Fin lettré – Deuxième partie (1980 – 1981)

Fin lettré – Deuxième partie (1980 – 1981)

Ils se marièrent à Saint-Brévin  et nombreux furent les parents, dont quelques personnalités, qui  envoyèrent leurs félicitations aux nouveaux mariés; certains avaient eu Monique comme professeure. Papa laissa son appartement, avenue de Mindin, pour vivre à Paris.
D’une nature joviale, il s’adaptait à toutes les situations et avait un sens inné de la communication. En une quinzaine de jours, il avait fait la connaissance des habitants de l’immeuble et des commerçants de son nouveau quartier.

Tous les samedis, à midi, il allait chercher Monique à la sortie du cours Hattemer. En parfait gentleman, il s’habillait pour cette occasion: d’un costume bleu marine avec petit gilet, chemise blanche, cravate et d’un pardessus gris.  La première fois qu’il se présenta à la sortie du cours, les mamans qui attendaient leurs enfants voulurent absolument faire connaissance avec l’heureux élu.
Elles souhaitèrent tout savoir sur sa vie: sur ce point il resta plutôt vague, et sur ses loisirs: il leur affirma qu’il partageait avec Monique le goût de la lecture. Affirmation quelque peu exagérée: pour ma part, je n’ai pas souvenance de l’avoir vu ouvrir un livre.

“Avez-vous lu le dernier livre de M. d’Ormesson*? Il est vraiment excellent. Vous devriez le lire dit une mère d’élève ravie par la bonne présentation de mon père.
– Avec tous ces changements dans ma vie je n’ai guère eu le temps de me consacrer à la lecture mais je vous promets de le lire et nous pourrons en discuter.” répondit-il.

Le voilà contraint à une étude de texte. Il en parla à Monique qui, en riant, l’invita à parcourir l’ouvrage.
Il poussa la porte de la petite librairie de son quartier tenue par un passionné qui aimait partager ses connaissances, conseiller ses lecteurs.
Il demanda l’ouvrage et s’empressa de lire la présentation de l’éditeur sur la quatrième de couverture.
– Puis-je vous aider?  C’est un excellent livre, dit le brave homme s’enquérant des besoins de mon père.
– Pouvez-vous m’en parler pour que je puisse me faire une idée?”
Le libraire, tout heureux de pouvoir rendre service, partit sur une longue analyse de l’ouvrage, fit même quelques reproches sur certains chapitres. Papa écouta avec grand intérêt, se fit expliquer certains termes.
Le samedi suivant, dès son arrivée, notre mère d’élève revint discuter.
“Alors M. Mahé, avez-vous lu le livre?
– Eh bien, voyez-vous j’ai beaucoup aimé bien que certains chapitres…et il répéta du mieux qu’il pût ce que le brave libraire lui avait dit.
– Nous étions persuadés que notre professeure ne pouvait se marier qu’avec un amoureux des belles-lettres. Vous savez, je suis tellement désolée de voir tous ces personnes qui ont perdu le goût de la lecture.
– Je partage votre sentiment et j’en suis, moi aussi, consterné…

* J’ignore quel était l’auteur du fameux livre mais j’aime bien M. d’Ormesson.

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