Parole du curé

Puis vint le jour de ma naissance à Nantes en août 1951. Quelques temps après mes parents quittèrent Nantes pour Méan un quartier de Saint-Nazaire.

Avez-vous essayé d’aller aux tréfonds de votre mémoire d’enfant là où seules quelques images subsistent ? J’ai un vague souvenir d’un chat sur une chaise les pattes de devant sur le bord d’une fenêtre. Un autre me vient à l’esprit, j’étais probablement dans ma chaise haute et je tapais sur les timbres d’un réveil avec une cuillère. Aux deux descriptions que je lui fis, ma mère m’a dit qu’elles correspondaient bien à l’époque où nous habitions Méan.

Mes débuts dans la vie furent difficiles. A deux ans, sans l’acharnement d’un jeune médecin tout juste sorti de la faculté, le docteur Samama, ma vie se serait arrêtée là. Il avait diagnostiqué une diphtérie. C’est une angine qui se caractérise par la formation de fausses membranes à l’entrée des voies respiratoires. Elles provoquent l’asphyxie. Par ailleurs les toxines produites par le bacille engendrent des troubles cardiaques. 

Il fallut, d’après ma mère, nettoyer le fond de ma gorge au bleu de méthylène et m’administrer de l’extrait de café pour soutenir le cœur.

Le pharmacien avait refusé de remettre à ma mère les médicaments prescrits considérant qu’ils n’étaient pas adaptés  pour un bébé. Le médecin alla les chercher lui-même. Il passait plusieurs fois par jour pour voir l’état de son petit patient.

On dit que les enfants qui ont lutté pour leur survie révèlent par la suite, dans la vie,  une grande pugnacité, rien ne leur fait peur.

 

Parole du curé

Un troisième garçon ! Mon père, nanti de tous les  papiers nécessaires, filait à bicyclette vers la mairie pour effectuer ma déclaration de naissance.  Quelques minutes auparavant ma mère lui avait fait toutes les recommandations d’usage : « Tu mettras comme deuxième prénom celui de sa future marraine Claude et le troisième Bernard celui du parrain » 

Bientôt, nerveux,  il attendait son tour au bureau de l’Etat Civil.

 

Son tour vint, il présenta les papiers qu’on lui avait remis.

L’employé de mairie commença à écrire en dictant :

« Le dix huit août mil neuf cent cinquante et un, à cinq heures trente minutes, est né Avenue Adrien Delavigne dix neuf : »

L’employé s’adressa à mon père : « Quel est le prénom de l’enfant ? »

Mon père blêmit « Attendez, je ne me souviens plus » dit-il embarrassé « Comment Gaby voulait-elle l’appeler ? Je ne m’en souviens plus »

« Vous vous souvenez plus du prénom de l’enfant ! » dit d’un ton mi-amusé mi-fâché l’employé.

« Le deuxième c’est Claude le nom de sa marraine et le troisième Bernard celui de son parrain mais le premier… »

« Jean, Alain, Patrick, Gérard… » Essaya l’employé

« Non, non, ce n’est pas ça »

« Bernard, Daniel, Christian… »

« Pas du tout… »

A ce moment le curé de Mauves, bien connu de mon père, entra dans le bureau.

Il se précipita vers lui « Monsieur le curé je ne me souviens plus du prénom que Gaby veut donner au petit »

« Oh ! Monsieur Mahé cela vous ressemble bien ! Eh bien appelons le Michel, avec un tel saint patron il se débrouillera toujours dans la vie.  Il va falloir le baptiser rapidement ce petit !»

Parole du curé que pouvait-il faire ? Mon père acquiesça

« Oui, c’est bien Michel »

« Vous, vous êtes sûr, après on ne peut plus le modifier » bredouilla l’employé.

«  Si, si Michel, vous mettez Michel, c’est bien Michel »

Et il continua à écrire  « Michel, Claude, Bernard, du sexe masculin de Marcel… »

Ma mère ne fut pas contente du tout. Elle voulait m’appeler Didier, très en vogue à cette époque.

Elle ne lui tint pas rigueur car ce prénom m’ayant été donné par un prêtre me mettait naturellement… sous la divine protection.
 
 
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