Le petit cadeau (Audio)

Note de l’auteur : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Fichier Audio : Le petit cadeau

Le petit cadeau

Il pleut  sur la ville, une petite pluie fine mais pénétrante. Ça guenasse, pensa IL en fermant la porte d’entrée de son petit pavillon dans le quartier du port. Il sourit, c’était l’expression favorite de sa grand-mère Félicité. Il se voit enfant sur le parvis de l’église de son village natal avec sa grand-mère disant au curé : « Il ne pleut pas Monsieur le curé, ça guenasse tout au plus.».

Il remonta le col de son imperméable, ajusta sa casquette et se dirigea d’un pas alerte vers le centre-ville en traversant le pont levant. Les grues du port, peintes en jaune, se détachaient sur le gris des nuages.  Il s’engagea dans l’avenue menant à l’hôtel de ville. Elle était déserte. Le vent faisait tourbillonner, virevolter les feuilles jaunies et, lorsqu’il avait fini de jouer avec, il les entassait sous les porches, autour des arbres, dans les caniveaux. Bientôt IL s’engagea dans l’avenue principale. Elle aussi était déserte. Le souffle du vent se fit alors plus fort car aucun obstacle ne l’arrêtait. Il lui fouettait le visage. Quel temps de chien ! pensa-t-il.

Il poussa la porte d’un magasin, d’un curieux magasin. Était-ce une épicerie de quartier, une droguerie, un magasin de farces et attrapes ? il était tout cela à la fois. On y louait même des vêtements, des déguisements dans l’appartement au-dessus.

Résultat de l’achat successif de différents locaux contigus, l’unique allée suivait, de la porte d’entrée à la caisse, la configuration du magasin. Le client passait ainsi devant tous les rayons sans avoir la possibilité de revenir en arrière.

On s’y croisait avec peine tant l’allée était étroite et ponctuée de quelques marches au passage des différents niveaux. IL parcourut le labyrinthe, s’arrêta à la caisse :

« Avez-reçu reçu ma commande ?

– Oui, Monsieur elle est arrivée. » répondit le patron en blouse grise et un mégot collé à la lèvre supérieure. Il fouilla sous le comptoir en sortit une boite en carton, l’ouvrit et présenta l’objet.

« Il est magnifique, vraiment magnifique, s’exclama  IL, les couleurs sont parfaites, quel réalisme, on dirait vraiment un vrai.

– C’est vrai, il est magnifique. J’ai eu un mal fou à me le procurer, répondit le patron. Seuls les japonais peuvent avoir une telle qualité. Il est un peu cher…

– Oui je sais, les années précédentes je le prenais en plastique mais dix ans cela se fête. Je me suis dit que je pouvais passer, pour une fois, à la qualité supérieure.

– Je vous fais un papier cadeau ?

– Non, non c’est inutile, je vais le déposer tout de suite. »

Il paya et sortit. La pluie avait cessé. Il pressa le pas vers le cimetière situé à quelques rues de là. Il poussa la lourde porte en fer forgé. Elle s’ouvrit sans un grincement. Ici et là dans les allées, quelques vieilles personnes nettoyaient et fleurissaient les tombes pour la Toussaint.

Une main dans la poche de son imperméable, le paquet dans l’autre il se dirigea vers le bas du cimetière, s’arrêta devant une tombe, sortit l’objet et le déposa délicatement sur la froide pierre tombale, recula un peu, admira l’effet, revint et modifia quelque peu la position. Considérant que l’objet était à sa place il commença un petit monologue :

« Tiens ! je t’ai apporté ton petit cadeau salopard. Tu remarqueras que cette année j’ai fait un petit effort. Celui-ci est d’un réalisme déconcertant.

Dix ans déjà ! dix ans que tu es, j’espère, en enfer. Tu n’as pas profité de ta retraite ! Dieu est juste ! Tu m’as tellement fait chier quand j’étais au boulot. Tu te souviens ! je me battais comme un fou avec mon garçon malade. J’étais à l’époque aux abois, tu le savais et tu prenais un réel plaisir à me torturer. Allez ! je te laisse, vieille ordure… à l’année prochaine.»

Il s’en retourna tranquillement, les mains dans les poches, en baissant la tête pour se garder de la pluie qui avait recommencé à tomber. Sur la tombe devant une plaque funéraire aux lettres un peu défraîchies « Le temps passe, le souvenir reste. » est posé  un bel étron d’un réalisme déconcertant.

Boussay – Septembre 2013


Publicités
Cet article, publié dans Avec fichier audio, Essais et nouvelles, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s