L’école professionnelle de Saint-Joachim – 1930 à 1938

Note de l’auteur : Cette étude n’est pas livresque, elle est le fruit de la compilation de nombreux documents d’époque pendant plusieurs mois de recherche. Il m’a semblé utile de rassembler toutes ces données dans un article pour vous les soumettre. Elles sont référencées par notes de bas de page mais ces dernières n’apparaissent pas dans le document internet.

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Le fonctionnement de l’école

Le taudis de jadis avait été remplacé par un bâtiment clair, spacieux et bien agencé. La salle de l’école faisait trente mètres sur dix mètres et éclairées par douze lampes électriques. Elle était pourvue d’un garage à bicyclettes, d’un vestiaire, de lavabos alimentés par château d’eau muni d’une pompe électrique. Elle pouvait accueillir trente élèves traceurs sur plancher et une quinzaine de dessinateurs.

Les cours étaient gratuits. Ils étaient subventionnés par les communes de La Chapelle-des-Marais, de Sainte-Reine et de Crossac, ainsi que par les deux chantiers navals de Penhoët.

Ils avaient lieu trois fois par semaine (le mardi, le mercredi et le vendredi) pendant quatre mois (début décembre à fin mars). Ils débutaient, le soir, dès l’arrivée des trains ouvriers, à 17h45 et se terminaient à 19h50. Un service d’autobus gratuit était organisé pour desservir les communes qui les subventionnaient : Sainte-Reine-de-Bretagne, la Chapelle-des-Marais, Crossac.

Le programme des cours

Première année : Notions préliminaires de géométrie. Tracés de chaudronnerie.

Deuxième année : Plans de formes de canots d’après devis de tracé. Tracés de chaudronnerie.

Troisième année : Tracés divers se rapprochant à la construction navale : lecture des formes du navire tracées sur plancher ; épures de chaudronnerie.

Quatrième année : Tracés divers sur plancher à la salle de traçage, d’après les formes du navire ; construction du gabarit et emploi des règles pour traçage des tôles et profilés ; épures diverses de chaudronnerie sur plancher.

Cinquième année : Étude des formes d’un navire (calculs de déplacement, de stabilité et d’assiette). Coupe au maître pour échantillonnage d’après le règlement Veritas.

La distribution des prix

En fin d’année scolaire, mi-juillet, une distribution de prix récompensait les meilleurs élèves dans la salle des cours. Parmi les nombreux invités : les directeurs des deux chantiers de Penhoët, le conseiller d’arrondissement, le conseiller général, l’inspecteur départemental, le sénateur, les maires des communes environnantes, les élèves et leur famille.

En général, trois personnalités prenaient la parole. On retrouve invariablement sur les comptes-rendus M. Paquet, directeur du Chantier de la Loire et M. Hubert de Montaigu, député. On le sait, pour le premier, des liens privilégiés existaient entre l’école et le Chantier de la Loire par l’intermédiaire de M. Similien Vince, sous-chef du bureau d’études dans cet établissement et le second, M. de Montaigu, était considéré, à juste titre, comme le bienfaiteur de cette école.

Les orateurs s’ingéniaient à féliciter les professeurs, les élèves et ceux qui ont fondé ces cours. On analysait les crises de la construction navale, on vantait les mérites de ces ouvriers de Saint-Joachim qui formaient le plus beau fleuron des constructeurs des navires, on exhortait les jeunes gens à être assidus aux leçons de professeurs si compétents.

Dans ses interventions M. Paquet avait le sens de la formule : « Le travail a une valeur spirituelle, on ne l’a pas assez compris » ; « Le travail ne doit pas avoir pour but la poursuite de la richesse, mais celle de la vertu. C’est de ce point de vue surtout que le travail est nécessaire : parce qu’il ennoblit l’homme. » ; « Une nation, qui a perdu le sens de l’éminente dignité que confère à l’homme le travail, est sur la voie de la décadence. » Puis venait la lecture du palmarès.

L’homonymie était très fréquente dans cette contrée et les listes des lauréats comportaient, dans les premières années, le nom, le prénom, le lieu-dit et le numéro de la maison : Moyon Martial, de la Carré, n°97, Moyon Benjamin, à Fédrun, n° 359, Moyon Maurice, aux Vinces, n° 249…par la suite seuls le nom, le prénom et le lieu-dit subsistèrent. On remettait des livres et des diplômes.

En 1938, la salle des cours professionnels a accueilli le stand des charpentiers briérons qui avait obtenu un grand prix d’honneur à l’Exposition Internationale de 1937. Les personnes assistant à la distribution des prix purent le visiter. Il fut ouvert au public deux dimanches de suite au prix de 1 franc.

Un déjeuner, réunissant une trentaine de convives , clôturait cette distribution des prix.

 

L’école professionnelle au fil du temps

En 1930, Le directeur des cours était M. Similien Vince*, sous-chef du bureau d’études au Chantier de la Loire, conseiller municipal, deuxième adjoint et professeur de dessin à l’Ecole professionnelle. Les autres professeurs : MM. Corbillé Paul, Valtier Bénoni *, Eugène Moyon*, Aoustin Ernest, Philippe Jean-Baptiste.

* Conseiller municipal

Cent cinq jeunes gens suivaient ces cours encadrés par six professeurs.

Le Conseil général a voté une subvention de deux cents francs en faveur de l’école et une autre de cinq cents francs en faveur d’une école similaire à Saint-Malo-de-Guersac.

Un crédit de quatre-vingt francs est voté par le conseil municipal pour le balayage de la salle pendant les cours de 1930-1931.

Formations dispensées: Traceur de coque, chaudronnier.

En 1931 – Directeur des cours : M. Vince Similien ; les autres professeurs : MM. Corbillé Louis, Corbillé Paul, Valtier Bénoni, Eugène Moyon, Aoustin Ernest, Philippe Jean-Baptiste.

Les cours commencent au début octobre et se terminent fin mars. Ils ont lieu trois fois par semaine, le mardi, le mercredi et le vendredi. Nombre d’élèves inscrits: plus de cent élèves.

Formations dispensées: charpentier, chaudronnier.

En 1932 – Directeur des cours : M. Vince Similien ; les autres professeurs : MM. Corbillé Louis, Corbillé Paul, Valtier Bénoni, Eugène Moyon, Aoustin Ernest, Philippe Jean-Baptiste.

Nombre d’élèves inscrits: plus de cent élèves.

Formations dispensées: charpentier, maçon, ajusteur, chaudronnier.

En 1933 – Directeur des cours : M. Vince Similien ; les autres professeurs : MM. Corbillé Paul, Valtier Bénoni, Aoustin Ernest, Philippe Jean-Baptiste.

Au certificat d’aptitude professionnelle, sur neuf élèves présentés six ont été reçus.

Formations dispensées: charpentier, charpentier fer, maçon, ajusteur, chaudronnier, menuisier, serrurier.

Une subvention départementale de 30 francs a été versée à l’école.

En 1934 – Directeur des cours : M. Vince Similien ; les autres professeurs : MM. Corbillé Paul, Valtier Bénoni, Aoustin Ernest, Philippe Jean-Baptiste, Halgand.

Au certificat d’aptitude professionnelle, sur treize élèves présentés huit ont été reçus.

Formations dispensées: La première année, le dessin linéaire est en tronc commun pour toutes les professions. Charpentier fer, maçon, ajusteur, chaudronnier, menuisier, serrurier.

En 1936 – Directeur des cours : M. Vince Similien.

Treize élèves ont été reçus au CAP (douze charpentiers traceurs, un ajusteur).

Formations dispensées: La première année, le dessin linéaire est en tronc commun pour toutes les professions. Charpentier tôlier, ajusteur, chaudronnier.

Une subvention de 3600 francs est versée à l’Association des Cours Professionnels.

En 1937 – Il est fait référence à une école professionnelle à Saint-Malo-de-Guersac. M. Guitton en est le directeur des cours. Soixante-dix-sept élèves fréquentent les cours, huit d’entre eux ont été présentés, sept ont été reçus.

À Saint-Joachim, directeur des cours : M. Vince Similien ; président des cours professionnels : M. Pabois.

L’âge légal pour l’inscription est porté à quatorze ans.

Deux cent seize élèves répartis en quatre séries sont inscrits aux cours professionnels.

Dix-huit élèves ont été présentés au CAP, seize ont été reçus (quatorze charpentiers traceurs, un serrurier, un ajusteur).

Les cours ouvrent au début d’octobre et ferment à la fin du mois de mars. Ils enseignent en quatre années d’études le programme du certificat d’aptitude professionnel.

En première année : dessin linéaire, français, mathématiques.

Deuxième année : plan de formes de navires, les épures de chaudronnerie, technologie, mathématiques.

Troisième année : les épures de chaudronnerie, technologie, mathématiques.

Quatrième année : lecture des plans, tracés divers, les constructions soudées ou rivées, les épures de chaudronnerie, la technologie, les mathématiques.

Formations dispensées: La première année, le dessin linéaire est en tronc commun pour toutes les professions. Charpentier traceur, ajusteur, chaudronnier, menuisier, serrurier.

Une subvention supplémentaire de 1400 francs est votée au conseil municipal pour les cours professionnels.

En 1938, directeur des cours : M. Vince Similien ; président des cours professionnels : M. Pabois.

Deux cent cinquante élèves sont inscrits.

Dix-sept élèves ont été reçus au CAP charpentier traceur.

Formations dispensées: La première année le dessin linéaire est en tronc commun pour toutes les professions. Charpentier tôlier, ajusteur, chaudronnier.

Cette année là, lors de la distribution des prix, le premier intervenant aux discours d’usage fut M. Bonnafé nouveau directeur du Chantier de la Loire. M. Coqueret, directeur du Chantier de Penhoët fut lui aussi, pour la première fois depuis la création de l’école, invité à cet exercice mais en troisième position.

La salle des cours professionnels accueillait le stand des charpentiers briérons qui avait obtenu un grand prix d’honneur à l’Exposition Internationale de 1937.

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