Un achat à la salle des ventes.

Mon père et mon frère Louis furent embauchés dans une usine Le Polystyrène à Saint-Nazaire sur la route de l’Immaculée. La famille s’installa au 4, Boulevard Mermoz au Grand-Marais dans un immeuble neuf issu de la reconstruction.

Là, les images sont plus précises mais pour certaines il se peut encore que mes parents, un peu plus tard, aient rafraichi ma mémoire. 

L’appartement possédait une salle de bain, c’était pour l’époque un gage de grand confort.

Les murs de la salle à manger étaient peints en jaune, je me souviens encore de la marque de la peinture : Bonalo. Le parquet amoureusement entretenu avait fait l’objet d’un essai de vitrification par mon frère et mon père avec un produit de l’usine.  

Ma mère qui adorait chiner, passait son temps à la salle des ventes Aulnette à Saint-Nazaire. Nombre de nos très beaux meubles anciens furent achetés dans cette institution nazairienne.

J’ai encore dans l’oreille le ronronnement de la salamandre et le carillon sonnant les quarts, les demies et les heures en imitant la sonnerie de Big Ben. Mon père, précautionneusement,  remontait le mécanisme des aiguilles et la sonnerie chaque semaine en comptant les tours de clé pour ne pas abimer les ressorts. Son tic-tac rythmait une vie heureuse.

Le carrelage du couloir et de la cuisine était fait de tommettes rouges et j’avais un malin plaisir à laisser tomber mes billes sur celui-ci. Les rebonds successifs exaspéraient nos voisins du dessous.

Le grand essor économique de l’après-guerre favorisait l’apparition d’outils pour aider la ménagère. Mes parents avaient acquis une machine à laver dont la cuve fixe était chauffée avec le gaz. A l’intérieur un batteur vertical en rotation alternative brassait le linge. L’essorage était réalisé en passant le linge entre deux rouleaux, fixés sur la partie supérieure, mus par une manivelle.

 

 

Un achat à la salle des ventes.

Malgré notre déménagement de Méan nous avions conservé notre médecin de famille le docteur Samama. Il faut dire que ma guérison d’une diphtérie impliquait pour toute la famille, et surtout ma mère, une confiance absolue à son diagnostic. Je pense que mon cas a contribué à établir sa notoriété dans le quartier de Méan.       

Dés qu’il avait terminé sa consultation, je l’entrainais par la main dans l’appartement en lui faisant découvrir les dernières acquisitions en mobilier et bibelots de ma mère. Il se prêtait de bonne grâce à ce jeu et m’accompagnait avec un sourire complice et des yeux rieurs.

« Regarde la pendule que maman a acheté à la salle des ventes… Elle est belle hein ? »

Je l’entrainais vers un autre meuble : « Et regarde elle a acheté ceci… Et puis cela aussi… »

 Il se pencha vers moi et d’un ton rieur il me dit :

« Et toi où as-tu été acheté ? 

– Ben à la salle des ventes tiens ! » répondis-je immédiatement.

Ma mère et lui éclatèrent de rire.

Cette petite histoire par la suite me fut très souvent racontée.
 
 
 
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