A Paris, dans le métro (2001)

A Paris, dans le métro (2001)

Chaque année nous nous retrouvons, début juillet, à Piriac-sur-Mer pour un après-midi entre amis;  je précise même «entre amicalistes» c’est à dire que nous étions ou sommes tous membres de l’Amicale Laïque de Montoir-de-Bretagne. Plusieurs d’entre nous ont fait ou font du théâtre dans cette association et de ce fait ont la répartie facile et savent immédiatement tirer partie d’une situation.
La journée est des plus agréable, déjeuner dans le jardin, chacun apportant une salade et un dessert, les grillades sont offertes par nos hôtes : Mikaela* et Per*.  Puis farniente pour certains et pour les autres : balade sur le sentier des douaniers, baignade à la plage de Porth-Er-Stêr, puis nous terminons par le dîner qui peut se prolonger fort tard.
Pendant le déjeuner, nous avons découvert que nous étions trois couples souhaitant passer un week-end à Paris. Pourquoi ne pas y aller ensemble ?

C’est pourquoi une semaine après nous étions, Mikaela*, Gwenn*, Marlyse, Per*, Denez* et moi,  dans une rame du  métro, en rond assis sur nos valises. L’ambiance était joyeuse et contrastait avec la mine triste des parisiens.

«Eh ben dis donc ! c’est incroyable ! commença Denez, voilà bientôt dix minutes qu’il ne s’est rien passé !»
Mikaela se tourna vers moi :
«C’est vrai, d’habitude lorsque tu es avec nous, il y a toujours un début de catastrophe.»
Voilà nos théâtreux partis sur une improvisation. J’adore ce genre et je prends toujours beaucoup de plaisir à participer…
« Vous vous souvenez, continua Per, en Allemagne, à Hambourg, lorsque l’avion a failli louper son atterrissage à cause d’un vent de travers très violent.
– Oh là là !  renchérit Mikaela avec force gestes, l’avion est arrivé en crabe. Il a rebondi sur la piste violemment sur son train droit ; je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. »
Tout le monde acquiesçait.
« C’est vrai, depuis ce jour là, j’appréhende de monter dans un avion, ajouta Denez.»
Les voyageurs autour de nous écoutaient. Pour votre gouverne : Marlyse et moi n’étions jamais allés en avion avec eux.
«Vous êtes méchants, dis-je, jusqu’à maintenant, vous en conviendrez, il n’y a jamais eu de victimes.
– Ah ça c’est vrai ! il a raison, dit Gwenn, jamais de victimes… jusqu’à présent… mais un jour ou l’autre.»

C’est alors qu’aux haut-parleurs de la rame on entendit le message :
«Mesdames et messieurs votre attention s’il vous plaît. Pour des raisons techniques nous ne pouvons plus assurer votre sécurité. Tous les voyageurs sont invités à descendre au prochain arrêt.»
Nous éclatâmes de rire.

«Ah ben voilà ! on se demandait aussi.
– Tu n’as pas failli à ta réputation !»
Ceux qui ne rigolaient pas c’étaient les voyageurs autour de nous. Certains étaient un peu nerveux. Nous descendîmes sur le quai sous leurs regards hostiles.
Alors une femme d’un âge certain, veste et jupe pied-de-poule, chemisier blanc, serviette de cuir à la main, vint me trouver :
«Bonjour Monsieur, pourrais-je vous demander un service ?
– Bonjour Madame, bien sûr, que puis-je pour vous ?
Elle avait une voix douce mais avec la fermeté des décideurs qui contrastait  avec la détresse que je lisais sur son visage.
– Voilà je suis chef d’entreprise et j’ai rendez-vous dans un quart d’heure pour signer un très important contrat. Il y va de la survie de mon entreprise.
– Eh alors… je ne vois pas… comment ? balbutiai-je.
– Pourriez-vous avoir la gentillesse de prendre la rame suivante s’il vous plaît, simplement pour me rassurer, je vous en serais infiniment reconnaissant… »
Devant cette supplique, nous sommes restés sur le quai, conscients que ces quelques minutes d’attente seront bénéfiques pour notre économie nationale…

Est-ce le jour même ou le jour suivant, peu importe, nous étions là aussi dans le métro et je fis part à mes amis d’une idée :
«Vous savez, ce serait drôle de se lever et de dire avec l’accent du midi :
«Bonjour, je m’appelle Michel et je vais passer parmi vous pour vous demander une petite pièce pour payer, ce soir, l’apéro aux copains.»
– Eh bien qu’attends-tu pour le faire ! dit Mikaela, toujours prête à tenir un pari.»
Bien sûr tous m’encouragèrent :
«Allez ! allez ! vas-y ! vas-y!»
Je me levai et alors à la seconde ou j’allai ouvrir la bouche nous entendîmes la voix monocorde d’une femme dans le fond de la rame :
« Bonjour je m’appelle Madeleine et je vais passer parmi vous pour vous demander…»
Nous éclatâmes de rire et Denez me dit :
«Ah la concurrence ! Tu vois, même ce créneau est bouché…»

* Prénom inventé

Cet article est dédié à Gwenn, notre amie et institutrice de nos enfants, qui nous a quittés en 2011.

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