Commandant Rivière – En mer, vers Dakar

En mer, le 29 novembre 1972 vers Dakar

CarteMondeAnnotéeDakar

Nous avons repris la mer ce matin à 10 h, c’était ma première escale, vendredi nous serons à Dakar. J’imagine que pour toi, partir ainsi en bateau, c’est un rêve ; je pensais de même lorsque j’étais civil maintenant ce n’est plus la même chose ; je prends cela d’une façon assez indifférente, quel bizarre changement d’attitude ne trouves-tu pas ? L’être humain est ainsi, il rêve à quelque chose et lorsqu’il l’obtient cela ne l’intéresse plus. C’est le fait, peut-être, que je suis sur une mer uniforme et que toutes les terres de loin se ressemblent.

Nous sommes au large des côtes d’Afrique, la mer est assez calme, le bateau bouge un peu et c’est assez désagréable pour écrire. La journée a été bonne dans l’ensemble, une journée de mer… elle ressemble à tant d’autres.

Nous avons vu un bon film comique, une parodie de l’armée, nous avons bien ri, cela détend tellement. Maintenant je vais dormir, rien de telle qu’une bonne nuit pour avoir la forme.

Je continue à gagner un peu d’argent en repassant les tenues ; ce soir pas grand chose 3 F 50 mais demain ça va être le grand boum, j’espère me faire environ 50 F de quoi acheter des cartes et visiter la ville.

En mer, le 30 novembre 1972 vers Dakar

J’étais en plein repassage quand un gars est venu repasser sa tenue. Je lui ai laissé ma place et pris mon bloc, mon stylo : je suis en communication avec toi.

À Dakar, je vais envoyer deux pellicules diapos chez moi. Peut-être trois. Tu iras les voir et tu me diras ce que tu en penses.

Nous arrivons à Dakar demain vers 11 h. Il paraît que c’est un beau pays, les marchés surtout riches en couleur. Je vais aller faire deux excursions : N’gazobil où on mangera un petit cochon de lait, N’gor, un méchoui.

Je te raconterai tout cela. Peut être un jour irons-nous tous les deux parcourir tous ces horizons ? c’est un rêve, le rêve ne coûte pas cher ne crois-tu pas ?

Que fais-tu ? quel temps fait-il ? tu ne m’en parles jamais, je sais que tu es d’un naturel peu bavarde mais décris moi cet univers qui t’entoure ; c’est si bon de savoir comment est son pays…

La chaleur se fait de plus en plus sentir, il faisait 47°C dans les machines hier midi et ce soir d’après la radio il faisait à Dakar à 18 h 26°C (à l’ombre).

Nous allons commencer à prendre des cachets contre le paludisme.

La mer a pris une autre teinte. C’est incroyable les couleurs que prend la mer, je pensais qu’elle avait toujours la même couleur. Eh non ! c’est un changement de ton allant du vert au bleu.

Nous avons croisé vers 13h des chalutiers russes qui pêchaient au large du Cap Blanc. Ils chalutaient par l’arrière et l’on pouvait voir leurs câbles tendus vers les profondeurs.

Peu de chose d’autre s’est passé dans la journée : le travail, la bouffe (couscous), la sieste, le travail et la soirée consacrée au repassage pour payer les pellicules….La tenue de manœuvre est le short blanc et chemisette, certains ne vont pas montrer leurs genoux au soleil ou si peu…*

À part cela rien de neuf, je t’ai tout dit.

Le copain vient de me prévenir que je peux continuer…

Je reprends mon stylo car un autre gars a pris la place : bof ! ils ne veulent pas que je repasse leur tenue : pas assez d’argent ! ils ont touchés 1500 F il y a dix jours, ils ont tout dépensé à Santa Cruz en caméras, électrophones, magnétophones etc. Ils ne sont pas à plaindre.

Comment est la campagne par chez nous ? raconte-moi, c’est si bon. Comment vont Marcel et Armelle, Thalie** et leur petit chat ? Comment va Moyon*** ? Passe-t-il une bonne retraite? Toutes ces choses que j’ai laissées et qui me reviennent à la mémoire. Je revois la rue, chez moi là-bas : les gosses jouent sur le trottoir, Mirse**** gambade sur l’herbe, mon père part aux commissions, le vélomoteur est appuyé contre la haie, la vie continue, lentement patiemment, bientôt je vais revoir cet univers.

Bon je reprends mon repassage…

* Un brin obsessionnelle cette affaire de longueur de short.

** Une chienne boxer bringée.

*** Le voisin des parents à Marlyse.

**** La chienne de maman.* Il me semble que c’est plutôt quatre-cent degrés.

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