L’école professionnelle de Saint-Joachim – La création

L’apprentissage à Saint-Nazaire et sa région

De tout temps, les gouvernements se sont penchés sur le délicat problème de l’apprentissage et cela a engendré de nombreux débats dans les assemblées et dans les différentes classes politiques. En 1905, une proposition de loi fut déposée pour créer des cours obligatoires pour tous les apprentis. En 1911, un examen de fin d’études le Certificat de capacité professionnelle (CCP) fut établi pour valider les connaissances acquises par ces cours suivi en 1919 par le Certificat d’aptitude professionnel mais nous reviendrons sur cette intéressante saga dans un prochain article.

C’est en 1922 que l’examen de fin d’apprentissage institué par la loi Astier, le certificat d’aptitude professionnel, fut organisé pour la première fois à Saint-Nazaire dans les ateliers de l’École pratique les 24, 25, 26 juillet sous la direction d’un jury présidé par l’inspecteur départemental de l’enseignement technique et formé presque exclusivement de professionnels ou de contremaîtres du chantier de Penhoët. 75 candidats ont pris part aux épreuves.

Pour former les jeunes aux métiers de la construction navale et alimenter en main d’œuvre les Chantiers de Penhoët et les Chantiers de la Loire, trois écoles, au cours du temps, avaient été créées :

– 1902 – L’École pratique de Saint-Nazaire qui devint dans les années quarante le Collège technique nazairien puis plus tard dans sa dernière métamorphose le Lycée professionnel Jean Brosseau.
– 1910 – L’École professionnelle de Saint-Joachim patronnée par les Chantiers de la Loire qui a perduré un temps après la deuxième guerre mondiale.
– 1917 – L’École d’apprentissage des Chantiers de Penhoët fermée depuis 1974.

L’école professionnelle de Saint-Joachim

Au tout début à Saint-Joachim, tous les hivers, un contremaître donnait chez lui, au prix de cinq francs, des cours de dessin. Il enseignait la façon de régler le plan de formes d’un canot ainsi que des épures de chaudronnerie.

Par la suite on compta trois ou quatre cours qui se partageaient une quinzaine d’élèves.

En 1910, sur l’initiative de quelques habitants de Saint-Joachim, un cours fut fondé avec un droit d’entrée de cinq francs pour les trois mois d’hiver. Ils étaient subventionnés par la municipalité et le département.

Le nombre d’élèves étaient toujours croissant et bientôt il fallut trouver une salle plus grande.

Une nouvelle école

Au conseil municipal fin mars 1930, il est annoncé que des cours professionnels vont être organisés après étude.
Plusieurs solutions furent envisagées mais pour accueillir les élèves, c’est une ancienne salle des fêtes qui fut transformée, grâce à des aides du département et et au soutien indéfectible du député M. Hubert de Montaigu.

Les acteurs de cette création

M. Similien Vince. Sous-chef du bureau d’études aux Chantiers de la Loire, conseiller municipal de Saint-Joachim, deuxième adjoint et professeur de dessin à l’Ecole professionnelle.
M. Hubert de Montaigu, député de la 2e circonscription de Saint-Nazaire, a beaucoup œuvré pour la création de cette école et était considéré comme le grand bienfaiteur des cours professionnels.
M. Pierre Toscer Inspecteur départemental de l’enseignement technique.
Les maires des communes : M. Mahé Daniel maire de Saint-Joachim, M. Dréno maire de la Chapelle-des-Marais, M. Tual maire de Crossac.
Les directeurs des deux chantiers navals MM. Paquet des Chantiers de la Loire et Coqueret des Chantiers de Penhoët.

L’école entretenait des liens privilégiés avec les Chantiers de la Loire, ceci est visible dans les distributions des prix. M. Paquet, son directeur, faisait la plupart du temps le discours d’ouverture jusqu’à celle de 1938 où M. Bonnafé, nouveau directeur des chantiers de la Loire, ouvrit le discours et M. Coqueret, directeur des Chantiers de Penhoët, interviendra pour la première fois mais en troisième position.

L’inauguration

Je me suis posé la question : Peut-on faire impasse de la description de l’inauguration ?  Il me semble que non tant elle nous donne l’atmosphère dans notre Brière et les préoccupations de l’époque.

Le 24 août 1930, M. François Poncet, ministre de l’économie nationale, inaugurait la nouvelle école professionnelle de Saint-Joachim pour permettre aux jeunes ouvriers de se perfectionner en construction navale.

Monsieur le ministre était arrivé à la mairie en compagnie de Mme la comtesse de Montaigu, du comte de Montaigu , député de la Loire-Inférieure et de nombreuses personnalités. Il fut reçu par le maire et son conseil municipal, le conseiller général, le conseiller d’arrondissement, les maires des communes environnantes et bien d’autres personnalités.
Le cortège officiel se mit en route jusqu’au monument aux Morts avec en tête les gendarmes de Montoir et de Pontchâteau assurant le service d’ordre puis la fanfare de la Société de Gymnastique Sainte-Anne, les différentes sections de combattants avec leur drapeau, les vétérans de 1870, les officiels et la foule de briérons.
Devant le monument aux Morts, le Ministre remit à M. Corbillé, ancien maire de Saint-Joachim, le nouveau drapeau des anciens combattants, don de Mme de Montaigu.

Les cloches sonnant à toute volée, le curé de Saint-Joachim et un nombreux clergé vinrent jusqu’au seuil de l’église à la rencontre du ministre et de sa suite.
Dans le cœur, deux fauteuils avec prie-Dieu, privilège généralement réservé aux prélats, ont été disposés pour Mme de Montaigu et le Ministre. Les autres personnalités prirent place, elles aussi dans le cœur, sur des chaises.

Jamais l’église n’avait contenu une assistance aussi noble, aussi nombreuse. Pendant la messe, une chorale de jeunes filles se fit entendre. À l’Evangile, M. le Curé sut trouver les mots pour exalter le sacrifice de nos héros de 1870 et de 1914/1918 qui revinrent dans leur foyer.

La messe dite, le cortège retourna au monument aux morts où des gerbes furent déposées par le Ministre, la Comtesse de Montaigu et M. Corbillé.
M. Poncet remit la médaille militaire au garde champêtre ; ce fut aussi le moment de discours.
M. le Ministre remit ensuite quelques médailles à quelques personnes méritantes notamment les insignes d’officier d’Académie à M. Similien Vince directeur des cours professionnels .

Au café de l’Union on dégusta un muscadet fameux cependant que M. Corbillé offrit des fleurs à la marraine du drapeau des anciens combattants de Saint-Joachim.

On se rendit ensuite dans la salle des cours professionnels. Devant le bâtiment que l’on va inaugurer est disposé un énorme miroir figurant une pièce d’eau avec autour des nénuphars, de la motte servant au chauffage dans les chaumières, des roseaux. Sur le miroir ont été disposés quelques poissons et oiseaux prélevés dans le marais.

Dans la salle, en guise de décor, les plans de l’Albertville, un des paquebots construits dans les Ateliers et Chantiers de la Loire. Là, on lut le palmarès et on fit la remise des prix ; à la fin M. Poncet prit la parole et vantera l’initiative des Briérons de Saint-Joachim qui ont compris l’importance de l’enseignement théorique complément indispensable de l’enseignement pratique. « Votre commune, observe M. Poncet, passe pour avoir des habitants au caractère difficile ; mais cela prouve d’abord que vous avez du caractère dans un siècle où il est rare ». Il terminera en louant les professeurs et en particulier M. Similien Vince, brave dans la guerre, bon dans la paix, dévoué et simple.

Le Ministre et sa suite prirent une petite heure de récréation. Ils allèrent en autos à Fédrun où ils firent un tour en Brière à bord de blins . Celui du ministre était pavoisé et on y a mis des chaises pour la comtesse de Montaigu et les officiels.

Au déjeuner, il y avait cent cinquante-cinq convives et l’organisation du repas était assurée par le gérant du restaurant coopératif du chantier de la Loire. Au dessert ce fut à nouveau des discours et on leva son verre en l’honneur de la Grande Brière et but à la fraternité française.

Pour clôturer cette journée, à vingt heures trente, un grand bal fut organisé dans la nouvelle salle de dessin au profit de la caisse des anciens combattants .

(à suivre)

Publicités
Cet article, publié dans Histoire de l'apprentissage, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour L’école professionnelle de Saint-Joachim – La création

  1. Ping : L’école d’apprentissage des Chantiers de Penhoët au fil du temps (1930-1938) | Souvenirs

  2. Ping : Un aperçu du paysage industriel de Saint-Nazaire autour des années 1920 | Souvenirs

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.