Djakarta, Indonésie, le 1er mars 1973

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Djakarta, Indonésie, le 1er mars 1973

Je lis sur mon guide : « Archipel des dieux tel est le surnom donné quelquefois à l’Indonésie, gigantesque arc de cercle posé à cheval sur l’équateur qui prolonge la presqu’île malaise et se termine sur la moitié occidentale de la Nouvelle-Guinée.
Trois fois et demi la superficie de la France, un chapelet de trois mille îles qui s’étend dans l’océan Indien sur près de quatre mille kilomètres de longitude. »

Java

 Puncak Puncak
Djakarta(1) Le Krakatoa ; (2) Jakarta ; (3) Parc botanique de Bogor ; (4) Puncak

Je vais la quitter demain matin. Le premier contact a été une excursion d’environ cent à cent cinquante kilomètres à l’intérieur du pays. Le but étant Puncak (prononce Pountchak).

La première impression c’est l’extrême densité de la population. Le long de la route à la sortie de Djakarta ce ne sont que maisons aux tuiles rouges, cyclo-pousses, marchands de toutes sortes. On y voit aussi de grandes nattes tressées qui servent à faire les pans de murs des maisons.

Des hommes et les femmes marchent d’un pas rapide et saccadé avec leur balancelle sur l’épaule où sont suspendues diverses marchandises : litchis, plantes aromatiques, briques, terre et jusqu’à des… fourneaux. Le long de la route poussent des plantes étonnantes. L’Extrême-Orient dans toute sa splendeur.
Les marchands sont nombreux et il existe un tas de petits métiers qui donnent cet air si affairé à cette fourmilière. Le cyclo-pousse est un moyen de transport très agréable et ils sont aussi très nombreux, c’est le plus économique pour les deux parties, clients et conducteurs.

La maison javanaise est très stricte dans l’ensemble, très carrée. La couverture rouge donne un contraste formidable dans la végétation.
J’ai pris une photo dans le quartier de Bogor*, le long d’une rivière où coulait une eau boueuse. Jamais je n’ai vu un aussi beau paysage, des arbres à grandes feuilles, des ponts de bambous. J’ai cru un moment être perdu dans un autre monde.
J’ai vu aussi des visages de jeunes filles extraordinaires, d’enfants magnifiques. Ils ont un sourire un peu énigmatique, un visage empli de sagesse. Souvent les vêtements manquent pour les enfants mais ils gardent malgré tout une certaine dignité, une noblesse, dans leurs hardes.

Nous avons continué notre visite. Le bus nous secouait comme des pruniers. Des paysages variés défilaient : tantôt des palétuviers, tantôt un paysan au chapeau de paille poussant et suant derrière une antique charrue dans une rizière traînée par des buffles ou des femmes plantant le riz dans des rizières en terrasses, chacune de ces dernières est irriguée par la précédente.

Plus nous avancions dans l’intérieur du pays, plus les paysages sont devenus montagneux : des montagnes envahis par la végétation avec leur sommet dans la brume, des arbres aux feuilles tombantes, des théiers en petites touffes rondes, des femmes aux grands chapeaux de paille tressée se mêlaient à la couleur des plantations. Tout cela donnait un paysage unique, l’illusion d’une estampe. J’étais subjugué par la délicatesse des lignes et la profusion des détails. Le paysage défilait trop vite et c’est bien dommage car mille détails m’ont échappé.
Le bus s’est arrêté dans plusieurs endroits mais jamais là où nous aurions pu voir quelque chose d’intéressant.

Djakarta est une grande ville, elle s’étend sur vingt kilomètres et compte quatre millions six cent mille habitants soit sept mille neuf cents habitants par kilomètre carré. Et il est impossible de tout voir, les escales sont toujours trop courtes. J’ai malgré tout entraperçu l’Extrême-Orient, avec la ville moderne, grouillante de vitalité et aussi les quartiers surpeuplés où s’entassent des maisons de bois et ce mélange d’odeurs que l’on retrouve partout, fort, entêtant, le parfum de l’Orient, de l’aventure.

Le soir, dans le quartier du port**, toutes les boutiques sont illuminées par une lampe à pétrole. Mille feux brillent alors dans la nuit. Sur les passerelles qui enjambent les rues du centre-ville, des mendiants : femmes, hommes, enfants mutilés ou trop vieux pour pousser une charrette « gagne-pain » tendent misérablement la main en faisant mille grimaces pour implorer notre pitié.
Je réalise que je n’ai pas vu grand chose en fin de compte de l’Indonésie. J’aimerais y revenir un jour pour voir et revoir, pour vraiment approfondir ce pays où se côtoient grandeur et misère. Je ferme les yeux… mille images affluent alors dans mon cerveau fatigué.

* Orthographié Bengos dans ma lettre. Il s’agit sans aucun doute du parc botanique de Bogor sur la route vers Puncak.

** C’est dans ce quartier, tard dans la nuit, en revenant au bateau, qu’un homme m’a abordé en me montrant, à demi cachée sous un pan de sa veste, ce qui semblait une statuette enveloppée dans un journal. « Look very nice, twenty only twenty rupees » me dit-il en cachant son butin avant de lancer un regard furtif autour de lui « only twenty rupees » répéta-t-il. Amusé, je me suis dit : voilà un habile marchand et un bon comédien, et sans trop réfléchir, je lui donnai les quelques piécettes qu’il avait demandées. C‘est en arrivant au bateau que j’ai découvert mon achat : une magnifique statuette représentant une femme, une balinaise valant beaucoup plus que les vingt roupies alors demandées tant le travail le du sculpteur est remarquable
Elle trône maintenant, en bonne place, dans notre salle de séjour. Il y a quelques années, une personne mal intentionnée me créait quelques ennuis au travail et en passant devant la statuette je lui lançai, en pensée : Peut-être pourrais-tu faire quelque chose mère balinaise ? Deux jours après, fait du hasard certainement, le vilain bougre était mort. Depuis je ne lui demande rien de peur qu’elle n’exhausse mon vœu.

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