Commandant Rivière – En mer, vers Cape Town

En mer, vers Cape Town, le 17 décembre 1972.

CarteMondeAnnotéeCapeTown

Voilà ! une nouvelle journée de passée, nous avons quitté Matadi hier matin à dix heures. Le Zaïre et ses berges couvertes de hautes herbes et de forêts inondées nous a fait ses adieux.

Très bonne escale ! surtout la splendide excursion dans les terres à cent kilomètres de Matadi. Ce fut d’abord un défilement de paysages faits de collines avec dans les vallées : des palétuviers, des palmiers, des petits arbustes etc. Le palétuvier est un arbre extraordinaire : ils possèdent des racines aériennes et leurs graines germent sur l’arbre. Elles sont munies d’une flèche avec des ailerons. Lorsqu’elles tombent dans la vase elles s’y fichent fortement.

Puis, nous avons quitté les routes goudronnées pour les pistes poussiéreuses de couleur ocre. Là, de nouvelles images nous attendaient : des villages avec leurs maisons en pisé qui s’harmonisent parfaitement avec le paysage, des enfants qui nous font de grands gestes, une femme portant un enfant dans le dos et un panier sur la tête nous faisant des signes d’amitié. L’Afrique de mon enfance, elle est là ! partout autour de moi !

Nous avons visité une scierie. Les grands arbres sont équarris puis transformés en planches avec de puissantes scies.

Après cette courte halte, nous sommes repartis, toujours un peu plus loin, en direction de la forêt.

La forêt équatoriale, mon rêve de gosse enfin réalisé, elle nous ouvrait, toutes grandes, ses portes : un chemin de traverse, une clairière et commence l’excursion. Un village nous a accueillis tout d’abord, peu de personnes aux heures chaudes de l’après-midi et nullement impressionnées par l’arrivée de soixante militaires en tenue kaki. Plus loin, sur un terrain dégagé, des tracteurs chargeaient d’énormes troncs d’arbres sur un camion. La vue de ces machines ne nous réjouissaient pas vraiment et las de les voir tendre des câbles je revins vers le village.

Mon copain P. discutait avec une villageoise et je me suis mêlé à leur conversation. Elle avait vécu à la ville et était revenue au village pour se marier.

Dans ses bras, se blottissait, un peu apeurée, une adorable petite fille, noire comme de l’ébène, de beaux grand yeux, des cheveux frisés.

Nous engageâmes la conversation sur la vie du village. Elle nous a appris, dans un français parfait, qu’il était autonome, qu’il n’achetait pratiquement rien à l’extérieur ; le manioc est la nourriture de base ; l’eau vient d’une source pas trop loin, près de la forêt.

Dans le courant de la conversation, elle nous a appris qu’il y avait des ananas dans la forêt. P. et moi décidâmes tout de suite d’aller en cueillir.

Les pistes que font les bulldozers lors de l’abattage des troncs d’arbres ne sont pas tellement praticables.  Le climat est assez malsain, l’humidité constante, la chaleur nous accable. De grosses gouttes de sueur coulaient sur notre visage et des mouches venaient retirer un peu de notre sang. Le bord nous avait fourni une tenue de combat kaki et de bonnes chaussures de marche. Ceux qui avaient retiré leur veste étaient couverts de boutons rouges larges comme une pièce de cinq francs.

La boue des pistes contrastait singulièrement avec le vert de la forêt. Nous cherchions en vain des ananas. Nous évoluions dans un univers qui nous était inconnu.  Parfois sur un arbre de profondes rainures faites, pensions-nous ou… peut-être qu’il nous plaisait de le penser, par des griffes acérées de quelques fauves alourdissaient l’atmosphère.

La faune est totalement différente de nos régions et de minuscules insectes peuvent devenir un réel danger. Des fourmis, grandes comme la moitié d’une allumette, se faufilaient entre les feuilles. Mais l’idée que nous étions, P. et moi, au cœur de l’Afrique exaltait notre imagination. Il était évident que nous ne trouverions pas d’ananas au bord des pistes, il fallait avancer dans les hautes herbes, ce que nous fîmes sans trop réfléchir.

Nous sommes arrivés dans une clairière où il y avait tant de fruits que nous n’avions qu’à choisir. Nous décidâmes d’en ramener quatre chacun : de gros fruits aux belles couleurs mais pas tout à fait mûrs.

Un pot d’honneur nous a réunis ensuite chez le propriétaire de la scierie et la route du retour fut bientôt amorcée.

Un dernier au revoir au Zaïre avec ses eaux rougeâtres et limoneuses, un dernier regard sur le Zaïre typique en l’occurrence les femmes chargées de fagots ou de grands paniers pleins de fruits : mangues, bananes, ananas etc., une dernière photo : une femme lavant quelques gamelles dans de l’eau rougeâtre et le retour à travers la ville vers le navire qui m’emportera vers de nouveaux horizons.

Aujourd’hui la vie, à bord, a repris son cours. Nous nous dirigeons vers Cape Town, Le Cap en français.
En mer, vers Cape Town, le 20 décembre 1972.

Aujourd’hui la mer est très mauvaise, 3 ou 4 c’est à dire agitée à peu agitée, avec un vent de 90 km/h. Le bateau roule et tangue à qui mieux mieux ;  je ne suis pas malade ! deviendrais-je un vrai marin ?

Après-demain nous serons à Cape Town. Ah la terre ! c’est si bon !

Peu de chose à te raconter sinon que nous avons vu des otaries. Cape Town est la ville la plus australe du continent africain.

En mer, vers Cape Town, le 21 décembre 1972.

Temps relativement beau, visibilité très bonne, mer 3, voilà la situation à quelques heures avant d’arriver en Afrique du Sud à Cape Town.

Le bateau roule (dix degrés de gîte) le tangage a cessé ou est infime par rapport à hier soir.

Demain vers sept heures trente nous pourrons crier terre et c’est le principal…

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