voulant pénétrer dans les tribunes officielles sans carte, a frappé le commissaire de police, M. Rigoire. Il a été arrêté.
Quelques minutes de silence puis pendant que la musique des Équipages de la Flotte joua l’hymne américain le « Star Spangled Banner », le voile qui couvrait le monument tomba, le canon tonna, des bombes éclatèrent dans le ciel. De celles-ci sortirent des multitudes de drapeaux américains, français et des nations alliées. Ils furent lentement portés par le vent vers Villès-Martin. La foule applaudit.
Puis, assurée par la Société Colombophile, ce fut l’envol de pigeons voyageurs. L’un d’eux se posa sur le casque du soldat américain. Il n’en partira qu’après que M. Myron Herrick, l’ambassadeur des États-Unis aura pris place à la tribune pour prononcer son discours.
Sur l’initiative du Radio-Club de Saint-Nazaire, des hauts-parleurs ont été installés sur le boulevard de l’Océan, afin de permettre à la foule de mieux entendre les discours et concerts de la cérémonie.
Pendant l’inauguration – Collection Michel-C Mahé
La foule sur la plage – Collection Michel-C Mahé

« M. Herrick fit un discours* très élégant** qui a été reçu avec enthousiasme. Puis le Colonel Mott s’est levé et l’a relu, cette fois en français. Sa traduction n’était en aucun cas conforme à l’original ni sa prestation ***. Mais les gens l’ont reçu conformément au code des parfaites bonnes manières et tout s’est bien passé.»

* M. Myron Herrick s’exprima en anglais. La traduction sera assurée par le colonel américain Mott, la poitrine recouverte de décorations.
** Le discours de M. Myron Herrick, ambassadeur des États-Unis, fut assez virulent. Il s’attacha à montrer combien fausse est la légende qui représente l’Amérique comme dénuée d’idéalisme. Nous aborderons ce sujet dans le prochain article.
*** Un chroniqueur a noté, lui aussi, ce fait : « La traduction ne fut qu’une pâle image de l’original ».

« Alors M. Leygues fit un très pertinent discours d’acceptation pour la France, suivi du maire qui fit de même pour Saint-Nazaire. Un représentant d’une association d’anciens combattants a dit quelques mots et les discours étaient terminés.*»

* Il y eu cinq discours : M. Herrick, ambassadeur des États-Unis, M. Leygues, ministre de la Marine, M. Blancho, maire de Saint-Nazaire, M. Delaroche-Vernet, député de la Loire-Inférieure, M. Georgelin, président des Anciens Combattants.
Philippe Delaroche-Vernet est un homme politique français né le 10 novembre 1878 à Paris et mort le 12 septembre 1935 au Pecq (Seine-et-Oise).
Chef adjoint du cabinet du ministre de la Justice, il devient maire du Pouliguen et conseiller général. Il est député de la Loire-Inférieure de 1910 à 1919 et de 1924 à 1928, siégeant au groupe radical-socialiste.

« Les enfants des écoles entonnèrent une chanson composée pour l’occasion, appelée « Ils sont venus portés sur les ailes des aigles.» *, signe que la cérémonie prenait fin. À ce moment quatre clairons prirent place devant Mme Whitney, clairons levés. Monsieur Leygues fit un pas en avant et au nom de la France la fit Chevalier de la Légion d’honneur. Les clairons sonnèrent et les gens applaudirent, acclamèrent. Mme Whitney a été totalement surprise et sous le charme mais, comme toujours, gracieuse et charmante. M. Leygues lui fit un baisemain, les musiques ont de nouveau joué les deux hymnes nationaux et la foule commença à se retirer.
Pendant que nous étions sous le vélum attendant le départ des invités d’honneur, M. Herrick se fit pressant auprès de M. Leygues et lui demanda pourquoi il n’avait pas donné l’accolade avec la décoration. « Parce que, répondit le Français, je ne suis pas membre de la Légion d’honneur; et en plus, les clairons étaient trop près ! » « Eh bien, répondit M. Herrick, ils sont partis. » Alors M. Leygues a achevé sa tâche en embrassant Mme Whitney chaleureusement sur les deux joues**. Les Marines et les fusiliers défilèrent avec leur corps de fifres et de tambours et nous retournâmes à l’hôtel pour un bref répit avant le déjeuner.»

* C’est M. Henri Ploquin qui dirigea l’Harmonie Marceau, la Schola Cantorum (toutes deux direction Cadayé ) et les jeunes filles de l’École primaire supérieure. Ils exécutèrent la cantate : « Ils sont venus portés sur les ailes des aigles… », de M. Pierre Armor, musique de M. Henri Ploquin.
M. Pierre Armor , auteur nazairien, pseudonyme de M. Félix (Marie, René) Crespin, était secrétaire général de la sous-préfecture de Saint-Nazaire.
M. Henri (Prosper) Ploquin, né à Nantes le 19 septembre 1862, compositeur nantais, était professeur de solfège au Conservatoire de musique de Nantes. M. Ploquin fut nommé Officier de l’Instruction publique le jour même de l’inauguration.
Cette cantate mêle harmonieusement les motifs de la Marseillaise et de l’hymne américain.
I
Ils sont venus portés sur les ailes des aigles,
Pour combattre ceux qui, méprisant toutes règles,
Avaient, foulant aux pieds honneur et dignité,
Déclaré, sans merci, guerre à l’Humanité…
………………………………………………………..
Ils sont venus portés sur les ailes des aigles,
II
Ils sont venus, marchant en héros à la mort,
France, pour soutenir ton gigantesque effort,
Et jeter, pour toujours, loin hors de la frontière,
Le Hun qui rêvait d’asservir la terre entière.
………………………………………………………..
Ils sont venus, marchant en héros à la mort,
III
Paix à vos cendres mortelles !
Gloire à vos âmes éternelles,
O fils de Washington !
Qui, vous souvenant de Lafayette,
Vous levèrent tous sous la baguette
Du Président Wilson.
IV
Dormez en paix, ô fils de la Libre Amérique !
Car votre souvenir dans nos cœurs est gravé,
Monte dans la lumière, ô phalange héroïque,
Par qui le Monde fut sauvé !
V
Et nous, filles de ces petits soldats de France,
Dont le sang s’est mêlé dans de rudes combats,
Au sang de tes enfants, ô terre de vaillance !
Devant ce monument, inclinons-nous très bas.
VI
Souhaitons, en nos coeurs, que la guerre périsse,
Que sur le monde entier, une éternelle paix,
Naissant, pour l’avenir, du sanglant sacrifice,
Répande sur nos fils le fruit de ses bienfaits.
………………………………………………………..
Ils sont venus portés sur les ailes des aigles.
** Ce petit incident fit le tour des rédactions en France et aux États-Unis.
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Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926

Info : Un grand merci aux auditeurs, pour l’intérêt qu’ils ont montré, et à la Médiathèque Barbara de Montoir-de Bretagne, pour son accueil et l’organisation de mon exposé sur le monument américain du 20 mai dernier. Un de mes maîtres répétait « Si tu veux vraiment connaître un sujet… enseigne-le ! ». Je vérifie alors la justesse de son propos lors de ces rencontres avec mes lecteurs.
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Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926

La journée au fil des heures *

6 h 24 : arrivée en gare de Saint-Nazaire des personnalités américaines par train spécial.**
8 heures : salves d’artillerie.
8 h 30 : départ des ministres de Nantes, en automobile, pour Saint-Nazaire.
9 heures : place de la Gare, rassemblement des délégations américaines et françaises.
9 h 30 (10 h 00) (10 h 30) *** : arrivée des ministres à Saint-Nazaire. Réception des personnalités officielles à la sous-préfecture de Saint-Nazaire. (Le général Pershing et l’ambassadeur des Etats-Unis arrivèrent vers 11 heures).
Défilé des délégations américaines et françaises.
Dépose de gerbes aux monuments aux morts pour la Patrie.
10 heures (10 h 30) (≈12 h 00) *** : inauguration du monument américain, présidé par MM. les ministres de la Marine, des Travaux Publics, de M. l’ambassadeur des États-Unis, des autorités civiles et militaires du département de la Loire-Inférieure et de la Ville, avec le concours de la Musique des Équipages de la Flotte, des sociétés musicales et chorales de la Ville.
12 heures (12 h 30) ( ?) *** : grand banquet officiel (aux Chantiers de Penhoët, 400 couverts) offert par la municipalité et la Chambre de commerce.
15 heures : séance solennelle à la Chambre de Commerce et visite du Port.
15 h 30, au jardin public : grand concert artistique par la Musique des Équipages de la Flotte.
18 heures : tournoi de water-polo entre la société des Goélands nazairiens et les marins des escadres.
18 heures : départ pour La Baule des ministres.
19 heures : dîner intime à la Baule (100 couverts), grande salle du Casino.
20 heures : départ de la Baule, pour Nantes (en automobile).
21 heures, au bassin du port de Saint-Nazaire : grande fête vénitienne avec le concours des marins des escadres américaine et française ; feux nautiques ; cortège lumineux ; illuminations générales de la ville.
22 heures : au Grand Hôtel, grand bal sur invitation avec le concours du Club des Treize ; au quai Demange, bal populaire (salle des fêtes des entrepôts de la Chambre de commerce).
23 h 28 : départ de Nantes-Orléans pour Paris des ministres.
7 h 10 : le dimanche 27 juin, arrivée à Paris des ministres.

* Durant le municipe de M. Vivant-Lacour, en 1924, lors de l’inauguration monument aux Morts pour la patrie, des services religieux en musique ont été célébrés dans les diverses églises et au temple protestant. Pour les fêtes américaines on assiste à une rupture avec cette pratique. Aucune cérémonie religieuse n’est prévue.
** Voir article « Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire »
*** [Horaire prévu, (horaire prévu des ministres), (horaire réel)]. Dès le départ, une confusion existait sur les horaires des fêtes et ceux des ministres ; on note un décalage d’une demi-heure.

Rassemblement des délégations américaines et françaises

Pour toutes les sociétés le rendez-vous avait été donné dans la cour de la gare à 9 heures. On vit d’abord arriver la compagnie de débarquement du cuirassé Voltaire; puis les sections des torpilleurs* et des sous-marins**.
La musique des Équipages, quant à elle, stationnait place de la gare.
Sous les acclamations de la foule, les fusiliers-marins de Lorient, avec à leur tête le capitaine de frégate Toussaint Bonelli, firent leur entrée.
Le détachement de l’American Legion, avec l’étendard des États-Unis, et le drapeau de la Legion, dont la soie violette est frangée d’or, est l’objet de tous les regards.
La musique de Montlouis, tous en uniforme, fit son entrée suivie des fusiliers marins américains, (casquette blanche, dolman bleu sombre, pantalon bleu à rayures rouges) accompagnés des marins du croiseur Memphis et des destroyers américains***.
Les enfants des écoles de Saint-Nazaire sont présents, avec des gerbes de fleurs et des fanions ainsi que l’Union des combattants de Saint-Nazaire et de Montoir-de-Bretagne ; le Bastion ; les Vétérans ; les sociétés de Secours Mutuels ; les Frères d’Armes ; les Mutilés et Réformés ; les Médaillés Militaires de Saint-Nazaire et de La Baule.
Pendant plus d’une heure et demie tout ce petit monde poireautera debout et enfin, vers 10 h 30, les voitures officielles apparurent par la rue Henri Gautier* et se dirigèrent vers la sous-préfecture où les officiels attendront l’arrivée du défilé. Alors, l’ordre du départ fut donné par M. Bodinier, représentant désigné des anciens combattants.

* Delage, de la Touche, Vesco.
** Dupuy-de-Lôme. Gustave-Zédé, Schillemans, Carissan, Jean-Corre, Daphné, Hermione et Bellone.
*** Preston, Lamson, Ausbrun et Osborn

À la sous-préfecture

Le portail de la sous-préfecture était largement ouvert. Des automobiles s’arrêtaient, repartaient déversant leur flot de délégations et d’invités.
À 9 h 30, heure fixée sur le programme, la cour d’honneur était bondée. Des uniformes, des jaquettes, des vêtements de ville, ces derniers étaient majoritaires, se côtoyaient, selon un chroniqueur, dans un singulier laisser-aller. On se serre les mains, on se complimente. Comme à la gare, eux aussi poireautaient. Il faudra attendre 10 h 30 pour voir s’annoncer les autos officielles en provenance de Nantes.
De la première, l’auto préfectorale, descendirent. M. Leygues, ministre de la Marine ; M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics ; M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure*, et M. Hédin**, chef de cabinet et représentant de M. Aristide Briand.
L’accueil selon les chroniqueurs fut froid, extrêmement froid, la foule ne manifesta aucun enthousiasme. Mais lorsque le général Gouraud*** descendit de l’auto militaire au bras du général Spire, commandant la XIe Région, des acclamations s’élevèrent et se poursuivirent tout le temps de la montée des marches du perron, toujours au bras du général Spire, entre deux haies de curieux.

* M. Mathivet (Paul-Léonard-Constant) est né le 31 octobre 1873, à Paris. Il est licencié en droit et licencié ès lettres (novembre 1891 – février 1893).
Il débute comme fonctionnaire colonial : septembre 1891 à juin 1892, écrivain à la direction de l’intérieur de la Guadeloupe. Secrétaire particulier du directeur de l’intérieur de juillet 1892 à février 1893, même situation à la Martinique. Gouverneur par intérim.
Le 13 septembre 1897 est nommé sous-préfet de Calvi ; le 31 décembre 1899, secrétaire général des Basses-Alpes ; le 18 novembre 1901, secrétaire général de la Haute-Marne ; le 15 février 1904, il est élevé à la 2e classe personnelle à dater du 1er mars 1904 ; le 30 juillet 1906, il est nommé sous-préfet de Saint-Dié ; le 23 mai 1911, sous-préfet de 1re classe à Montbrison et le 25 novembre de la même année, sous-préfet de Dieppe.
Le 2 août 1914, il est appelé sous les drapeaux. Il fait la campagne. Le 30 octobre 1917, il est nommé préfet du Morbihan, mais est maintenu sous les drapeaux. Le 2 février 1918, il est nommé préfet de la Haute-Loire mais est maintenu sous les drapeaux. Le 13 août de la même année, il est appelé à la préfecture de l’Allier mais est encore maintenu sous les drapeaux. Le 15 octobre 1918, il est désigné pour la préfecture de l’Ain, mais est toujours maintenu sous les drapeaux. Enfin, à la démobilisation, le 10 novembre 1918, il est nommé préfet des Ardennes. Le 5 août 1919 est nommé préfet d’Oran. Le 22 octobre 1920, préfet de la Dordogne (non installé). Enfin, le 26 octobre 1920, préfet de la Charente-Inférieure. Le 2 août 1921, M. Mathivet est fait chevalier de la Légion d’honneur. Le 1er novembre 1924 (date journal officiel), préfet de la Loire-Inférieure.
** Le père de M. Hédin, marchand de vieux métaux, était installé rue du Parc à l’Eau vers 1886. Il fut conseiller municipal de Saint-Nazaire, et collaborateur de M. Aristide Briand, alors directeur de la « Démocratie de l’Ouest ».
*** Le septennat de M. Gaston Doumergue a été marqué par une forte instabilité ministérielle. Pas moins de quinze gouvernements vont se succéder entre 13 juin 1924 et le 13 juin 1931.
Le 15 juin 1926, le cabinet de M. Briand a démissionné. Le 20 juin un nouveau cabinet sous la présidence de M. Briand s’était reformé. Cette valse des gouvernements peut expliquer ce manque d’enthousiasme de la foule. Voir article : Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes.
**** Le général Gouraud.

Le général Pershing et l’ambassadeur des Etats-Unis, arrivés tous les deux par train spécial ce même matin à 6 h 30*, se firent attendre. Ils arrivèrent enfin vers 11 heures, salués « d’une ovation chaleureuse et spontanée ».

* Voir article « Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire »

Les présentations furent faites au cours de la réception avec quelques paroles de bienvenue. Le général Gouraud et le général Pershing se serrèrent la main avec « effusion et affection ».

 

Les personnalités à la sous-préfecture. Crédit Photo : Famille Du Bois.

 

Gauche à droite : non identifié ; le général Gouraud ; Mrs Gertrude Whitney ; M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics; M. Leygues, ministre de la Marine ; M. Myron T. Herrick, ambassadeur des États-Unis à Paris, Général Pershing, commandant en chef américain. Crédit photo BNF – Gallica

 


Anciens combattants américains– Collection Michel-C Mahé

 

Le défilé – Le dépôt de gerbe au monument aux Morts pour la Patrie

Bientôt on entendit les accents entraînants d’une marche militaire, c’est le cortège des délégations qui s’était formé à la gare qui arrive. Il défila devant les officiels, devant Gouraud souriant, Pershing raide, successivement passèrent la Musique de Montlouis, la Musique de la flotte, les compagnies de débarquement des équipages de la flotte, le drapeau « of the American Legion », avec huit soldats en tenue de campagne, les veuves de guerre, les enfants des écoles et les pupilles de la nation, l’Harmonie Marceau et la Schola Cantorum.

Les officiels prirent place dans le cortège. Il y eut alors une certaine confusion, les forces de police étaient insuffisantes pour contenir la foule et l’on vit le sous-préfet, M. Butterlin, faire la police à côté du commissaire M. Allain.
Devant le monument aux Morts, les Pupilles de la Nation se détachèrent du cortège, ainsi que des Anciens Combattants américains. Ils déposèrent des gerbes de fleurs et des palmes cravatées aux couleurs américaines, près de celles déjà déposées le matin même par le général Pershing.
Le cortège reprit sa marche et arriva devant le monument. Alors on entendit une formidable acclamation de la foule réunissant les seuls noms de Gouraud et de Pershing dans un même témoignage d’admiration. Elle toucha profondément les nombreux anciens combattants. Quelques-uns furent submergés par l’émotion.

Modifications :
04/07/2017 Ajout photo des anciens combattants américains
05/07/2017 Ajout note de bas de page, paragraphe « La journée au fil des heures » : « * Durant le municipe de M. Vivant-Lacour, en 1924… »

Publié dans Histoire de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire entre 1920-1938 | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les protagonistes

Nota : Cette liste, non exhaustive, est cours d’élaboration

Les délégations officielles

Le Gouvernement français
M. Leygues, ministre de la Marine ;
M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics ;
M. Hédin, chef de cabinet et représentant de M. Aristide Briand ;
M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure.

L’armée
Général Gouraud, gouverneur militaire de Paris ;
Général Spire, commandant le 11e Corps par intérim.

La marine
Amiral Levavasseur, préfet maritime de Brest ;
Amiral d’Adhémor de Cransac, préfet maritime de Lorient ;
Contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord ;
les officiers d’ordonnance de ces officiers.

Le Parlement
MM. les sénateurs François-Saint-Maur, de Landemont, Babin-Chevaye ;
MM. les députés Merlant, de la Roche-Vernet et Sibille.

Les États-Unis
M. Myron T. Herrick, ambassadeur des États-Unis à Paris ;
Général Pershing, commandant en chef américain ;
Colonel Mott (attaché militaire) ;
Brigadier-général Samuel D. Rockenbach, général commandant le district de Washington, premier commandant de la base de Saint-Nazaire ;
Major Larsen des « Marines ».
Mrs. Whitney, auteure du monument ;
Roynon Cholmeley-Jones, président du mémorial de Saint-Nazaire ;
Captain Arthur M. Du Bois, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund.l Fund.

La marine américaine
Le contre-amiral Gleaves, de la réserve, qui commandait le premier convoi des premières troupes américaines qui ont débarqué à Saint-Nazaire en 1917. Il avait pris passage sur le « Memphis » ;
Capitaine Lackey, du «Memphis » ;
Capitaine de frégate Beck, du «Memphis ».

La ville de Saint-Nazaire
M. Blancho, maire ;
les adjoints MM. Escurat, Lemouel, Maumenée, Putot ;
tous les conseillers.

La Chambre de commerce
MM. Joubert et Lemoine représentaient la Chambre de Commerce.

Toutes les autorités nazairiennes étaient présentes, tous les chefs de service et d’administration.

Les invités américains

Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois
Mrs. Tower ;
Mrs. Force ;
Mr. and Mrs. Howard (un artiste) ;
Jo Davidson, le sculpteurr ;
Miss Minette Causse ;
Mr. Jerry Kelley, un artiste ;
Mr. et Mrs. Guy Pene DuBois, un artiste ;
Mr Sampson, de l’American Legion de Providence ;
Mr. Herbert McBride, un critique d’art ;
M. et Mme de Provencal, de St. Nazaire.

Les Invités français

M. Laurent, représentant des chemins de fer.

 

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

Flash-info
La prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque. Nous verrons quelles étaient les préoccupations des Nazairiens de cette époque.
Réservation conseillée : mediatheque@montoirdebretagne.fr ou au 02 40 70 11 51.
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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines
Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

Voyage des ministres

M. Leygues, ministre de la marine, M. Daniel-Vincent, ministre des travaux publics et leurs collaborateurs* ont quitté le quai d’Orsay (Paris) le vendredi 25 juin, vers 8 heures 40.
Prévue à 15 heures 33, leur arrivée se fit vers 16 heures à la gare de Nantes (Paris-Orléans).
Ils ont été reçus, sur le quai, par les autorités civiles et militaires**. Les présentations se firent dès la descente du wagon spécial et ils se rendirent, en automobile, à la préfecture pour la réception officielle.

* Le ministre de la marine était accompagné du capitaine de frégate Roux, du capitaine de corvette Ferré et de son cabinet militaire ; le ministre des travaux publics, était accompagné de M. Collard, son chef de cabinet
** M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure ; M. Bellamy, député-maire de Nantes ; MM. Sibille et Merlant, députés ; le général Spire, remplaçant le général Ragueneau, commandant le corps d’armée ; M. le préfet maritime de Lorient, l’amiral d’Adhémar de Cransac ; le contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord ; les sous-préfets de Châteaubriant, Paimbœuf et Ancenis ; M. Veil, premier adjoint au maire de Nantes: M. Moutard, directeur de l’arsenal d’Indret ; la majorité du conseil municipal ; M. Joubert des Ouches, chef de cabinet du préfet ; M. Vauthier, vice-président du conseil de préfecture ; M. Moitessier, secrétaire général de la Mairie ; M. Vuillemin, président de la Chambre de commerce etc.

Ce fut ensuite l’inauguration, au château de Nantes, des expositions des tissus anciens et des arts décoratifs modernes que les deux ministres présidèrent. Ils parcoururent les salles sous la conduite de M. Gauthier conservateur du Musée.
Le cortège se rendit ensuite, place de la Duchesse-Anne, au monument à la mémoire des morts de 1870, pour un simple salut en présence des sociétés patriotiques de Nantes. Après un court défilé, les officiels remontèrent dans les autos pour la Bourse.
À 17 heures, les ministres, leurs collaborateurs et les membres de la Chambre de commerce se retrouvèrent dans la grande salle de délibération, autour d’une grande table au tapis vert, pour une séance solennelle qualifiée dans le programme de séance d’études. Là, M. Villemin, président de la Chambre de commerce, fit un exposé sur la situation du port de Nantes, demanda l’appui du gouvernement pour que les projets, depuis longtemps à l’étude, puissent se réaliser rapidement. M. Daniel-Vincent assura que Nantes a droit à la sollicitude des pouvoirs publics, pour la longue continuité de son effort et qu’elle trouvera auprès du gouvernement, et des travaux publics, le meilleur accueil pour que les travaux envisagés puissent se réaliser.

Les ministres présidèrent à la première pierre du Monument aux Morts 1914-1918 à Nantes
Collection Michel-C Mahé

Vers 18 heures 30 débuta la cérémonie de la pose de la première pierre du monument aux Morts* de la grande guerre en présence des différentes sociétés patriotiques de la ville, des délégations d’anciens combattants, d’orphelins, de veuves de la guerre et des mutilés, d’importants effectifs de régiments cantonnés à Nantes et d’une foule nombreuse. À son arrivée au pied de la tribune, le général Gouraud fut très acclamé. On notait la présence de Mgr Le Fer de la Motte**.

* Monument qui fit polémique car le choix du projet se fit sans concours. M. Bellamy, maire de Nantes, avait mandé l’architecte de la ville Camille Robida, grand mutilé de guerre, pour élever le monument.
** Présence remarquée car Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, était alors en conflit avec M. Bellamy après l’interdiction de la procession de la Fête-Dieu à Nantes.

La Marseillaise fut jouée par le 65e R.I. puis M. Bellamy, député-maire, prononça son discours. Le général Gouraud lui succéda. Ce dernier, avec beaucoup de simplicité et d’émotion, évoqua le sacrifice des 7000 morts nantais dont les noms vont être gravés sur le monument.

C’est à 19 h. 45, chez le traiteur Bernard, salon du Bocage que les invités, les personnalités et la presse nantaise furent réunis pour un dîner très intime (60 couverts) offert par la Ville de Nantes et la Chambre de commerce.

Voyage des personnalités américaines

Gare des invalides – Collection Michel-C Mahé

Un train spécial quitta la gare des Invalides* à Paris le vendredi soir ayant à son bord les personnalités américaines.
Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois**, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund”***, était du voyage et nous a laissé quelques jolies pages sur l’inauguration de monument américain et quoi de mieux de la laisser raconter son voyage :

* La gare des Invalides, était le terminus de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois a été recruté par l’armée américaine en 1917, dès le début de l’entrée en guerre des États-Unis. First Lieutenant, il a été affecté à l’ « Army Air Force – Paris Division » puis à Saint-Nazaire pour diriger l’ « Aviation Clearance Office ».
*** The St. Nazaire Memorial Fund, assocaition chargée de collecter les fonds nécessaires (100 000 $) pour ériger le monument.

« Le vendredi soir 25 juin, à 10 h 30, nous sommes arrivés à la gare des Invalides où un porteur nous a accueilli en appelant « Train spécial ». Après notre «oui», on nous a emmenés au niveau inférieur, sur le quai, où plusieurs de nos compagnons de voyage s’étaient déjà rassemblés.
Leur nombre continua à augmenter jusqu’à 11 heures, heure prévue de notre départ, alors nous sommes tous montés à bord et commençâmes notre voyage de nuit.
Tandis que nous attendions nous avons découvert que nous étions extrêmement honorés par les officiels français en nous permettant, premièrement, d’utiliser la gare des Invalides (généralement réservée pour les visites royales) et secondement, de disposer d’une des deux voitures spéciales des chemins de fer français.
Le maréchal Pétain avait demandé d’utiliser cette voiture pour cette même nuit mais les responsables des chemins de fer nous l’avaient attribué en apprenant que l’ambassadeur Herrick et le général Pershing étaient du voyage.
Le train était formé d’un wagon à bagages, la voiture spéciale, deux wagons-lits et deux couchettes, et le notre groupe était constitué comme suit : Mrs. Whitney, Mrs. Tower, Mrs. Force, Mr. and Mrs. Howard (un artiste), Jo Davidson, le sculpteurr, le général Pershing, l’ambassadeur Herrick, le colonel Mott (attaché militaire), Miss Causse*, Mr. Jerry Kelley, un artiste, Mr. et Mrs. Guy Pene DuBois, un artiste, Mr Sampson, de l’American Legion de Providence, M. Laurent, représentant des chemins de fer, Mr. Herbert McBride, un critique d’art, M. et Mme de Provencal, de St. Nazaire, trois journalistes, la servante de Mrs. Whitney, Roynon Cholmeley-Jones, président du mémorial de Saint-Nazaire, et nous-mêmes.
Peu après le départ, on nous a demandé de nous rassembler dans la voiture de Mrs. Whitney, ce que nous avons fait, et on nous a servi le champagne.
Le général Pershing était le seul passager absent de cette réunion car aussitôt monté à bord, il s’enferma en annonçant qu’il allait se pieuter. Nous bûmes et parlâmes jusqu’à une heure du matin puis nous nous sommes retirés.
Miss Causse et moi partagions un compartiment à côté du général, tandis qu’Arthur** et Roy*** étaient ensemble juste après le sien.
Ce qui restait de la nuit nous laissait très peu de sommeil, du fait que nous filions assez bien sur les rails pour arriver à Saint-Nazaire à 6 h 24 le lendemain matin, la durée du voyage étant un peu plus de 2 heures de moins que les trains express réguliers.
Finalement, Miss Causse et moi avons somnolé jusqu’à environ 5 h 30 puis réveillés par un coup à notre porte à 6 h 25, pour nous retrouver dans la gare avec un ciel sans nuages, sous un flot de soleil.
Nous nous habillâmes confortablement et descendîmes du train vers 7 heures pour découvrir le général Rockenback (représentant le U. S. War Department), Mr. Perrin**** du Comité du mémorial, M. Cadayé (président du Comite des fêtes) et quelques autres qui attendaient pour nous recevoir.
Une limousine Rolls-Royce, appartenant à l’Ambassadeur, elle l’avait précédé, attendait à la gare et aussi une belle automobile pour le général, qui dormait encore. Nous montâmes, Miss Causse et moi avec tous nos bagages, dans la voiture de Mr. Perrin et on nous emmena au Grand Hôtel, rue Villès-martin, où Arthur et Roy nous rejoignirent.
Les rues étaient pavoisées de drapeaux français et américains et tendues de guirlandes électriques. Au centre de la place publique***** se trouvait un kiosque gaiement décoré et, même à cette heure, il y régnait un air de fête. Nous avons trouvé des chambres confortables qui nous attendaient, et après s’être lavés, habillés et restaurés, nous nous sommes rassemblés dans le hall de l’hôtel pour le début des cérémonies. »

* Miss Minette Causse, membre du Comité exécutif de St-Nazaire Memorial Fund.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois, son époux.
*** Mr. Roynon Cholmeley-Jones, président de St-Nazaire Memorial Fund.
**** Mr. Charles C. Perrin, de Paris, membre du Comité éxécutif de St-Nazaire Memorial Fund.
***** Place Carnot.
Publié dans Histoire de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire entre 1920-1938 | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 commentaires