En forêt équatoriale, au Zaïre (Décembre 1972)

En forêt équatoriale, au  Zaïre (Décembre 1972)

CarteMondeAnnotéeMatadi

Nous étions soixante, soixante marins du glorieux Commandant Rivière en parka kaki et bonnes chaussures qui, après avoir visité une scierie où de grosses grumes sont équarries et sciées en tranches épaisses, se sont enfoncés  dans la forêt équatoriale sur une piste marquée par de profondes et larges ornières.

Bientôt,  nous traversâmes un village installé dans une clairière, à cette heure, pas âme qui vive ; c’est le campement des forestiers pensai-je ; puis, plus avant,  nous nous sommes engagés dans une trouée faite par un bulldozer dans le mur végétal.

Notre guide nous menait vers des bruits de machines ; ils devenaient de plus en plus forts, nous approchions du but de notre visite : un chantier d’abattage.

Sur une plateforme située à environ un mètre cinquante du sol, deux noirs de forte stature, torses nus, ruisselants de sueur attaquaient la base d’un arbre d’un fort diamètre avec de lourdes cognées. Notre guide nous expliqua la manœuvre et nous mena ensuite dans un autre secteur pour voir le chargement, sur un camion, des grumes récemment abattues.

MatadiAbattageArbreAbattage d’une arbre (Photo du web)

Las de voir des bulldozers tendent des câbles, je décidai de revenir vers le village avec deux camarades.

Debout, P., l’animateur du bord, était en conversation avec une villageoise assise sur le pas de la porte d’une grande case. Elle tenait dans ses bras une petite fille qui, apeurée par notre arrivée, cacha son visage contre sa poitrine. La jeune femme était très jolie et parlait un français parfait.

Ils continuèrent tous deux leur conversation. P. posait des questions, elle répondait gentiment. Nous apprîmes qu’elle avait vécu en France, qu’elle était revenue pour se marier, qu’elle était l’institutrice dans ce village et que nous étions devant l’école.

Cette discussion était très intéressante et nous apprîmes ainsi moult détails sur la vie en brousse.

Petit à petit les excursionnistes revenaient par petits groupes. Parmi ceux-ci il y avait T., bon camarade, un peu macho, dragueur invétéré et ne pouvant supporter la présence d’un jupon sans qu’il lui fasse immédiatement une cour… pressante avec un humour… pas toujours… de bon goût. Il aborda la demoiselle, sans ménagement, avec sa  gouaille habituelle :

«  Toi y en a habiter le village ? »

Pendant une seconde, tous, nous nous sentîmes quelque peu embarrassés.

Probablement habituée à ce genre de comportement la femme le regarda droit dans les yeux et lui dit d’une voix posée, mais ferme :

« Monsieur… il est inutile d’employer avec moi cette manière ridicule pour me parler. J’ai fait toute mes études à Paris ! à la Sorbonne ! et je suis titulaire d’un licence de grammaire. »

Le ton qu’elle prit, l’assurance de cette belle jeune femme eut raison de notre marin ; il n’insista pas ; il tourna les talons…

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