Un mort, trois blessés.

Nos terrains de jeux, liés à notre âge, étaient fort différents. Marcel allait surtout jouer autour et dans un marais, en radeau, non loin de notre domicile, qui sera plus tard le Parc paysager, tandis qu’une placette entre deux immeubles avec un lampadaire en son centre m’était dévolue. Ma mère pouvait ainsi me surveiller de la loggia. Là, mon père m’appris à faire de la bicyclette.

Les jours de pluie nous jouions dans le grenier où une balançoire avait été installée. Marcel y invitait ses amis et parfois j’étais autorisé à rester avec eux. Je me souviens particulièrement d’un  garçon qui m’avait beaucoup impressionné en déclarant qu’il voulait devenir charcutier pour gagner des tas de pièces d’or; Plaise à dieu que son vœu se soit réalisé.  

Je n’ai pas le souvenir qu’on nous offrait des jouets à Noël. Mon père nous en fabriquait. J’ai l’image d’une éolienne dont l’hélice avait habilement été taillée dans du bois avec en son axe un roulement à billes et un garage réalisé avec des  carreaux de plastique blanc rapportés de l’usine.

J’ai très peu de souvenir de Louis de quatorze ans mon ainé si ce n’est qu’il me faisait très peur en faisant le mort et qu’il apprenait à mon frère Marcel à équiper des voitures miniatures d’un moteur à réaction constitué d’un tube d’aspirine et d’une pellicule photographique qui se consumait à l’intérieur.

N’allant pas encore à l’école, je m’initiais à la lecture avec  ma mère : Perlin et Pinpin  les joyeux nains, Titounet et Titounette, Sylvain et Sylvette et leurs compères.

Marcel me faisait aussi jouer avec des mots. Il écrivait à la craie la première lettre et la dernière, les autres étant remplacées par un tiret. Il me fallait les deviner.

C’est à cette époque que je pris conscience de la mort. Le souvenir est très vivace. J’étais dans mon lit et la pensée que je pouvais perdre ma mère m’est venue. J’ai pleuré longuement.

 

 

Un mort, trois blessés.

Je me souviens d’une blague que m’avait faite mon père en lisant son journal. Très concentré sur une des pages il avait dit le plus sérieusement du monde  « Un bébé tue sa mère à coups de biberon ».  J’accourus alors en criant « Où ça, où ça papa, montre », ce qui a bien fait rire mes parents. 

Mais en fait, moi aussi, assez rapidement j’ai fait  mes premières armes pour les canulars.

Je n’allais pas à l’école donc je n’avais pas six ans et j’étais sur le balcon de la porte-fenêtre de la chambre de mes frères. Il donnait sur le Boulevard Mermoz et au loin on apercevait le carrefour de la route menant au moulin du Pé. Je remarquai un attroupement au milieu de celui-ci et bien vite je courus vers ma mère qui reprisait dans la salle de séjour et lui annonçait fièrement « Un mort, trois blessés »  « Où » me demanda-t-elle ?  « Là-bas » répondis-je et je l’emmenai sur le balcon.

Lorsqu’elle vit l’attroupement, sans réfléchir, elle me prit dans les bras et descendit prévenir notre voisine du dessous Mme A. Cette dernière courut pour aller aux nouvelles.

Elle revint un peu dépitée. C’était un accident sans gravité. Ma mère était un peu gênée mais « Mon fils quelle imagination » se disait-elle
 sans doute.
 
 
 

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