Monsieur le Ministre

Monsieur le Ministre,  (1990)

Ce soir là je revenais de Paris dans le TGV. La journée avais  été rude et j’appréciais le confort de cette merveilleuse machine. Nous filions à vive allure. Nous étions peu nombreux dans cette voiture de première classe, il est vrai que nous étions en milieu de semaine  bien loin de l’affluence à l’approche d’un weekend car alors nombreux sont les « provinciaux » qui rentrent chez eux.

J’occupais un siège côté allée. En vis à vis, côté fenêtre Monsieur le Ministre G. consultait  un dossier et l’annotait d’une écriture nerveuse.

Le bruit si caractéristique de l’ouverture pneumatique de la porte coulissante en verre à l’extrémité de la voiture me fit tourner la tête. Un homme bien mis dan un costume gris clair et serviette de cuir sous le bras traversa l’allée centrale d’un pas pressé et se glissa près de lui.

« Bonjour Monsieur le Ministre » dit-il d’une manière déférente

Celui-ci tourna la tête vers lui, sans un mot le pria de s’assoir d’un simple geste de la main.

« Je souhaite vous entretenir d’un problème… » Et s’ensuivit un long monologue à mi-voix   où il était question d’une fermeture de classe, de parents d’élèves qui menaçaient d’occuper l’école…

Le ministre notait, sans un mot, parfois il dodelinait de la tête soit pour acquiescer, soit pour montrer son scepticisme. A la fin d’un simple geste de la main il fit comprendre que l’entretien était terminé.

L’homme se leva effectua quelques courbettes et lui dit obséquieusement :

« Merci Monsieur le Ministre, merci beaucoup. »

A peine fut-il parti qu’une dame plutôt jolie dans un tailleur très chic  vint elle aussi le solliciter.

« Bonjour Monsieur le Ministre, minauda-t-elle, j’avais remarqué votre présence dans ce train à Montparnasse et je me suis dit que c’était peut être le moment de vous parler de quelques difficultés que nous rencontrons dans notre commune. »

Monsieur le Ministre, malgré sa  forte corpulence, esquissa un mouvement pour se lever.

« Mais bien sûr chère madame, je vous en prie, asseyez-vous. Que puis-je pour vous?

S’ensuivit, là aussi, une longue explication ponctuée par des hochements de tête du ministre. La jupe plutôt courte sur ses jambes croisées, légèrement penchée vers son interlocuteur. Notre notable était, il me semble, subjugué par la valeur de ses arguments.

A la fin elle se leva, tendit la main, il esquissa un baisemain et lui dit:

« Je vais voir ce que je peux faire chère madame.

– Je savais que je pouvais compter sur vous Monsieur le Ministre. »

Ce manège m’amusait beaucoup et j’avais presque oublié la décence, la réserve naturelle  que l’on prend dans ce genre de situation où courtoisement on se plonge dans des pensées ou dans un livre en feignant de ne pas écouter.

Notre bon curé P. au catéchisme ne cessait de répéter « La confession est un rendez-vous  avec Dieu et il vous accueille avec toute sa bonté ». Il me semble, dans le cas présent,  qu’être jolie femme facilitait grandement les choses.

Quelques personnes attendaient  leur tour  en guettant, derrière la porte en verre, le prochain départ d’un solliciteur.

Nous arrivions à Nantes lorsque le dernier fidèle avait obtenu l’absolution.

Monsieur le Ministre aimait être le centre du monde et cela le dérangeait qu’un quidam dans son environnement immédiat ne s’intéressât pas à lui.

Il me lança :

« Vous savez qui je suis ?

– Bien sûr Monsieur le Ministre, mais je suis vraiment désolé… je n’ai absolument rien  à vous demander. »

Il  émit un petit rire en remuant ses larges épaules. Monsieur le Ministre a le sens de l’humour…

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