Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes

Flash-info
Notre prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque.
mediatheque@montoirdebretagne.fr ou au 02 40 70 11 51.
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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes

cartesaintnazaire1924veilledefete1Saint-Nazaire en 1924 – En rouge, le secteur brillamment illuminé.
A) Monument américain ; B) Escadre américaine ; C) Escadre française ; D) Place Carnot ; E) Place Marceau.

La ville se pare

Les huit jours précédant, il fit un temps magnifique. Débarrassé de ses échafaudages, le monument américain fut très admiré par les nombreux promeneurs le long du boulevard de l’Océan. En face de ce dernier, des tribunes avaient été dressées pour les officiels.

La ville avait opéré sa transformation, revêtu une toilette somptueuse pour recevoir ses hôtes de marque.
Dans les rues du centre-ville* des mâts furent érigés supportant des drapeaux**, des guirlandes électriques et des motifs lumineux, les mêmes admirés à l’exposition des Arts Décoratifs à Paris.

* La rue Henri-Gautier, la rue de l’Océan, une partie du boulevard de l’Océan, la rue Amiral-Courbet, la rue du Palais, place Marceau, pour être moins brillamment illuminées, étaient resplendissantes de lumière. Le reste de la ville, la place de la Gare notamment, avait été complètement négligé.
** La ville de Brest prêta ses draperies, étendards et écussons, amenés par le transport « Seine ».

Place Carnot, ce qui avait particulièrement plu, c’étaient ces trois mille ampoules électriques de différentes couleurs qui jetaient des flots de lumière. De mémoire de Nazairiens, on n’avait jamais vu pareil spectacle.

placecarnotruehenrigautierPlace Carnot et les quatre horloges

Le support des quatre horloges croulait sous des plaques indiquant des noms de pays, des distances kilométriques, provoquant la curiosité des automobilistes et des ralentissements autour de la place. Le gendarme de faction, avec son bâton blanc, eut fort à faire.
Sur cette même place, un magnifique kiosque « empanaché de drapeaux, fleuri et enguirlandé » avait été dressé. Il avait subi quelques légers dommages, vite réparés, après qu’un cheval*** emballé était venu s’échouer terminant une galopade insensée.

*** Le cheval appartenait à M. Legrand Joseph, boulanger, rue des Chantiers.

Les monuments publics furent pavoisés aux couleurs françaises et américaines ainsi que les maisons particulières, se conformant à l’appel du Comité des fêtes franco-américaines qui avait appelé tous les Nazairiens pour qu’ils illuminent, fleurissent leurs balcons et décorent leurs devantures.
Tout avait été fait pour donner à ces fêtes un tel éclat, un tel faste, qu’elles supplantèrent, selon un chroniqueur, celles organisées pour la visite de Félix Faure en 1897, l’inauguration de l’entrée du port en 1907 ou les deux grandes semaines maritimes*, organisées dans l’estuaire de la Loire, en 1908 et 1924.

* Ces fêtes étaient organisées par la Ligue maritime.
Cette société, fondée en 1890 et reconnue d’utilité publique en 1906, avait pour dessein de montrer aux Français la nécessité d’une marine militaire puissante et d’une marine commerciale prospère. Elle employait son activité à l’étude des améliorations et réformes nécessaires.
En 1908 elle regroupait 11 000 adhérents.
Vers 1890, la Ligue coloniale fut créée pour appuyer les efforts des coloniaux.
Après 1918, les deux ligues fusionnèrent et devinrent la « Ligue maritime et coloniale ».
Parmi les moyens de propagande que la Ligue employait, figurait la Grande semaine maritime, une fête annuelle de la mer, qui se déroulait chaque année sur un point différent du littoral.
Pendant huit jours, dans les villes adhérentes, des manifestations maritimes les plus diverses étaient organisées telles que régates, promenades en mer, congrès etc. L’escadre était présente.

Dispositions particulières

Par tolérance spéciale, les cafés et débits de boissons purent rester ouverts la nuit du 26 au 27 et celle du 27 au 28.
Les boulangeries ouvrirent le dimanche, toute la journée. Les salons de coiffure par contre étaient fermés.

Les ouvriers des chantiers et des usines de Saint-Nazaire travaillaient le samedi à cette époque et toute liberté leur a été donnée pour travailler ou non, ce jour-là, pour assister à l’inauguration.

La Compagnie des chemins de fer du Morbihan a mis en place des trains supplémentaires le samedi et le dimanche sur la ligne Mindin-Pornic en liaison avec le bateau de Mindin** et sur la ligne de Brière Saint-Joachim – Saint-Nazaire.

* En 1892, le conseil général du Morbihan confia à la compagnie des chemins de fer du Morbihan la construction et l’exploitation d’un réseau de voies ferrées d’intérêt local.
Le réseau en Loire-Inférieure, appelé « Tramway », fut construit suite à une convention passée en 1902 entre l’exploitant, les élus du Morbihan et ceux de la Loire-Inférieure.
– La ligne La Roche-Bernard – Saint-Nazaire par Herbignac et Saint-Joachim (ouverture en 1907 – fermeture en 1947) avec deux embranchements celui de Méan desservant les chantiers de Penhoët et celui de Trignac desservant le bourg de Montoir et sa gare ;
– La ligne Herbignac à Guérande par Piriac et la Turballe (ouverture en 1907 – fermeture en 1938) ;
– La ligne Paimbœuf à Pornic par Mindin (39 km 200 – ouverture en 1906 – fermeture en 1938) ;
– La Plaine – Préfailles (embranchement sur Pornic – Paimbœuf) (1200 m)
** Le bateau de Mindin (terme utilisé à l’époque) des Messageries Maritimes (10 allers-retours par jour) assurait la jonction entre les réseaux au nord et au sud de la Loire.
En ce mois de juin 1926, les travaux sur le nouvel embarcadère de Saint-Nazaire étaient en cours. L’ascenseur servant à embarquer et débarquer les automobiles sera remplacé par un ponton flottant.
tramwaymorbihan
En bleu, les lignes de la Compagnie des chemins de fer du Morbihan.  Le bateau des Messageries de l’Ouest effectuait la liaison entre Saint-Nazaire et Mindin.  Dessin Michel-C Mahé.

Les prix flambent

À l’approche des fêtes, les restaurants et les logeurs s’approvisionnèrent à tous les marchés des environs ayant pour conséquence une augmentation locale des prix des denrées de première nécessité (beurre, œufs, légumes etc.)* D’aucuns demandaient que la municipalité prît des mesures pour que les ménages les plus modestes ne souffrissent pas de la situation.

* Le pouvoir d’achat des ménages a été déjà fortement impacté par le doublement de la hausse des prix de détails entre 1922 et 1926.
indicedesprixSource : Statistique générale de la France – Dessin Michel-C Mahé.

Prévenant la grande affluence probable d’étrangers, la municipalité avait pris ses précautions pour accueillir les visiteurs, Elle avait demandé, début juin, à toutes les personnes susceptibles d’avoir des chambres ou des lits à louer de se faire inscrire à la permanence du Comité tenue dans le magasin de M. Cadayé, 42 rue du Palais.
Malheureusement, les moindres chambres atteignirent des prix faramineux : cinquante francs par nuit pour un lit dans une salle à manger et cent francs dans un local ordinaire*.
La municipalité dut exercer son droit de réquisition car, devant l’attrait des dollars**, certains mercantis ont même refusé d’héberger des officiers français notamment ceux qui étaient à la tête du bataillon des fusiliers-marins.

* Ordinairement, une chambre dans un meublé coûtait de 100 à 120 francs par mois.
** Un dollar américain valait alors 35,35 francs. Mi-juillet 1926, la « crise du franc » sera à son point culminant. Le 20 juillet 1926, le franc ne cotera qu’environ un dixième de sa valeur d’avant-guerre par rapport au dollar ou à la livre sterling.

Les équipages américains se plaignirent que, dans certains établissements, deux prix étaient pratiqués, un tarif courant pour les Français et un tarif majoré de 50 % pour les Américains. Il faut noter, toutefois, que la majorité des commerçants sont restés honnêtes.
Les Français ont aussi quelques griefs à l’encontre des commerçants, les cafetiers, les coiffeurs. Devant l’affluence on mettait du temps à vous servir mais ils se précipitaient pour combler les désirs des marins américains. Dans les salons de coiffure ils bénéficiaient même d’un tour de faveur.

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Les manœuvres de La Baule

Mi-février 1926, les dirigeants de La Baule se proposaient d’inviter toutes les personnalités marquantes qui assisteront à l’inauguration du monument américain de Saint-Nazaire. Ils avaient déjà élaboré tout un programme : excursion sur la Côte d’Amour et à Guérande, fête des fleurs à La Baule et banquet au Casino.
Mi-juin, le projet est toujours d’actualité. Ils prévoyaient, le soir de l’inauguration, d’inviter les ministres et les personnalités américaines à un grand banquet à La Baule. En cas d’acceptation, les invités poseraient la première pierre de la nouvelle gare*. Il était envisagé d’inviter la musique des Équipages de la Flotte pour qu’elle donne une aubade.

* Lors de la modification du tracé de la ligne de chemin de fer entre Pornichet et Le Pouliguen deux nouvelles gares ont été créées, une à La Baule-Escoublac et l’autre à La Baule-les-Pins. À l’occasion de leur inauguration, de grandes fêtes furent organisées les 30 et 31 juillet et le 1er août 1927. M. André Tardieu, ministre des Travaux Publics a présidé ces manifestations. Voir : Jean Cadayé et la direction artistique – Les fêtes de La Baule – 30 et 31 juillet, 1er août 1927

Ils réussirent leur coup, le samedi 26 juin, le soir de l’inauguration du monument, les ministres et officiels se rendirent à La Baule où un dîner intime (100 couverts) fut offert dans la grande salle du Casino.
Au début des fêtes une rumeur a couru : « qu’à peine l’inauguration faite, le samedi, les vaisseaux de guerre s’en iraient auréoler de leurs feux, la nuit, les façades des luxueuses villas de La Baule ». On s’en est ému et le Comité et municipalité se sont ingéniés à garder équipages et bateaux. « On ne les lâchera pas avant que le programme des fêtes ne soit complètement épuisé. », assurait un chroniqueur.

 

La plaque commémorative canadienne

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 Tableau représentant le débarquement de la 1ère Division canadienne à Saint-Nazaire (France) en février 1915.
« Un artiste anglais, Edgar Bundy, a reçu commande d’une oeuvre commémorant le débarquement de la 3e Brigade d’infanterie canadienne à Saint-Nazaire, en France, en février 1915. La fanfare du Black Watch marche au premier plan à gauche, alors qu’à droite on voit les généraux canadiens Richard Turner et Frederick Loomis ainsi que le ministre de la Milice, sir Sam Hughes. Le vapeur Novian domine l’arrière-plan de cette grande peinture maintenant exposée sur les murs de la salle du Sénat, à Ottawa. » – Collection d’art militaire Beaverbrook, © Musée canadien de la guerre
 plaquecanadienne1926mcm
La plaque commémorative canadienne.
On peut la voir à l’intérieur de l’écluse fortifiée du bassin de Saint-Nazaire,
dans le hall d’accueil du sous-marin Espadon,.
Iconographie : Mémorial-GenWeb relevé n° 136735 – Photo Pascale BONNAUD

Le 24 février 1926, une délégation canadienne, ayant à sa tête le brigadier général H. F. Hughes et le colonel H. C. Osborne, a été reçue par la municipalité.
Elle a fait part de l’intention des Canadiens de placer en notre ville une plaque de bronze de 1,50 m sur 1 m pour perpétuer le geste des 300 000 soldats canadiens venus en France afin de chasser les Allemands sur le Rhin. Il a été envisagé que l’inauguration pourrait se faire en même temps que celle du monument américain. En fait, elle aura lieu quelques jours avant, le lundi 21 juin lors d’une cérémonie « touchante par sa simplicité »*. Cette plaque de bronze fut installée dans le vestibule du premier étage de l’Hôtel de Ville, entre le cabinet du maire et la salle du Conseil municipal.
Elle porte l’inscription suivante : « Ici, le 12 février 1915, débarquèrent 18 000 soldats canadiens, avant-garde d’une armée de 338 000 hommes qui combattit les Allemands pendant quatre ans, livra vingt-six batailles et, avec les alliés victorieux, marcha vers le Rhin. »
Figure aussi la devise canadienne « A mari usque ad mare »**.

* Le vin d’honneur fut servi au Café de l’Univers et le déjeuner intime à l’Hôtel des Messageries **
Les Canadiens furent les premiers à répondre à l’appel de la France. En février 1915, une division canadienne débarquait à Saint-Nazaire pour combattre quelques semaines plus tard sur le champ de bataille des Flandres. Au cours de la Première Guerre mondiale, 65 000 Canadiens sont morts.
** « A mari usque ad mare » ; « (Tu régneras) d’un océan à l’autre », une citation biblique (Psaume 72 (71) : 8)

 

15 juin 1926 – La démission du Cabinet

Le mercredi 2 juin 1926, la délégation des autorités nazairiennes* avait été reçue par MM. Georges Leygues, ministre de la Marine, Pierre Laval, ministre de la Justice, et Anatole de Monzie, ministre des Travaux publics. Ils avaient tous promis d’assister à l’inauguration du monument américain* mais la démission du cabinet** présidé par M. Briand***, le 15 juin 1926, remettait en cause la présence des ministres et laissait les organisateurs dans l’expectative.

* La délégation était composée de MM. le préfet de la Loire-Inférieure ; M. Bellamy, député, maire de Nantes ; MM. Sibille, Merlan, Delaroche-Vernet, députés ; M. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; M. Joubert, président de la Chambre de commerce; M. Le Mouel, adjoint au maire de Saint-Nazaire et M. Cadayé, président du Comité des fêtes franco-américaines.
gastondoumergue** Le septennat de M. Gaston Doumergue a été marqué par une forte instabilité ministérielle et des difficultés financières engendrées par la chute du franc. Pas moins de quinze gouvernements vont se succéder entre 13 juin 1924 et le 13 juin 1931.
À Paris, le 15 juin 1926, le Conseil de Cabinet, sous la présidence de M. Briand, s’était réuni au ministère des Affaires étrangères.
Le ministre des Finances, M. Raoul Péret, avait donné sa démission ; il n’avait pas obtenu, dit-il, les concours sur lesquels il était en droit de compter.
Le conseil devait examiner la situation créée par son départ. À l’unanimité, il a considéré qu’il n’était pas possible de procéder à un simple remaniement, une démission collective était nécessaire pour laisser au président de la République, M. Gaston Doumergue, toute liberté pour interpréter la situation. Ce dernier a accepté cette démission.
M. Briand travailla à un grand ministère national. Les socialistes s’y opposèrent. Il fut contraint de lâcher le projet.
M. Briand essaya un ministère concentré à gauche. Il sollicita M. Poincaré, qui accepta, et M. Herriot, qui lui se fit interdire d’accepter par les radicaux-socialistes. Il passa la main et conseilla d’appeler M. Herriot chef du groupe le plus nombreux à la Chambre. Photo – Gaston Doumergue – Collection Michel-C Mahé.

M. Doumergue appela M. Herriot qui ne réussit pas non plus à former un cabinet. Ce dernier demanda à M. Doumergue de reprendre M. Briand.
Le 20 juin au soir M. Briand répondit à l’appel du président.

aristidebraind*** Aristide-Pierre-Marie Briand, né à Nantes le 28 mars 1862, rue du Marchix, vint de très bonne heure habiter Saint-Nazaire avec ses parents. Ils tenaient un café chantant, à l’endroit même où se trouve le Grand Café, place Carnot.
Il fréquenta d’abord l’école Madiot (école Carnot) puis l’école Denfer, rue des Halles. Il entra au collège de Saint-Nazaire en 1875, l’année de la fondation de cet établissement. Il y resta quatre années.
Aristide Briand entra comme élève boursier au lycée de Nantes, (lycée Clemenceau), en sortit bachelier et fut pris comme clerc chez Me Lucas, avoué.
Le 2 septembre 1886, il décrochait sa licence en droit et prêtait serment comme avocat au tribunal de Saint-Nazaire le 25 octobre 1886.
Tour à tour rédacteur en chef à la Démocratie de l’Ouest et à l’Ouest Républicain, Briand se présenta aux élections municipales le 6 mai 1888 dans la section de Saint-Gohard. Élu il démissionna à la suite d’un ordre du jour blâmant un adjoint. Réélu le 10 février 1889, Aristide Briand démissionnait à nouveau.
Le 22 septembre 1889, il posait sa candidature socialiste aux élections législatives contre MM. Maillard et Fidèle Simon. M. Maillard fut élu.
À la suite d’un violent incident au Grand Café, ayant pour antagonistes Fernand Pelloutier et Félix Gaborit, une rencontre à l’épée eut lieu entre ce dernier et Briand à Sainte-Marguerite, le 8 janvier 1890 ; Félix Gaborit fut assez sérieusement blessé.
M. Briand quitta Saint-Nazaire pour devenir rédacteur à la Lanterne et secrétaire général du Parti socialiste Français. Il fut élu député pour la première fois le 27 avril 1902, dans la première circonscription de Saint-Étienne dans la Loire, réélu de 1906 à 1914. Il se présenta dans la Loire-Inférieure, son pays d’origine, et fut élu en 1919, réélu en 1924 et en 1928.
Il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1926, conjointement avec son homologue allemand Gustav Stresemann, pour son action en faveur de la réconciliation entre la France et l’Allemagne.
Photo – Aristide Briand- Collection Michel-C Mahé.

La carrière ministérielle d’Aristide Briand tableaucarrierearistidebriand

Le 23 juin 1926, un nouveau ministère* est formé. M. Briand redevient président du Conseil et prend les Affaires étrangères. M. Leygues**, de nouveau ministre de la Marine, et M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux publics, feront le déplacement pour l’inauguration.
Lors de leur voyage, ils feront étape à Nantes où ils passeront l’après-midi du vendredi 25 juin pour inaugurer l’exposition des Tissus au Château de Nantes et poser la première pierre du monument aux Morts de la Grande Guerre.

* Le ministère ne durera que quatre semaines, du 23 juin au 19 juillet 1926. L’Assemblée ayant refusé des pouvoirs fiscaux exceptionnels à Joseph Caillaux.
georgesleygues** Georges Leygues, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) le 26 octobre 1857 et mort à Saint-Cloud (Seine-et-Oise) le 2 septembre 1933. Homme politique français. Il fut député du Lot-et-Garonne de 1885 à sa mort et plusieurs fois ministre entre le 1894 et 1906.
En 1914, à 58 ans, il s’engaga dans les chasseurs alpins, mais il fut rapidement rappelé à Paris comme président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés. Après une interruption de onze ans, il fut plusieurs fois ministres entre 1917 et 1933.
Photo – Georges Leygues – Collection Michel-C Mahé.

 

 

 

 

La bénédiction du monument

Dans le Nouvelliste du jeudi 17 juin 1926, il est fait mention que « Mrs Whitney, la donatrice du monument américain, aurait exigé que le monument fut béni avant d’être inauguré officiellement. Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes*, aurait été pressenti et se serait refusé à venir tant qu’il n’y aurait pas été invité par le maire de Saint-Nazaire. »
M. Cadayé a été reçu par Mrs. Whitney et lui en a fait part. Ceci a été démentie et le journal Ouest-Éclair écrivait : « Il n’est pas besoin de la réponse de Miss Whitney pour savoir que ladite information émanait d’un fumiste, heureux de jouer un bon tour à la municipalité**. ».

mgrleferdelamotte* Mgr Le Fer de la Motte (Eugène-Louis-Marie), né à Saint-Servan (Côtes-du-Nord), diocèse de Rennes, le 25 novembre 1867, décédé à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Inférieure) le 20 juin 1936.
Études à Dinan, à Redon, à Saint-Brieuc, au Séminaire français de Rome de 1888 à 1892 ; docteur en théologie et en philosophie ; prêtre le 23 mai 1891 ; directeur au Grand Séminaire de Saint-Brieuc en 1892 ; chanoine honoraire et directeur du collège des Cordeliers de Dinan en 1896 ; élu au Consistoire du 28 mai 1914.
Le 16 mai 1914, l’abbé Le Fer de La Motte est promu à l’évêché de Nantes et intronisé le 15 août, avant son sacre, à cause de la guerre ; sacré en sa cathédrale par Mgr Nègre, archevêque de Tours, assisté de NN. SS. Morelle, évêque de Saint-Brieuc, et Gouraud, évêque de Vannes, le 5 novembre suivant. Il succédait à Mgr Rouard.
Photo – Mgr Le Fer de la Motte – Collection Michel-C Mahé.
** Pendant cette période, les relations avec le clergé étaient houleuses depuis la suppression des crucifix à l’hôpital et l’arrêté municipal du 9 juin 1925 d’interdiction des processions. Nous reviendrons en détail sur ces événements.
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Les préparatifs

Le 16 juin, le transport Seine de l’État et le remorqueur Résistance sont arrivés à Saint-Nazaire. Le Seine avait à son bord du matériel nécessaire au mouillage des cuirassés français pour les fêtes franco-américaines. C’était un vieux bateau (1913) de 3160 tonnes et 12 nœuds.

Le mouillage et l’amarrage des bâtiments ont été étudiés par l’officier des équipages pilote Keros, de la division de la Mer du Nord. Le mercredi 9 juin, il est venu s’entretenir avec les organisateurs de la fête, le commandant du port, les ingénieurs des ponts et chaussées et de la Chambre de Commerce.

Après son passage en cale sèche à Philadelphie, le croiseur Memphis va remplacer le vieux croiseur Pittsburgh comme bâtiment amiral américain en Europe. Il a quitté Philadelphie, le 14 juin, à la même date que le départ du premier convoi de troupes pour la France.
Le contre-amiral Gleaves (actuellement en retraite) qui commandait le premier convoi de la Première division américaine, et le brigadier-général Samuel D. Rockenbach (actuellement général commandant le district de Washington) qui fut le premier commandant de la base de Saint-Nazaire, ont embarqué sur le Memphis comme représentants de la Marine et de l’armée américaine.

L’arrivée des escadres

Le mercredi 23 juin

Le croiseur américain Memphis* fit son entrée à Saint-Nazaire dans la soirée. Il fut amarré quai du Commerce à la place qu’occupait, le 26 juin 1917, le transport à bord duquel se trouvaient le général Sibert et les premières troupes américaines débarquées en France.

* USS Memphis (CL-13) était un croiseur léger de la classe Omaha, classé à l’origine comme croiseur éclaireur, de la marine des Etats-Unis. Il était le quatrième navire de marine portant le nom de la ville de Memphis, Tennessee.
La construction du Memphis a été autorisée le 1 juillet 1918 et il fut commandé au chantier William Cramp and Sons, Philadelphie, le 24 janvier 1919. La construction débuta le 14 octobre 1920 et il fut lancé le 17 avril 1924. Sa marraine était Mlle Elizabeth R. Paine, fille du maire Rowlett Paine de Memphis. Le Memphis a été mis en service le 4 février 1925, sous le commandement du capitaine Henry E. Lackey, futur amiral.
Longueur à la flottaison : 170 m ; Longueur hors-tout : 169.32 m ; largeur : 16.87 m ; tirant d’eau moyen : 4.11 m ; déplacement standard : 7163 t ; déplacement en charge : 9661 t.
Son équipage en temps de paix était 29 officiers et 429 hommes d’équipage.

 

amarragesdesnaviresAmarrages connus des escadres – Quai du commerce : 1) croiseur Memphis, 2) destroyer Lamson ou Charles Ausburn ; 3) destroyer Osborne ; 4) destroyer Preston. – Dessin Michel-C Mahé

 

19saintnazairefeteamericainemcmDe gauche à droite : croiseur Memphis, destroyers Lamson ou Charles Ausburn ; Osborne ; Preston.
Collection Michel-C. Mahé.

Le Jeudi 24 juin

lamsonmcmDestroyer Lamson – Source : U.S. Navy Naval History and Heritage Command

Vers 13 heures, la flotte américaine a fait son apparition au phare des Charpentiers.
À 13 h 45, en présence d’une foule immense (plus de 10 000 personnes), les destroyers de la division N° 27*, « Lamson** » portant pavillon du commandant de vaisseau A.-P. Fairfielf, « Preston** », « Charles-Ausburn** » et « Osborne** », firent leur entrée dans le port, dans cet ordre, à 5 minutes d’intervalle.

* Début juin c’était la division de destroyers n°25, capitaine de vaisseau W. Galbraith, comprenant l’ Isherwood, le Lardner, le Case et le Sharkey qui avait été prévue pour accompagner le Memphis à Saint-Nazaire.
** Ces navires sont de la classe Clemson, construits au chantier Bethlehem Shipbuilding Corporation, Union Iron Works à San Francisco.
Identification : Lamson : DD-328 ; Preston : DD-327 ; Osborne : DD-295 ; Charles Ausburn DD-294.
Caractéristiques :
Longueur : 95.8 m ; largeur : 9.42 m ; tirant d’eau : 3.1 m ; déplacement standard : 1310 t ; déplacement en charge : 1411 t ; puissance : 27000 chevaux ; vitesse : 35 nœuds.
Armement : 4 canons de 102 mm ; 2 canons de 28 mm ou de 76 mm ; 12 tubes lance-torpilles de 530 mm.
Equipage : 6 officiers et 108 hommes d’équipage.
Lancement :
Lamson : 1er septembre 1920 ;
Preston : 7 août 1920 ;
Osborne : 29 décembre 1919 ;
Charles Ausburn : 18 décembre 1919.
Marraine:
Lamson : Miss Annette Rolph ;
Preston : Mrs. Josephus Daniels, wife of the Secretary of the Navy ;
Osborne : Mrs. Elizabeth Osborne Fisher, soeur de Ltjg W. E. Osborne et Mrs. C. H. Cox ;
Charles Ausburn : Mrs. D. K. Ausburn.
Mise en service :
Lamson : 19 avril 1921 – Lieutenant Commander F. L. Johnston ;
Preston : 13 avril 1921 – Cmdr. G. T. Swasey ;
Osborne : 17 mai 1920 – Lieutenant Dennis L. Ryan ;
Charles Ausburn : 23 Mars 1920, Lieutenant M. W. Hutchinson, Jr.
voltaireLe cuirassé Voltaire – Collection Michel-C. Mahé.

Les Cuirassés : « Voltaire* », battant pavillon de l’amiral Chauvin, et « Diderot* » sont restés sur rade.

* Le Voltaire et le Diderot étaient des semi-cuirassés de la classe Danton de la marine française.
Longueur à la flottaison : 144.9 m ; Longueur hors-tout : 146.6 m ; largeur : 25.8 m ; tirant d’eau en charge : 9.2 m ; déplacement standard : 18318 t ; déplacement en charge : 19763 t ; vitesse : 19 nœuds.
Équipage : 681 hommes.
Armement :
2 × 2 canons de 305 mm/45 Modèle 1906 ;
6 × 2 canons de 240 mm/50 Modèle 1902 ;
16 × 1 canons de 75 mm/65 Modèle 1906 ;
10 × 1 canons de 47 mm Hotchkiss ;
2 tubes lance-torpilles de 450 mm.
Le Voltaire a été au commandé aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer. La construction débuta le 20 juillet 1907 et il fut lancé le 16 janvier 1909. Sa marraine était (?). Il a été mis en service le 5 août 1911, sous le commandement du (?).
Le Diderot a été commandé aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint-Nazaire. La construction débuta le 20 octobre 1907 et il fut lancé le 19 avril 1909. Sa marraine était (?). Le Diderot a été mis en service le 1 août 1911, sous le commandement du (?).
Ils possédaient un caisson longitudinal blindé pour la protection sous-marine. Leur fond était recouvert d’un revêtement élastique en bois, contre les torpilles. Ce dispositif a permis au Voltaire de survivre à deux torpillages au large de Milo en 1927.
Depuis la guerre, leur protection sous-marine avait été améliorée et on les considérait, à cette époque, à l’épreuve de 2 ou 3 torpilles.
Le nom de ces navires, a inspiré beaucoup de critiques chez les officiers et les français cultivés. Dés lors qu’ils évoquaient ces navires dans leurs articles, les chroniqueurs évoquaient cet état de choses. L’un d’eux écrivait : « Leurs noms amusent beaucoup les étrangers : pensez donc : un navire de combat, c’est un autel où l’on se sacrifie pour la patrie. D’ordinaire partout, on donne des noms qui évoquent l’idée d’héroïsme ou de patrie, qui inspirent d’un noble exemple ceux qui vont combattre, mourir. Les tristes politiciens donc on est affligé notre marine ont trouvé moyen d’inscrire sur l’arrivée de nos vaisseaux des appellations n’ayant rien de naval ou de militaire ni même de national, et qui inspirent le plus profond mépris chez les Français et les étrangers qui savent. »
delageCollection Michel-C. Mahé.

Ensuite la flotte française a fait son entrée.
Les contre-torpilleurs, anciens allemands « Delage* », « Rageot de la Touche* », « Mazaré** » ; « Vesco** », « Chastang** ».

* Le Rageot de la Touche (ex-SMS H146) et le Delage (ex SMS H147) étaient des contre-torpilleurs de la marine Française cédés par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en juillet 1920.
Ils furent construits au chantier Howaldtswerke à Kiel. Le premier fut lancé le 23 janvier 1918, le second le 13 mars 1918.
Longueur : 84.5 m ; largeur : 8.35 m ; tirant d’eau : 3.5 m ; déplacement standard : 990 t ; déplacement en charge : 1147 t ; puissance 24500 ch ; vitesse : 32 nœuds
Équipage : 105 hommes.
Armement :
3×1 canons de 105 mm SK L/45 ;
2×2 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
2×1 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
24 mines marines.
** Le Mazaré (ex-SMS S135), le Vesco (ex-SMS S134) et le Chastang (ex-SMS S133) étaient des contre-torpilleurs de la marine Française cédés par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en 1920.
Ils furent construits au chantier Schichau-Werke à Elbląg.
Lancement : Mazaré, 27 octobre 1917 ; Vesco, 25 août 1917, Chastang, 1er septembre 1917.
Longueur : 83.2 m ; largeur : 8.3 m ; tirant d’eau : 3.4 m ; déplacement standard : 919 t ; déplacement en charge : 1170 t ; puissance 24000 ch ; vitesse : 32 nœuds
Équipage : 105 hommes.
Armement :
3×1 canons de 105 mm SK L/45 ;
2×2 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
2×1 tubes lance-torpilles de 500 mm ;
24 mines marines.

18saintnazairefeteamericainemcmAu premier plan les sous-marins – Collection Michel-C. Mahé

Les sous-marins : « Dupuy de Lôme* », « Gustave Zédé **» ; « Hermione*** » et « Bellone*** »; « Daphné ».

* Le Dupuy de Lôme, sous-marin de la marine française, a été construit à l’arsenal de Toulon. Sa construction débuta le 1er septembre 1913, fut lancé le 9 septembre 1915 et mit en service le 11 juillet 1916.
Longueur : 75 m ; largeur : 6.39 m ; tirant d’eau : 3.6 m ; déplacement en surface / plongée : 853 / 1291 t ; vitesse en surface / plongée : 18 / 10.9 nœuds ; profondeur maximale : 50 m.
Équipage : 41 hommes.
Armement :
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’avant ;
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’arrière ;
4 lanceurs de torpilles rotatifs de 450 mm ;
1 canon de 47 mm sur le pont.
** Le Gustave Zédé, sous-marin de la marine française, a été construit à l’arsenal de Cherbourg. Il fut lancé le 20 mai 1913 et mit en service le 10 octobre 1914.
Longueur : 74 m ; largeur : 6 m ; tirant d’eau : 3.75 m ; déplacement en surface / plongée : 849 / 1047 t ; vitesse en surface / plongée : 17 / 11 nœuds.
Équipage : 47 hommes.
Armement :
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’avant ;
3×2 lanceurs de torpille externes 450 mm ;
*** Le Bellone et l’Hermione sont des sous-marins de la marine française de la classe Bellone.
Longueur : 60.6 m ; largeur : 5.4 m ; tirant d’eau : 3.41 m ; déplacement en surface / plongée : 540 / 804 t ; vitesse en surface / plongée : 14 / 9.5 nœuds ; profondeur de plongée maxi : 50 m.
Équipage : 28 hommes.
Armement :
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’avant ;
2 tubes lance-torpilles de 450 mm à l’arrière ;
4 lanceurs de torpilles rotatifs de 450 mm ;
1 canon de 75 mm, modèle 1897, sur le pont ;
Le Bellone a été construit à l’arsenal de Rochefort. Il fut lancé le 8 mai 1914 et mit en service le 12 juillet 1917.
L’Hermione a été construit à l’arsenal de Toulon. Il fut lancé le 15 mars 1917 et mit en service le 5 février 1918.
flotillesousmarinmcmAu premier plan, de gauche à droite : L’ Hermione ; Le Trinité-Schillemans, ancien allemand UB 94 , Le Carissan, ancien allemand UB 99 ; Le Jean Corre, ancien allemand UB 155. Au second plan, et derrière l’Hermione : la Daphné. Source : Gérard GARIER « L’odyssée technique et humaine du sous-marin en France » tome 4. Marines éditions, 2004.

Les sous-marins, anciens allemands : « Carissan *» ; « Trinité-Schillemans* » ; « Jean Corre** ».
Le pétrolier Nièvre. ***

* Le Carissan (ex-SM UB99), le Trinité-Schillermans (ex-SM UB-94) étaient des sous-marins de la marine française cédés par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en 1918.
Ils furent construits au chantier AG Vulcan de Hamburg.
Le Carissan , lancement : 29 juillet 1918 ; mise en service, 4 septembre 1918.
Le Trinité-Schillermans , lancement : 28 avril 1918 ; mise en service : 1er juin 1918.
Longueur : 55.52 m ; largeur : 5.76 m ; tirant d’eau : 3.73 m ; déplacement en surface / plongée : 510 / 640 t ; vitesse en surface / plongée : 13 / 7.4 nœuds ; profondeur de plongée maxi : 50 m.
Équipage : 3 officiers, 31 hommes.
Armement :
4 tubes lance-torpilles de 500 mm à l’avant.
1 tube lance-torpilles de 500 mm à l’arrière.
1 canon de 105 mm sur le pont
** Le Jean Corre (ex-SM UB155), était un sous-marin de la marine française cédé par l’Allemagne au titre de dommages de guerre en (?).
Il fut construit au chantier AG Vulcan de Hamburg et lancé le 26 octobre 1918.
Longueur : 55.5 m ; largeur : 5.8 m ; tirant d’eau : 3.85 m ; déplacement en surface / plongée : 539 / 656 t ; vitesse en surface / plongée : 13 / 7.4 nœuds ; profondeur de plongée maxi : 75 m.
Équipage : 34 hommes.
Armement :
4 tubes lance-torpilles de 500 mm à l’avant.
1 tube lance-torpilles de 500 mm à l’arrière.
1 canon de 105 mm SK L/45 sur le pont
*** La Nièvre, pétrolier de la marine française, a été construit à l’arsenal de Lorient. Sa construction débuta le 5 septembre 1920, fut lancé le 10 mars 1921 et mit en service le 26 mars 1922.
Longueur : 70 m ; largeur : 11,60 m ; tirant d’eau : 2,28 m ; déplacement : 2.800 t ; vitesse : 10,5 nœuds. La Nièvre pouvait transporter 1.500 tonnes de mazout.
Tous les navires américains étaient des bâtiments construits après-guerre.
Le croiseur Memphis a été livré en 1926 par les chantiers Cramp.
Les huit destroyers sont neufs, datant de 1919 à 1922.

Les unités de l’escadre française étaient récentes, sauf bien entendu les vieux cuirassés Voltaire* et Diderot* qui ont été mis en service en 1911.
Les contre-torpilleurs, tous des anciens allemands, ont été lancés en 1917 et transmis à la France en 1920.
Les cinq sous-marins français ont été mis en service entre 1914 et 1918, les cinq sous-marins ex-allemands, en 1918.

Au total 21 navires, en comptant le pétrolier Nièvre, sont arrivés à Saint-Nazaire (5 américains, 16 français), soit, en suivant l’effectif théorique de chaque navire, 3075 hommes (914 américains, 2161 français). En plus il faut ajouter les troupes embarquées pour l’occasion.
Cela faisait beaucoup de monde en ville…

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Les Nazairiens se mobilisent

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Le monument américain – Premières critiques
Le monument américain – L’accomplissement
Le monument américain – Les fêtes franco-américaines – L’organisation

echelledetempsinauguration

Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Les Nazairiens se mobilisent

Le comité s’adressait aux Nazairiens par voie de presse, dans des communiqués, par les associations, entres autres les comités de quartier.
Il lui importait surtout de réaliser l’union de toutes les bonnes volontés sans politique de parti.
La presse était plutôt bienveillante à ce vœu : « Tous les Nazairiens – pas de politique de parti en la matière – sont de cœur avec la municipalité en cette affaire. Ils sont fiers que leur port ait été choisi pour cette manifestation plutôt que Bordeaux ou Brest, qui furent centres de bases américaines au même titre que Saint-Nazaire. »
Elle marquait parfois une certaine ironie à l’encontre du comité et de M. Cadayé : « Les Nazairiens du Comité d’organisation planeront au-dessus des partis. Il n’y aura plus de Lemouel*, dressé contre Le Moine**. Aucun dissentiment. Pas l’ombre d’une mesquine jalousie. Seulement des habitants d’une belle cité, bercée par les flots de la mer et le clapotis des eaux de la Loire, qui désirent fraterniser ensemble dans une loyale et vibrante collaboration. »

* M. Lemouel Jean, 3e adjoint, liste socialiste.
** M. Le Moine, président du Syndicat d’Initiative.

Comme nous l’avons vu dans un article précédent*, lorsque le comité d’organisation a été constitué, lors d’une réunion à l’Hôtel de ville présidée par M. Blancho, une soixantaine de délégués des différentes sociétés** de Saint-Nazaire se sont déplacés. Preuve que celles-ci souhaitaient s’impliquer dans ce projet de fêtes que l’on voulait grandioses.
Mais bien des projets sont tombés à l’eau car au cours du temps le budget de ces fêtes a bien diminué. Mi-février, le comité d’organisation avait estimé un coût de 400 000 francs comportant trois semaines de réjouissances. Début juin, il n’était plus que de 200 000 francs seulement pour trois jours.

* Le monument américain – Les fêtes franco-américaines – L’organisation.
** associations

Quelques unes de ces sociétés

La Société d’Horticulture*
Début février 1926, la société a émis le projet d’organiser une exposition nationale d’horticulture et pensait qu’il était judicieux de faire coïncider évènement avec l’inauguration du monument mais elle n’a pas obtenu les fonds nécessaires et elle a remis à 1927 cette manifestation.

* Le président était M. A. Aubin.

La Société d’Aviculture*
Le dimanche 14 mars 1926, la Société d’Aviculture tenait une réunion dans la salle de la Ligue antialcoolique, rue du Prieuré pour discuter, entre autres, de son éventuelle participation aux fêtes d’inauguration du monument américain. Le meilleur emplacement était la place Marceau mais cela nécessitait une tente et la société ne disposait pas assez de moyens financiers pour risquer une telle dépense. On envisagea aussi des baraquements que les chantiers de Penhoët seraient disposés à prêter.
M. Debonne fut nommé commissaire général de l’exposition projetée.
Début juin, le projet fut abandonné. L’exposition est reportée au printemps 1927.
Une belle exposition avicole se tiendra tout de même dans les bâtiments de la fonderie Deau, rue de la Paix avec des prix intéressants pour les exposants dont un offert par le Président de la République.

*Société d’Aviculture. Assemblée de février 1924, M. Benoist, président ; MM. Campredon, vice-président et Nézet, secrétaire
Assemblée de mars 1926, M. Blanc, président ; MM. Campredon, vice-président ; Servais, secrétaire.
Siège de la société, Maison du Ligueur, 10 rue du Prieuré.
Saint-Nazaire comptait alors des aviculteurs primés un peu partout en France, comme M. Debonne et M. A. Herbin avec leurs coqs et poules Malines et Leghorns.

La Société des régates de Saint-Nazaire*
En mars, la Société des régates a proposé de collaborer au programme des fêtes du monument américain. Rien ne parait au programme officiel de juin.

* M. de Parscau du Plessix, président de la société ; MM. Vince et Desmars, membres.

Les anciens combattants
Début avril, les délégués des sociétés des anciens combattants (U. N. C., de la Légion d’honneur, des Médaillés militaires*, des Anciens Prisonniers de guerre, des Mutilés, des Frères d’Armes** et de l’Union des Mutilés), se réunissaient et décidaient la mise en place d’une commission chargée d’apporter son concours au Comité des fêtes.

* Médaillés militaires. Comité des fêtes : MM. Audrion président. Membres du bureau MM. Mesnard, Blouet, Letily, Eon, Jeanne, Blanchet.
Le 13 juin 1926 renouvellement du comité des fêtes : M. Salmon, président : M. Eon, secrétaire. Membres du bureau : MM. Louet, Thiron, Letily, Bastat, Godecq, Blanchet.
Aux fêtes de l’inauguration du monument américain, viendront la 180e Section de Nantes et la 195e Section de
Guérande.
** La société « Les Frères d’Armes » comprenait, début mai 1926, 326 membres. Son président était M. Chaney, architecte du monument américain. Autres membres : MM. Audic (secrétaire), Laurent, Le Cloarec, Marquet.

La Société des Goélands nazairiens*
Elle a participé en organisant le samedi 26 juin un tournoi de water-poło entre ses membres et les marins des escadres et le dimanche 27 juin une course de natation dans le bassin de Saint-Nazaire.

* Cette société a tenu sa première assemblée générale le dimanche 23 mars 1924. Elle avait son siège social dans le local de la Ligue contre l’alcoolisme, 10, rue du Prieuré.
Elle se proposait d’entraîner à la natation, water-polo, canotage et autres sports nautiques et maritimes.
Elle était affiliée aux fédérations de Natation, de Sauvetage et d’Aviron de France.
Son logo était un goéland sur bleu et noir.

L’Harmonie Saint-Joseph et de l’Harmonie Nazairienne
La participation de l’Harmonie Saint-Joseph et de l’Harmonie Nazairienne n’a pas été retenue. Pour animer ces fêtes le Comité a préféré la musique du 65e régiment d’infanterie de Nantes, celle des Équipages de la Flotte et la Sainte-Cécile de Montlouis (Indre-et-Loire).
La raison fut évoquée dans une lettre adressée à l’un des chefs de ces musiques : Le Comité ne pouvait pas accepter les conditions exigées par les deux harmonies pour leur participation.

Dans les quartiers

comitesdequartiermcmLes comités de quartier (limites approximatives)
La carte du secteur Méan-Penhoët est en cours de construction – Dessin Michel-C Mahé

Un grand défilé « allégorique et fleuri » avec un « caractère local et breton » fut projeté pour le dimanche 27 juin, comprenant chars, automobiles et voitures fleuries, groupes, etc.
Les participants se verront décerner des prix et pour ce faire une somme de 20 000 francs a été affectée.
Les inscriptions se sont faites à la permanence du Comité, 42, rue du palais, au magasin de M. Cadayé, président du Comité.
Le Comité général a fait appel aux comités de quartier pour que ceux-ci préparent un char.
Ils se sont mis au travail. Le Comité du Vieux Saint-Nazaire et celui de Méan se sont adjoint le concours de M. Dommée, architecte, pour concevoir les plans.

Le Comité général avait désiré associer toute la Bretagne aux fêtes de l’inauguration et pour le grand défilé il s’était assuré le concours de toutes les reines de Bretagne (reine de Cornouailles, reine des ajoncs d’or, des filets bleus, reine des flots, etc.). Douze reines participeront en costume du pays.
Il avait décidé que chaque quartier élirait aussi une reine « choisie parmi les jeunes filles honnêtes et laborieuses de leur quartier ». Ces dernières éliront la reine des reines et toutes prendront place sur le char du Comité général.
Selon les directives du Comité général, les concurrentes se sont présenté le même jour à la même heure, le samedi 12 juin, à 20 h 30, dans des endroits désignés de chaque quartier*, accompagnées de leurs parents et d’une autorisation écrite de leur part.
Le quartier de Penhoët ne participera pas. Il a fait connaître la raison dans un courrier de son président, lu lors de l’élection des reines à l’Hôtel de Ville : il était dans l’impossibilité de trouver une reine dans un délai aussi court.

* Comité de Cardurand : Stand de l’Avant-Garde ; Comité de la route de Guérande : chez M. Allard, à la Tranchée ; Comité de Villès-Martin : chez M. Broussard, café des Ramures ; Comité du Vieux-Quartier : salle annexe de la Mairie ; Comité du quartier Marceau : salle de réunions du café de Tempérance, rue du Prieuré.

L’élection des reines

salaunComité de la route de Guérande
L’élection se fit chez M. Allard, à la Tranchée. 26 prétendantes au titre se présentèrent. L’accord s’est fait sur le nom de Mlle Salaün Gisèle, une brune de 19 ans, modiste de profession.
Les parents et leurs cinq enfants habitaient rue du Commandant-Gâté.
« C’est sérieux, et ça travaille dur. » disait le voisinage.

 

 

delaunayAu Vieux quartier de Saint-Nazaire
C’est Mlle Jeanne Delaunay, 16 ans, dont les parents tiennent un débit qui a été choisie.

 

 

 

 

mauriceÀ Villès-Martin
L’élection se fit au café Les Ramures*. Neuf concurrentes se sont mises sur les rangs. C’est Mlle Gabrielle Maurice, 18 ans, de Perthuischaud, à Sautron qui l’emporta. Elle faisait partie d’une famille de cinq enfants.
* Les Ramures, café-restaurant tenu par M. Broussard.

 

 

marionÀ Cardurand
Mlle Suzanne Marion, 18 ans, d’une famille de quatre enfants.

 

 

 

 

hamonAu quartier Marceau
Mlle Maria Hamon, 16 ans, demeurant rue Marceau.

 

 

 

 

tillyAu quartier de Méan
Mlle Maria Tilly, domiciliée, 20, rue du Brivet.

 

 

 

 

 

L’élection de la reine des reines

L’élection de la reine des reines fut assez mouvementée, elle a eu lieu à l’hôtel de ville, mercredi 16 juin 1926.

Une table a été installée pour les représentants du comité général et ceux des différents comités de quartier. On s’aperçoit bien vite qu’elle n’est pas assez longue, on en rajoute une deuxième. Les parents ont accompagné leur enfant élue de leur quartier.
M. Cadayé prend la parole et félicite les jeunes filles. Elles sont toutes là, excepté Mlle Tilly, de Méan, qui est en voyage.
On fait la lecture de la lettre de M. Clouet, président du quartier de Penhoët, faisant connaître son impossibilité de trouver une reine dans un délai aussi court.
On annonce, alors, que deux jeunes filles de Penhoët, envoyées par un groupe imposant d’habitants, se présentent à l’instant à la porte pour postuler à la royauté mais elles n’ont aucune recommandation du président du quartier de Penhoët ; leur demande est déboutée.
C’est dans une pièce attenante à la salle de réunion que l’on a réuni les jeunes femmes. Les reines doivent l’une d’entre elles. Très vite on s’aperçoit de l’impossibilité du système. Aucun des trois tours de scrutin ne dégage une majorité.
Au bout d’une heure, on décide que ce sont les membres de la presse et un délégué de chaque quartier qui désigneront la reine des reines.
Utilisant ce contretemps, M. Norange* demande que les candidates défilent pour juger leur démarche.

Il faudra encore deux tours de scrutin de ce nouveau jury pour que Mlle Gisèle Salaün soit élue reine des reines par cinq voix contre quatre à Mlle Maurice et une à Mlle Marion.
La jeune élue reçoit alors les hommages de l’assemblée et M. Cadayé déclare qu’une autre reine devra être nommée par le quartier de la route de Guérande car Mlle Salaün, de par son titre, représente maintenant tout Saint-Nazaire.
La robe des souveraines sera fournie et la coiffure offerte par le Comité général.
Chaque comité de quartier parera son élue d’une écharpe : rouge et bleu pour le Vieux quartier ; rouge et vert pour la route de Guérande ; bleu nattier** pour le quartier Marceau ; rouge et or pour la république de Cardurand.

* Pierre Norange arrive à Saint-Nazaire en 1912 en tant que secrétaire général de la Chambre de commerce et journaliste. Il écrit dans : le Travailleur de l’Ouest, le Populaire de Nantes, l’Éclair de Saint-Nazaire. Il prend part à la vie politique et culturelle de la ville. Il fonde en 1920 l’Université populaire de Saint-Nazaire. Il met en place, en 1921, les patronages laïques regroupant de nombreux enfants de la ville et organise les premières colonies de vacances.
** Bleu intermédiaire entre le bleu marine et le bleu roi, créé par Jean-Marc Nattier, (1685 -1766), peintre français.

courtelC’est Mlle Courtel qui sera élue reine du quartier de la route de Guérande en remplacement de Mlle Salaün élue reine de Saint-Nazaire.

 

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Le monument américain – Les fêtes franco-américaines – L’organisation

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CPBleueMonimentAméricainLes prémices

Au conseil municipal du mardi 10 novembre 1925, il est annoncé la création d’un comité des fêtes projetées à l’occasion de l’inauguration du monument américain.

Le Comité d’organisation a été constitué le samedi 13 février 1926, lors d’une réunion à l’Hôtel de ville présidée par M. Blancho, maire.
Une soixantaine de délégués des différentes sociétés de Saint-Nazaire avait été conviée pour l’occasion.
Le bureau du Comité des fêtes, proposé par l’administration municipale et approuvé à l’unanimité, s’est trouvé ainsi constitué :
Président, M. Cadayé ; vice-présidents, MM. Josse , Vince, Éveillard, (professeur à l’École de dessin), Chaney, (architecte du monument) ; secrétaire général, M. Bellan ; secrétaire-adjoint, M. Vrignaud ; trésorier général, M. Jahan, (directeur du Crédit Lyonnais) ; trésorier-adjoint, M. Pirault, (directeur du Comptoir d’Escompte).

Le 24 février 1926, une délégation canadienne, ayant à sa tête le brigadier général H. F. Hughes et le colonel H. C. Osborne, a été reçue par la municipalité. Elle a fait part de l’intention des Canadiens de placer en notre ville une plaque de bronze pour perpétuer le geste des soldats canadiens venus en France afin de chasser les Allemands sur le Rhin *. Nous en reparlerons en détail dans un prochain article.

* Il avait été envisagé que l’inauguration pourrait se faire en même temps que celle du monument américain. En fait, elle aura lieu quelques jours avant. Elle fut placée dans l’Hôtel de ville et inaugurée avec une cérémonie très sobre.

Le 25 février, le comité d’organisation des fêtes franco-américaines avec son président M. Cadayé convoque une dizaine de journalistes de la presse nazairienne dans le petit salon du Grand Café de l’Univers* pour leur exposer le projet estimé à 400 000 francs. Pour le comité, il importe de réaliser l’union de toutes les bonnes volontés ; le succès est à ce prix.
Il faut remarquer que le comité maîtrisait sa communication. Les différents journaux ** faisaient paraître le même communiqué et dans son intégralité.

* Grand Café de l’Univers, 1, rue Amiral-Courbet, tenu à l’époque par M. G. Goujon.
Une description de la salle de réunion : « Vous connaissez ces salles d’hôtelleries. Elles se ressemblent toutes. Quelques meubles très décoratifs, une table longue et large souhait… Et puis des imitations de tableaux célèbres, qui varient selon les latitudes. À Saint-Nazaire, la « marinade est obligatoire. D’énormes bateaux dont la masse sombre, tranche sur le rouge flamboyant des couchers de soleil en mer. C’est très impressionnant… à la lumière électrique. »
** La Démocratie de l’Ouest, Le Courrier de Saint-Nazaire.

 

grandcafedeluniversGrand Café de l’Univers

Fin stratège, M. Cadayé avait installé une permanence du comité dans son magasin, 42, rue du Palais où des membres du bureau se tenaient à la disposition du public.

On prévoyait une grande affluence d’étrangers aussi la municipalité a demandé par voie de presse à toutes les personnes susceptibles d’avoir des chambres ou des lits à louer de se faire inscrire à la permanence du comité.

La question de la date

Mi-février, un bruit a couru que les fêtes se dérouleraient le 20 juin ou le 4 juillet.
Le 23 mars, des personnes bien informées affirmaient que la date d’inauguration était fixée au 26 juin.
La municipalité interrogée a prétendu qu’elle n’avait pas été avisée officiellement. Le lendemain le Comité des fêtes adressait une note à la presse avertissant la population nazairienne « que les communiqués officiels paraissent toujours en temps utile dans tous les journaux régionaux et locaux. Il n’a pas cru de son devoir d’indiquer à la presse une date officielle, l’autorisation du gouvernement français d’ériger le monument à Saint-Nazaire, n’ayant pas encore été donnée par les ministres intéressés ».
Il faudra attendre le 1 mai pour que la date du 26 juin* soit annoncée mais elle sera rendue officielle par le gouvernement français un peu plus tard.

* Date proposée par The St-Nazaire Memorial Fund pour commémorer l’arrivée des premières troupes américaines dans le port de Saint-Nazaire.

Pour que la date du 26 juin fût définitivement officielle, il était nécessaire que la Commission des Beaux-Arts donnât son autorisation pour ériger le monument. Elle se réunissait ordinairement en décembre et il fallait qu’une décision urgente fût prise. Le directeur chargé du service des Monuments historiques aux Beaux-Arts* avait déclaré à M. Cadayé qu’il allait faire diligence pour l’obtenir dans les plus brefs délais.
L’autorisation du ministère pour faire construire le monument ne viendra que huit jours après son inauguration.

* Les monuments anglais et portugais attendaient depuis deux ans, pour des raisons essentiellement artistiques, que les Beaux-Arts lèvent leur veto.

Constitution du Comité

Début mai, la constitution des Comités du monument est officielle.
En Amérique, Saint-Nazaire Memorial Fund, siège social est au 1190, Madison avenue, New York City.
Comité d’honneur :
Major général James G. Harhord, président, commandant la base à St-Nazaire pendant la guerre; Paul D. Cravath, avocat; Hon. John W. Davis, ancien ambassadeur à Londres; Brig. Gen. Charles G. Dawves, vice-président des Etats-Unis, Hon. Robert Underwood Johnson, ancien ambassadeur à Rome; Otto H. Kahn, banquier; Franck D. Pavey, banquier; Hon. Elihu Root, ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis ; Herbert L. Satterlee, banquier ; Rt. Rev, Herbert Shipman; Hon. George W. Wirkersham, ancien ministre de la Justice; MMs. Roynon Cholmeley-Jones, président du Comité exécutif ; Arthur M. du Bois, trésorier.

Côté français, Comité d’organisation :
Président, M. Jean Cadayé, rue du Palais (siège social du Comité); vice-présidents, M. P. Josse (Commission des fêtes); M. A. Vince (Commission des transports et logements) ; M. Chaney (Commission du monument); M. Eveillard (Commission des beaux-arts) ; secrétaire général, M. A. Bellan; adjoint, M. Vrignaud; trésoriers, MM. Jahan et Pirault.

Début mai, Le Comité d’organisation va mettre en place un Comité d’honneur qui constituera, avec les différentes commissions, le Comité général des fêtes. Les Comités de fêtes des différents quartiers seront reliés au Comité général.

La souscription

Par voie de presse, début mai, le Comité général a adressé « un pressant appel à toute la population nazairienne, au commerce et à l’industrie en particulier ». Il sollicitait « de la générosité de tous un appui financier qui lui permettra de réaliser un magnifique programme de fêtes digne du beau geste amical de l’Amérique ».
Pour ce faire, le Comité général a mis en place une souscription-participation. Les délégués des comités des fêtes de quartiers sont chargés de recueillir, à domicile, les souscriptions dans leur secteur respectif sous la forme d’un versement unique. Chacun recevra en échange de son versement, autant de billets d’un franc de la souscription-participation.
Par la suite les billets de souscription furent mis en vente chez les commerçants ainsi qu’à la permanence des fêtes, 42, rue du Palais.

Pour la modeste somme de 1 franc, on pouvait gagner : un portefeuille, de 70 titres d’une valeur nominale de 32.250 francs (Crédit National, Ville de Paris, Crédit Foncier), d’un revenu annuel de 1.200 francs, donnant droit à 76 tirages par an, remboursables éventuellement dans la même année, par 41 millions 500.000 francs. Une automobile, conduite intérieure, 4 places, carrosserie souple, simili cuir, marque « Renault », d’une valeur de 22 600 francs. Une chambre à coucher d’une valeur de 5 000 francs. Une motocyclette « Alcyon-Sport », 3 ch. d’une valeur de 3.250 francs. Une cuisinière de luxe avec une batterie de cuisine, valeur 1.200 francs. Une machine à coudre, valeur 1.000 francs. Sept bicyclettes Peugeot, Roller’s, etc., et plus de 100.000 francs d’autres lots, offerts par de nombreuse firmes commerciales nazairiennes, parisiennes et régionales. Un superbe vase de Sèvres fut envoyé par le Président de la République pour la souscription-participation.
Les sénateurs du département ont envoyé une très belle coupe et MM. Les députés leur souscription pour l’achat de lots destinés à la tombola gratuite.

* MM. Delaroche-Vernet, Bellamy, Merlant

 

renaulttypennreduiteRenault type NN – Elle sera la Renault la plus vendue de 1924 à 1929. – Collection Michelc-Mahé

 

motocyclettealcyonsport1926Publicité Alcyon 1926 – Collection http://www.petochon.fr (avec autorisation)
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Le monument américain – L’accomplissement

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Le monument américain – L’accomplissement

À New York

Une nouvelle association “The St. Nazaire Memorial Fund”* fut créée pour collecter les fonds nécessaires (100 000 $). Le 10 février 1925, le Captain Arthur M. Du Bois**, son trésorier, annonçait que tout était prêt pour lancer cette action d’envergure. Un comité d’honneur*** et un comité exécutif chargé de rassembler les fonds****, ont été mis en place. Ce dernier travaillera à l’échelle nationale sur le territoire des États-Unis.

* Le siège social du Saint-Nazaire Memorial Fund était au 1190, Madison avenue à New York.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois a été recruté par l’armée américaine en 1917, dès le début de l’entrée en guerre des Etats-Unis. First Lieutenant, il a été affecté à l’ « Army AIrForce – Paris Division » puis à Saint-Nazaire pour diriger l’ « Aviation Clearance Office ».
*** Le comité d’honneur : Major General James G. Harbord, président ; Newton D. Baker ; Colonel Franklin Q. Brown ; Paul D. Cravath ; John W. Davis ; Brig. Gen. Charles G. Dawes ; Robert Underwood Jhonson ; Otto H. Kahn ; Frank D. Pavey ; Elihu Root ; Herbert Shipman et George W. Wickersham.
**** Le comité exécutif : Roynon Cholmeley-Jones, 95 Maiden Lane, président ; Miss Minette Causse ; William T. Conner ; George B. Cortelyou Jr. de Chicago ; Colonel John F. Daniell ; Johnson De Forest ; Captain Arthur M. Du Bois ; Major Gen. W. H. Hart de Washington ; Colonels Alba N. Johnson Jr., and George E. Kemp of Philadelphia ; Colonel K. G. Martin ; Charles C. Perrin de Paris ; Rev. Sartell Prentice ; General S. D. Rockenback ; Kingsland T. Rood ; Colonel John H. Schouten de Detroit ; Colonel John Stephen Sewell de Birmingham ; Ala., Livingston L. Short ; Mrs Anna Mackenzie Smih ; Dr Henry Thacher ; Dr. Samuel Trexler and General R. D. Walsh.

La campagne pour collecter les fonds fut lancée le samedi soir 9 mai 1925, lors d’un dîner de la Saint-Nazaire Association, à l’Hôtel Brevoort, à l’angle de la Cinquième Avenue et de la Huitième Rue à New York.

HotelBrevoortNewYorkHôtel Brevoort à New York – Collection Michel-C Mahé

À Saint-Nazaire

Une maquette du monument fut exposée à l’Hôtel de Ville. La ville a accueilli, cet été 1925 , des groupes de jeunes Anglo-Saxons au Collège de garçons et la présentation de la maquette durant leur visite était naturellement incontournable.

Le monument, à cet endroit, surtout en hiver, sera très exposé aux effets de la mer et du vent. Il a été calculé pour résister aux plus formidables assauts.

Fin octobre 1925, un long baraquement a été monté boulevard de l’Océan en face du futur chantier pour les ouvriers et le matériel.
Le travail devant s’accomplir dans un endroit couvert par les marées, une solide passerelle sera construite du rempart* au rocher sur lequel le monument doit être érigé. Sur celle-ci, on fit courir les rails d’un Decauville** pour transporter les blocs de granit.

* Remblai et perré du boulevard de l’Océan.
** Wagonnets circulant sur une voie étroite formée de rails et traverses métalliques qui peuvent se démonter et être transportées facilement.

Les roches où il s’élèvera étant très friables, une base solide, de cinq mètres de côté, fut construite.
Pour réaliser les scellements des fers à béton reliant le socle au piédestal, un problème s’est posé  : à chaque marée montante, la mer emportait le ciment.*

* Travaux réalisés par l’entreprise Graziana.

Dans la nuit de 27 au 28 décembre 1925, une tempête a causé l’effondrement d’une partie de la passerelle. De nombreuses pièces de bois se sont échouées sur la plage.

 

HotelDeVille 001L’Hôtel de ville de Saint-Nazaire –  Collection Michel-C. Mahé.
MissWhitheyMaquetteModifMCMMrs. Whitney et la maquette du monument –  Crédit Photo Famille Du Bois.
CPBleueMonimentAméricainLe Monument américain – Une des premières cartes postales, imprimées en bleu par M. Landas*.
* Librairie Saint-Joseph ; Maison Louis Landas ; 29, place Marceau –  Collection Michel-C. Mahé.

Les dimensions : hauteur totale : 21 m ; hauteur du piédestal en béton armé* (recouvert de granit brut de cinquante centimètres d’épaisseur) : 16 m ; envergure aigle de bronze : 10 m 80 ; hauteur soldat : 6 m.
Il a été entièrement fabriqué en France ; c’était un souhait de Mrs Whitney. Les différents éléments furent fondus à Paris et acheminés par le train à Saint-Nazaire.

* Réalisé par l’entreprise Audrain, Boulevard Wilson.

Le 23 mai 1926, l’aigle et le soldat arrivèrent en gare de Saint-Nazaire.

Vers la fin mai, un chroniqueur de Ouest-Éclair écrivait « Sur la plage du Traict, les divers morceaux du monument, chef d’oeuvre de Miss Gertrude Whitney, sont épars. L’aigle, en attendant son envolée vers la cime du piédestal qu’on lui a dressé, a ses ailes d’un côté, son bec énorme et ses serres de l’autre. Le soldat américain est colossal. Étendu, il prend des proportions de géant. À le contempler, on sent remuer en sa mémoire la phrase du Valois : « Dieu ! qu’il est effrayant !!! Il est encore plus grand mort que vivant ! »* »

* Propos que la chronique prête à Henri III, roi de France, lors de l’assassinat du duc Henri de Guise en décembre 1588.

La première semaine de juin, l’aigle était installé.
Mi-juin, le soldat a pris sa place sur le dos de l’aigle. Ce sera l’occasion d’une petite cérémonie intime avant l’inauguration.

VueSurLeMonumentAmericain 001Vue sur le monument américain et le « rempart »  du boulevard de l’Océan –  Collection Michel-C. Mahé.

À New York

Le mardi 4 mai 1926, “The Saint Nazaire Association” donna un dîner en l’honneur de Mrs. Harry Payne Whitney à l’Hôtel Brevoort.
Lors des discours d’usage, le Rear Admiral* Charles P. Plunkett, commandant du New York Navy Yard et le Brig. Gen.** S. D. Rockenbach***, commandant de la base à Saint-Nazaire pendant la guerre, exprimèrent leur profonde conviction que cette guerre ne sera pas la dernière.
Le Brig. Gen. Rockenbach rappela le rôle que les femmes ont joué pendant la guerre et fit appel à elles pour qu’elles soient prêtes à jouer ce même grand rôle dans la prochaine guerre qui, dit-il, il en était sûr, aura lieu.
Pour sa part le Rear Admiral Charles Plunkett déclara : « Cet avertissement pour l’avenir est très opportun. Les choses dont vous riez à présent peuvent se révéler très graves. Vous devez vous rappeler que le monde est peuplé par des êtres humains et non par des imbéciles sentimentaux. Le soldat du monument de Mrs. Whitney est sur des ailes. J’espère que la prochaine fois qu’il s’envolera, il aura la même mission : rétablir la paix pour un peuple en difficulté « .
M. André Brouzet, vice-consul français à New York, affirma que la France avait combattu dans la dernière guerre pour maintenir les principes de «droit, justice et liberté. »
« Et si nous devions avoir à mener une autre guerre, ce sera pour ces mêmes principes, » ajouta-t-il « J’espère, et je crois que la grande nation américaine sera tout aussi prête à venir se joindre à ce combat. »

* Contre-amiral
** Général de brigade
*** Le général Samuel Dickerson Rockenbach a été en fonction à Saint-Nazaire le 20 juin 1917, quand la base s’est formée, puis à nouveau en fonction du février 1919 jusqu’à la clôture de de la base le 20 juillet 1919.

Départs pour la France

Puis vint le départ des initiateurs du projet vers la France :
Mrs. Whitney embarquait avec sa maman, Mrs. Vanderbilt, le samedi 5 juin 1926 à bord du France*. Elles sont arrivées, au Havre, le samedi 12 juin 1926.
Mr. and Mrs., Arthur M. Du Bois and Roynon Cholmeley-Jones, le samedi 12 juin 1926, à bord du paquebot Lapland**.

* La France est un paquebot transatlantique de la Compagnie générale transatlantique, construit au Chantier de Penhoët à Saint-Nazaire et mis en service en 1912. Il sera le seul navire français à quatre cheminées et un des plus luxueux de son époque.
Il assura la ligne Le Havre-New York jusqu’en 1932, sauf pendant la Première Guerre mondiale, où il servira de transport de troupes et de navire-hôpital en Méditerranée.
Il était surnommé « Versailles des Mers » par son luxe et le style de ses aménagements : grand escalier copié sur celui de l’hôtel de Mazarin, siège de la Bibliothèque nationale de France ; somptueux salon Louis XIV ; salon mauresque décoré de mosaïques et d’une fontaine de marbre etc.
Un ascenseur reliait les différents ponts.
** Le Lapland était un paquebot belge de la Red Star Line, construit par les chantiers Harland & Wolff de Belfast et mis en service en 1909. Il naviguera jusqu’en 1932.
PaquebotFranceLaplandPaquebots France et Lapland – Collection Michel- C. Mahé

 

Paris, au salon des artistes français de juin 1926

MonumentAmericainSalonArtistesFrancais1926Marquee
Crédit Photo Gallica – Bibliothèque Nationale de France.

Au salon des artistes français, au Grand Palais, en juin 1926, Miss Whitney* a exposé un plâtre du futur monument. Au vernissage de nombreux visiteurs ne pouvaient pas manquer cet énorme oiseau et ce soldat équilibriste. Un académicien a osé dire à une inconnue qui se trouvait à ses côtés :
« Je vous assure qu’il va se casser la g… »
L’inconnue était Miss Withney qui s’éloigna très digne.

* J’ai conservé le ton familier des journaux français de l’époque.

 

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Le monument américain – Premières critiques

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Fin juillet 1925, deux poteaux en fer, distants de cinquante mètres furent placés pour indiquer le futur emplacement du monument, face à la rue de la Havane et aux numéros 67, 66, 65 du boulevard de l’Océan.

BoulevardDeLOceanNDMarquéeBoulevard de l’Océan – Emplacement du futur monument –Collection Michel-C Mahé.
MonumentAmericainCritiquesSaint-Nazaire en 1924 – A)  Pointe de Ville-ès-Martin ; B) Rue de la Havane ; C) Boulevard de l’Océan ; D) Rue de l’Océan ; E) Monument aux Morts pour la Patrie ; F) Monument américain ;  G) Tourelle des Morées
– Dessin Michel-C Mahé.
* En 1925, le boulevard de l’Océan devient boulevard Président Wilson.

Les critiques s’élevèrent, relayées par le Courrier de Saint-Nazaire et l’Echo de la Loire, sur l’emplacement tout d’abord : « La place ne convient pas ! » :
– Le monument masquera la pointe de Ville-ès-Martin* aux promeneurs débouchant de la rue de l’Océan, gâtera la perspective de la baie et du traict et reléguera les coquettes villas qui étaient au premier plan au second.
– Il abîmera la perspective de la rue de la Havane.
– Il est trop près des remparts pour bien se détacher et exhaler toute sa beauté et les passagers des paquebots arrivant du large et les marins des cargos sillonnant l’estuaire ne pourront l’apercevoir. « Il serait bon de leur indiquer par une pancarte. », suggéra-t-on…
D’autres emplacements furent proposés : la pointe de Ville-ès-Martin, le rocher du milieu de l’estuaire qui porte actuellement un petit phare*.

* Tourelle des Morées, construite en 1777 en maçonnerie de pierre de taille sous la direction de l’ingénieur Groteau. Elle est consolidée et exhaussée en 1892 pour recevoir un feu automatique.

À cela fut répondu point par point :
« Il est faux de dire que le monument masquera ou gâtera le panorama de la baie ou la vue sur Ville-ès-Martin. Il est trop petit pour cela. »
« La pointe de Ville-ès-Martin est éloignée et seuls les gens valides peuvent y accéder. Quant au rocher placé dans l’estuaire celui-ci est pendant une longue période de l’année couvert par les bruines et les embruns, et le monument resterait par conséquent inaperçu des étrangers. »
« L’idée d’ériger semblable monument au milieu de la baie ou à Ville-ès-Martin, n’a pu venir que dans la tête de gens ignorants du monument, de ses dimensions, de l’idée qu’il représente. Il y a là une question de proportions et de but que certainement, des gens bien intentionnés ont perdu de vue. »

Et puis bien sûr le monument lui-même fut critiqué : « …il est profondément regrettable qu’on ne fasse pas plus et mieux, quelque chose de grandiose, digne de l’Amérique, de la France, digne de l’occasion qu’on veut célébrer. La France a offert à l’Amérique la « Liberté éclairant le monde » : une contrepartie américaine sous les formes d’un « Aigle Yankee sauvant la Liberté » s’élevant du milieu de l’estuaire, serait éminemment désirable pour Saint-Nazaire. »

Il fut, entre autres, répondu :
« Le monument a été conçu avec l’idée qu’il devait s’élever à cet endroit. Son déplacement lui enlèverait peut-être tout l’attrait qu’il doit avoir et toute la signification qu’il doit comporter. »
« L’emplacement a été choisi d’accord avec les délégués américains, que le dessin en a été fait pour s’harmoniser avec cet endroit du boulevard, et que c’est l’endroit d’où il pourra être vu le mieux de tout, le boulevard de l’avant-port à la pointe de Ville-ès-Martin. »

Pour l’opinion publique la commémoration de l’entente franco-américaine était plutôt bien perçue mais elle était aussi plus critique sur l’idéologie entretenue.
La dette était dans tous les esprits et les Français en subissaient chaque jour les conséquences. Ils avaient le sentiment que les grands mots (patriotisme, union, etc.) laissaient indifférents les Américains et les Anglais et qu’en venant les secourir ils avaient surtout fait une bonne affaire.
Au salon des artistes français, au Grand Palais, en juin 1926, où Mrs. Whitney exposait un plâtre du futur monument, un critique d’art écrivait : « Quand Mme Withney apporte un gigantesque plâtre où sur un aigle, ailes étendues, un soldat américain fait des exercices d’équilibres, et que l’on songe que ce monument, offert à la France, doit être érigé à Saint-Nazaire, on ne peut s’empêcher de dire que c’est un fichu cadeau et que le moindre ducaton ferait bien mieux notre affaire. »

L’article du Courrier de Saint-Nazaire

Le Courrier de Saint-Nazaire faisait paraître, le 12 septembre 1925, un article en français de Mésanger : « Le Monument Américain de Saint-Nazaire » et en anglais : « To our American Friends » de J.-B.Gautreau, illustré par un dessin de René Bougouin, d’après la maquette.
Cet article a été en partie reproduit dans plusieurs journaux parisiens et il y eut de nombreuses citations dans les journaux américains.
Le Conseil municipal de Saint-Nazaire a fait l’acquisition de cinquante numéros du Courrier et les a envoyés à New York, au président de St-Nazaire Memoral Fund, M. Roynon Cholmeley-Jones.
Celui-ci a adressé, en retour, une lettre à Mésanger :

Monsieur,
Mme Whitney m’a montré le numéro du « Courrier de Saint-Nazaire » du 12 septembre, contenant votre très intéressant article sur le monument que la Saint-Nazaire Association va ériger à Saint-Nazaire pour commémorer le débarquement des premiers contingents américains en France et notre service à votre pays durant la Grande Guerre.
Il est certainement très flatteur à notre Association, composée d’hommes et femmes qui ont servi à Saint-Nazaire pendant la guerre, de lire les attentions amicales exprimées dans votre article et de savoir que notre idée de placer un monument à Saint-Nazaire est si bien reçue. Il nous est également très agréable de savoir que le motif symbolique de Mme Whitney, que nous avons choisi pour notre mémorial, est apprécié à sa juste valeur pour sa beauté ainsi que pour l’expression d’amitié qu’il est supposé représenter.
Il y a un point que nous voudrions porter à l’attention de vos lecteurs à savoir que ce mémorial doit être considéré en vérité comme le cadeau du peuple américain. Notre association reçoit, en ce moment, des contributions de tous les coins de notre pays et c’est grâce à ces milliers de petites souscriptions que les fonds nécessaires vont être procurés.
Pour ma part, ayant été à Saint-Nazaire pendant quinze mois, pendant la guerre, je désire exprimer mes remerciements, ainsi que ceux de notre Association pour la réception que notre monument recevra.
« Veuillez agréer, etc…
R. Cholmeley-Jones, Président, – Saint-Nazaire Mémorial Fund,”

CourierSaintNazaireMarqueesSource : Archives départementales de Loire-Atlantique
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