Djakarta, Indonésie le 26 février 1973

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Java

Djakarta, Indonésie le 26 février 1973

Nous avons accosté ce matin dans un port de Java en Indonésie, Djakarta. Java…encore un rêve de mon enfance réalisé.

Pardonne-moi mon écriture car je tiens mon papier sur les genoux, assis sur une bouche de ventilation de la plage arrière. Devant moi, autour de moi, des drapeaux sont tendus pour le cocktail de demain ; il va falloir encore se planquer.

Le commis s’amuse avec la mascotte du bord, Idéfix* une chienne sud-africaine, née à Cape Town. C’est une petite boule blanche gentille et heureuse à la fois. Elle est très choyée et tous les gars jouent avec.

Le transistor que tu m’as offert diffuse une musique indonésienne qui peut sembler, dans un premier temps, nasillarde à nos oreilles occidentales mais avec le temps je l’apprécie. Il y a quelques minutes j’ai capté à ma grande surprise… Mireille Mathieu, Nana Mouskouri et Françoise Hardy. Sont-ils friands de chansons françaises ?

Tu t’étonneras peut-être de l’absence de lettre entre le 19 et le 26 mais la traversée a été très rude**. La chaleur y est certainement pour quelque chose. Nous naviguions sur deux moteurs au lieu de quatre et à 240 tours par minute***. J’étais obligé de faire des mouvements de gas-oil presque deux fois par jour et nuit. J’espère qu’il ne sera pas de même entre Djakarta et Nouméa.

Aujourd’hui, j’ai fait le plein du bateau. La matinée et l’après-midi y sont passés. Courir sous la chaleur d’une vanne à l’autre c’est crevant je t’assure. Mais tout cela n’est que questions purement techniques et je suppose que cette narration de ces problèmes matériels ne te passionne absolument pas.

De Djakarta, je ne peux rien te dire car je n’ai pas encore mis le pied sur la terre ferme. Demain je fais une excursion, voir des lépreux**** paraît-il. Vais-je apporter mon appareil photo je n’en sais rien.

D’après le médecin du bord il y a beaucoup de maladies dans ces pays et la petite scène dont j’ai été témoin ce matin est très édifiante : sur la grève, à quelques vingt mètres de l’arrière du navire, des enfants se baignaient, nus bien sûr ; ils jouaient avec les haussières. Un de ces garçons a déféqué à quelques mètres de ses camarades. Ensuite, quelques coups de pied pour disperser la matière et il a plongé au même endroit.

* Dans cette lettre je la nomme Souki. Une erreur sans aucun doute, il n’y avait qu’un seul chien à bord.

** Je suis étonné que pas un mot n’est consacré à l’apparition dans le détroit de la sonde entre Sumatra et java du Krakatoa et de l’Anak krakatoa (enfant du Krakatoa). Lorsque nous sommes arrivés à proximité de ces deux volcans, pour fêter cet évènement, nous avons fait un « stade zéro », c’est la situation prise par un navire traversant un nuage atomique, toutes les ouvertures sont fermées, la ventilation par air venant de l’extérieur est stoppée ou considérablement réduite. Ceci fait, à quelques uns, nous sommes montés en passerelle pour mieux voir ces deux volcans toujours en activité. C’est le commandant en second de R. qui a raconté l’irruption du Krakatoa :

Tout commence le 26 août 1883 à 13 heures locales : une violente explosion est entendue à plus de cinquante kilomètres du volcan, suivie d’une autre, encore plus forte vers 14 heures. Cette dernière est accompagnée d’abondantes projections de cendres plongeant la région dans une nuit totale. À 10 heures le 27 août, survient la plus forte explosion. C’est le bruit le plus fort entendu par des oreilles humaines ; il est audible sur environ un douzième de la surface de la terre. À 160 kilomètres de distance, il atteint encore 180 décibels. Des vagues colossales déferlent à plusieurs reprises les 26 et 27 août sur les côtes de Java et de Sumatra. Dans les régions basses bordant le détroit de la Sonde, tout est balayé, emporté. Une vague de quarante-six mètres déferle sur la ville de Merak. Lorsqu’elle se retire, plus rien n’indique que l’endroit ait été habité. À Teluk Betung, grand port de la région de Sumatra, l’eau monte de vingt-deux mètres, détruisant, nivelant tout. Dans le golfe de Gascogne et dans la Manche à 18 000 kilomètres du lieu de la catastrophe, une oscillation anormale des eaux est enregistrée par les marégraphes. Les ondes de choc ont circulé plusieurs fois autour du globe. Elles étaient détectables à l’aide de barographes cinq jours plus tard.

*** Petite incohérence dans mon discours, si avions tourné à quatre moteurs beaucoup plus de transferts de gas-oil auraient été nécessaires.

**** Une visite d’une léproserie était peut-être au programme mais je n’ai pas souvenance. C’était peut-être un bruit de coursives.

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2 commentaires pour Djakarta, Indonésie le 26 février 1973

  1. LECHEVALLIER Patrick dit :

    Je ne peux oublier cette escale car j’avais 20 ans le 01-03-1973
    Djakarta restera pour moi une de mes meilleurs escales

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