Cafteuse! (1982 – 1983)

Cafteuse! (1982 – 1983)

On leur a offert un chiot, un berger allemand, que mon père a appelé Max: souvenir de ses cinq années de captivité en Allemagne* durant la seconde guerre mondiale,. Le petit mâle désiré s’avéra après coup être une femelle: ils l’appelèrent Maximilienne mais conserva Max comme diminutif.

Tous les après-midi, il faisait avec Max le même parcours:  de la rue d’Aumale à Montmartre, quartier qu’il affectionnait particulièrement, ponctué d’arrêts dans quelques bars et cafés pour reposer leur corps fatigué.
Papa avait  soigné son dressage, elle ne tirait pas, marchait presque collée à la jambe de son maître.
Ce personnage affable, bien mis et son chien firent bientôt partie du paysage des quartiers traversés. Au cours du temps, il s’y était fait beaucoup d’amis et rencontré quelques personnalités dont , quelque temps avant qu’elle ne décède, Lucienne Boyer, célèbre chanteuse des années trente avec son “Parler moi d’amour”.

Cet après-midi là, papa ne se sentait pas bien. Il avait le coeur fragile mais, à notre grand dam, il ne voulait plus prendre ses médicaments: il les avait identifiés comme: la cause principale des problèmes pour honorer consciencieusement sa nouvelle épouse.  Monique se proposa de sortir la chienne.

Dès la fermeture de la lourde porte, Max s’engagea sur son parcours habituel. Monique se félicitait d’avoir un si bel animal, si obéissant. Il n’était pas nécessaire de serrer la laisse. Nombreux étaient les passants qui se retournaient sur un aussi bel équipage.
Après quelques centaines de mètres, sans qu’elle ait prévenu, Max s’échappa et s’engouffra dans un bar aux portes largement ouvertes; surprise, Monique avait laissé échapper la laisse. Dans le café elle entendit un client s’exclamer:
“Tiens voilà Max!”
Sur le pas de la porte, gênée, Monique la chercha du regard; elle la vit sagement assise près d’une petite table au fond de la salle. Pour ne pas se donner en spectacle, elle alla sans précipitation s’y asseoir.
“Bonjour Max, dit un garçon de café en gratouillant le dessus de sa tête, mais où est ton maître?”
“Ainsi, pensa-t-elle, c’est ici qu’il passe ses après-midi…”
“Que désirez-vous Madame? demanda le garçon.
— Un café, s’il vous plaît. Il me semble que vous connaissez bien Max?
— Bien sûr, on ne la voit jamais sans son maître. Est-il malade?
— Un petit coup de fatigue simplement, rassura Monique.”
Après cet épisode, l’équipage continua sa balade. Maintenant  à l’approche d’un bar, elle se méfiait. Trois fois la chienne eut ce même mouvement de reconnaissance d’un lieu familier.
Lorsqu’ils furent rentrés à l’appartement. Papa dut s’expliquer:
“Se balader avec elle est vraiment très agréable, dit Monique mi-figue, mi-raisin, d’autant plus qu’elle a eu la gentillesse de me montrer toutes tes “pauses”, elle insista fortement sur ce mot.
— Nous nous reposons, n’est-ce pas ma belle, dit-il en caressant Max, et puis j’aime bien l’atmosphère des cafés. Avec elle il y a toujours quelqu’un qui vient discuter, un enfant la caresser; je regarde les gens vivre et on en voit des choses…”
Papa se tourna vers sa chienne, lui caressa le haut de la tête:
“Cafteuse! Tu ne sais même pas garder un secret. Mais je t’aime quand même…”

*  Une veillée particulière

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