Une histoire simple (2000)

Une histoire simple 

A quelques jours de Noël, il me prend l’envie d’écrire une des histoires qui a eu le plus d’influence dans ma vie. Je n’ai pas eu à réfléchir très longtemps, celle-ci s’est imposée naturellement.

C’était il y a une dizaine d’années, un matin, j’étais à mon bureau lorsque Ambre* la jeune stagiaire qui m’aidait alors à mettre en place des actions de communication au sein de l’atelier entra en trombe.

« Bonjour Monsieur, j’ai quelque chose à vous raconter ! »

« Ah, alors raconte »

Avant d’avoir enlevé son manteau et posé son sac, elle s’assit en face de moi sur une des chaises réservées aux visiteurs et commença son histoire. A son air, elle devait être extraordinaire :

« Je prends, tous les matins, mon train à la gare de Nantes et j’ai tout juste le temps de prendre un café au distributeur automatique. Et, tous les matins, je paie un café à un sans-abri installé, juste à côté, sur un banc. On se dit quelques mots et je cours prendre mon train.

Ce matin, devant le distributeur, je cherchais mon porte-monnaie, pas moyen de le trouver, je l’ai oublié à la maison et vous savez: C’est le sans-abri qui me l’a payé. »

Il m’a dit : « Aujourd’hui, Demoiselle, c’est moi qui paie le café ! »

Elle attendit ma réaction.

« Et bien il est sympa ton sans-abri, très sympa, tu sais que c’est ce matin que tu présentes, dans l’amphi, le plan communication de l’atelier aux étudiants de Centrale Nantes. »

« Je suis prête Monsieur, mais mon histoire n’a pas l’air de vous intéresser ! » dit-elle déçue.

« Si, si c’est sympa, très sympa… »

A mon air perplexe elle dit :

« Pourtant je vous assure… »

Mais se ravisa et s’installa à son bureau.

Je me remis à travailler mais l’idée s’est inscrite dans un petit coin de mon cerveau et c’est un plus tard que j’ai compris la signification et la profondeur de cette simple histoire. Dans ce monde où « L’amitié la plus désintéressée n’est qu’un commerce où notre amour propre se propose toujours quelque chose à gagner. » comme le disait si bien La Rochefoucauld, là dans ce petit geste quotidien nous avons le parfait exemple d’altruiste le plus pur et le dénouement de l’histoire marque, pour notre sans-abri, sa manière d’exprimer sûrement sa reconnaissance mais d’abord son existence.

Histoire simple me direz-vous, vous avez raison, mais elle a prit une grande place plus tard, dans mon modèle de pensée. Au concept de charité de nombreuses organisations où j’applique, sans hésiter, la citation ci-dessus, j’oppose le concept de charité de l’abbé Pierre et de ses compagnons d’Emmaüs où, le travail de l’homme, l’existence de l’homme, dans la société est le pivot central.

Et de temps en temps avec quelques amis, lorsque la soirée s’éternise et comme à nos vingt ans nous refaisons le monde, je raconte l’aventure d’Ambre et du sans-abri ; Elle génère toujours de l’intérêt et elle est toujours suivie d’une discussion intéressante.

* Prénom modifié

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