Marguerite

Petit texte lu à la messe de sépulture de Marguerite, la maman de Marlyse, le 30 juin 2015.

Tu vas nous quitter bientôt et il nous appartient d’honorer ta mémoire. En écrivant ce petit texte, il nous a fallu collecter ce que nous savons, rassembler les éléments d’une vie, somme toute simple et riche à la fois, qui ressemble à celle de tout le monde mais qui nous semble, à nous, unique.

Tu naquis dans la ferme familiale, qui est encore le fief d’une bonne partie de la famille, le Bois-Guy, près de Saint-Jacut-les-pins. Seule fille sur les quatre enfants de la phratrie, tu as eu une enfance ordinaire des enfants de l’époque, rythmée par l’école, les travaux et les jours.
Adolescente, tu fis comme de nombreuses jeunes bretonnes, tu quittas le giron familial pour être placée comme servante à Redon chez un médecin.
Oh ! tu n’allas pas chercher bien loin chercher ton mari, ce fut Joseph, du Bois-Guy, ton voisin, de douze ans ton aîné, menuisier de son état.

Vous vous installâtes à Malansac et Joseph, pour faire bouillir, la marmite vint travailler au Chantier de Penhoët. Au début, il s’installa seul, dans un immeuble de l’entreprise, le Célibat, et faisait le trajet chaque semaine Penhoët-Malansac à bicyclette.
Durant cette période, tu donnas naissance à un garçon et une fille, Marcel et Danièle. Puis toute la petite famille vint s’installer à Trignac, dans une maison à deux pas du Brivet. Là, tu y resteras jusqu’à ton départ à la maison de retraite.

Et la vie s’écoula : une troisième naissance en 1951, Pierrick, qui malheureusement décéda deux ans plus tard, puis, en 1954, tu donnas naissance à Marlyse.

Avec Joseph, tu t’impliquas dans la vie de ton quartier, de ta commune : au comité des fêtes du Pont de Paille, avec Jo Robin, et aussi à l’église car tu étais profondément croyante. Un temps, tu fis le catéchisme aux enfants de ton quartier.

Volontaire, tu passas ton permis de conduire en même temps que ton fils et un peu plus tard, à cinquante ans, tu réalisas un rêve, ton rêve : apprendre à nager.

Puis vint le temps du mariage des enfants, Danièle tout d’abord avec Claude, en 1962, qui donnèrent naissance à Patrick puis, Marcel qui s’unit avec Armelle en 1964, Marlyse avec Michel, en 1973, qui donnèrent vie à Agnès et Hélène.

Succéda les deuils, Joseph, ton mari, nous quitta en 1978, et Marcel, ton fils, en 1980.

Réunissant toute ton énergie pour passer cette période difficile, tu redoublas d’effort : gymnastique plusieurs fois par semaine, marches rapides, très longues promenades à bicyclette – Le Croisic-Saint-Nazaire en mini-vélo, un exploit sportif il me semble ! Et pour se reposer, les longues siestes, sous ton pommier.

Ah ! le jardin, combien il fut important dans ta vie, ressource vivrière au début et entretenu par Joseph, il devint, par la suite, un espace de quiétude et d’agrément et dès six heures du matin on pouvait te voir aller et venir, t’occuper de tes fleurs.

Armelle, n’ayant cesse d’être présente auprès de toi, fit entrer, pour notre plus grande joie, Henri-Noël et Gaël dans notre famille. Gaël devint ainsi ton quatrième petit enfant.

Tu fus une grand-mère formidable, il faut parler des parties de galettes tous les mercredis où d’un geste vif, tu les faisais atterrir avec précision dans notre assiette. Les repas de Noël… si joyeux.
C’est avec plaisir que tu emmenais tes petits enfants à la plage, toujours selon ton bon vouloir, pour des journées non-stop à Porcé. Elles se terminaient toujours par une glace au citron. Ils étaient fourbus, vannés mais si heureux d’avoir une mamie si proche d’eux.

Tu aimais les voyages, et tu as eu cette chance inouïe de traverser un siècle où la technologie a permis de raccourcir le temps pour passer d’un continent à un autre.
Prudente d’abord, une croisière sur le Rhin, puis la Tunisie, Israël, le continent américain et bien d’autres encore…
Je me souviens de quelques-unes de tes découvertes : « La Tunisie… c’est formidable, à l’hôtel, ils ont un jeu de boules…mais tu verrais ça ! », une autre : « Les américains des vrais cons, pas un ne parle le français mais par contre les canadiens, ils sont bien, ils le parlent tous ».

Puis le temps inexorable a fait son œuvre, bientôt les forces t’ont manqué pour t’occuper de ta maison et de ton jardin et tu décidas ton entrée à la maison de retraite Camille Claudel ; là tu trouvas de la compagnie, des gens compétents et aimants ; tu y fus très heureuse. Armelle et Marlyse prenaient grand soin de toi mais bientôt elles se désespéraient : doucement, tu glissais dans un autre monde, parallèle au nôtre, mais si incompréhensible pour nous. Armelle et Marlyse ont déployé beaucoup d’amour pour garder les liens ténus qui de temps en temps les réunissaient.

Voilà, résumé en quelques mots une vie terrienne. Dieu ! nous serions si reconnaissants que tu laisses Marguerite parcourir, à bicyclette, vêtue de son imperméable bleu, de grosses marguerites comme boucles d’oreilles, les chemins de ton Paradis.

Mamie, nous voulons simplement te dire merci, pour tous ces beaux jours passés avec toi.

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