De Toulon vers Santa Cruz de Tenerife

De Toulon vers Santa Cruz de Tenerife

En mer, le 23 novembre 1972 vers Santa Cruz (Canaries)

 CarteMondeAnnotéeSantaCruz

C’est fini, nous sommes partis. Il est environ 22 heures, tout est calme à bord sauf le bruit des moteurs et les vibrations qu’ils produisent.

Ce matin à dix heures, le Commandant Rivière a quitté majestueusement le quai. Quelques minutes avant, parents, femmes, enfants, fiancées, amis ont quitté le bord.

Au P.C. sécurité, pendant le poste de manœuvres, le lieutenant nous a rapporté que son grand-père, âgé de soixante douze ans, lui a dit sur le quai : “Quand tu reviendras je ne serai peut-être plus de ce monde”. Cela nous a ému.

La musique de la flotte, sur le quai, a joué plusieurs morceaux et lorsque le navire a appareillé, le “Ce n’est qu’un au-revoir mes frères.” a retenti. J’ai senti des picotements dans les yeux, j’ai eu quelques problèmes à retenir mes larmes.

Ensuite nous sommes allés déjeuner, un bon repas d’ailleurs : charcuterie, bouchée à la reine, truite aux amandes, escalope avec des frittes et gâteau.

Maintenant la vie à bord a repris son cours. Quelle drôle de vie que celle de marin, faite de joies mais aussi de vagues… à l’âme.

En mer, le 24 novembre 1972 vers Santa Cruz (Canaries)

Si tu me voyais, tu te tordrais de rire ! Je suis affublé d’un grand short qui me descend trois doigts au-dessus des genoux. Ce n’est pas très coquet.

La campagne est commencée, lundi nous serons à Santa Cruz de Ténériffe dans les îles Canaries.

Nous avons eu une conférence à bord par un officier sur ces îles et en particulier sur l’île de Tenerife. Tout ce que j’ai retenu c’est qu’il y a qu’une seule route praticable.

J’essaierai le mieux possible de te décrire ce que je vais voir.

Demain matin nous franchissons le détroit de Gibraltar à 8h00. C’est un enchantement pour les yeux, l’ayant déjà  franchi une fois. Des marsouins suivent le bateau, la mer fait le gros dos, je te raconterai tout cela demain.

La journée a été bonne dans l’ensemble, une mer calme, du soleil, une douce chaleur et peu de…boulot.

La dernière image que nous ayons eu de la France c’est un massif montagneux perdu dans la brume du petit matin, ensuite les côtes espagnoles ont fait place.

Peut-être demain matin pourrai-je voir les minarets sur les côtes Marocaine comme la dernière fois.

La nuit tombée, nous avons eu cinéma à la cafétéria, “Les as d’Oxford” avec Laurel et Hardy, c’était très bon, j’ai bien ri.

Comment vont tes parents ? bien je suppose; tu les embrasseras bien de ma part car je les aime bien; ils sont si gentils et je pense que ma belle-mère doit trouver drôle de ne plus avoir un futur gendre qui l’embête tout le temps.

J’ai suivi ton conseil, je vais mettre quatre ou cinq lettres dans la même enveloppe, c’est économique et pratique en même temps.

Je suis impatient d’être à la prochaine escale pour avoir des nouvelles de toi. En ce moment tout le monde dort et je suis seul dans notre avant-poste, notre salon si tu préfères. J’ai un peu le cafard en t’écrivant des images viennent à mon esprit faites de bonheur et de joie passés. Je suppose que vous vous réunissez au coin du feu dans la salle à manger comme l’an dernier. La banquette doit trouver drôle de ne plus avoir ses amoureux sur ses coussins ! Elle doit être un peu triste. Une pensée m’effleure : les meubles qui nous entourent sont peut-être des entités doués de sensibilité.

 

En mer, le 24 novembre 1972 vers Santa-Cruz (Canaries)

Ma deuxième journée de campagne vient de se terminer. J’arrive du cinéma où il passait un film avec Maurice Biraud, Louis de Funès et Francis Blanche. Cela me détend beaucoup, la journée a été rude car il fallait récupérer de l’argent parmi les mécaniciens et c’était tout un micmac.

Nous avons passé le détroit de Gibraltar vers 9h00, je crois. La mer est houleuse car un océan et une mer s’y rencontrent. Pas un dauphin, ni un marsouin est venu jouer avec le bateau. C’est dommage car ces cétacés sont magnifiques.

A 13h00 nous sommes passés de l’heure alpha à l’heure zoulou, c’est à dire que nous avons une heure de différence avec toi. Quand il est midi pour toi il est 11h00 pour nous. Pour certains c’était agréable car la sieste a été prolongée.

Demain c’est dimanche et je vais en profiter pour ramasser un peu d’argent*, c’est toujours agréable d’avoir quelques centimes en poche.

Après déjeuner avec mon copain Daniel (le Sako**) je suis allé essayer une tenue de plongée car, à Santa-Cruz,  nous avons décidé de faire un peu de plongée sous-marine***. Je vais me faire prendre en photo**** avec palmes, bouteilles etc.

Mardi je vais faire une promenade au pic du Teide aux Canaries, là je vais prendre beaucoup de photos.

* J’avais mis en place un service de repassage.

** Fusilier marin chargé de la discipline sous les ordres du capitaine d’armes (le bidel).

*** Il ne manque pas d’air le Michel, lui qui est un piètre nageur.

**** C’est déjà plus raisonnable.

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