Ecole d’apprentissage des chantiers de Penhoët (1922 à 1938) – La distribution des prix

La distribution des prix (1922 à 1938)

C’est à travers les différents comptes-rendus de la distribution des prix dans la presse de l’époque que nous pouvons nous faire une idée de la vie de l’école et ils sont le reflet des préoccupations économiques du moment.

Une invitation était faite par voie de presse : «Tous les élèves des cours d’apprentissage ainsi que leur famille et toutes les personnes occupées au chantier de Penhoët, à quel titre que se soit, sont invitées à assister à cette distribution des prix. »

Elle avait lieu, chaque année à la fin août ou au début septembre, un dimanche matin à huit heures trente, dans la salle des fêtes du chantier de Penhoët. C’est aussi dans cette même salle que des matinées musicales et théâtrales étaient organisées exclusivement pour le personnel.
Nous avons peu de chose sur sa description, nous savons qu’elle se trouvait à proximité des cales de lancement, qu’elle était ornée d’une quadruple rangées d’arbres, que c’était un bâtiment coquet dont la façade était cachée sous le lierre et les plantes diverses.
Le fait qu’elle était éclairée à l’électricité marquait les chroniqueurs : « une salle ruisselante de lumières électriques » « À l’intérieur, féerie des centaines d’ampoules électriques… ». Il faut dire que l’électricité, à cette époque, était l’innovation par excellence.

À partir de 1928, on exposait dans des vitrines les chefs-d’œuvre des apprentis qui façonnaient avec art le bois, l’acier, le fer, le cuivre.

Les officiels

Parmi les invités il y avait les incontournables et ceux qui s’intéressaient de près ou de loin à l’enseignement technique :
– Le ou les représentants de la municipalité de Saint-Nazaire ;
– Le sous-préfet ou son représentant ;
– Le directeur de la Compagnie Générale Transatlantique ;
– Le directeur de l’École pratique ;
– Le président de la Ligue antialcoolique ;
– Le président de la Chambre de commerce ;
– Les inspecteurs divisionnaires et départementaux du Travail ;
– L’inspecteur du Primaire ;
– Le président de l’Œuvre antituberculeuse.

Et les représentants du chantier :
– Le président du conseil d’administration de la société ;
– Le directeur et sous directeur du chantier ;
– Le directeur des cours d’apprentissage ;
– Le secrétaire générale du chantier ;
– Des ingénieurs et chefs d’atelier ;
– Les professeurs et contremaîtres et moniteurs du centre d’apprentissage.

Les invitations se faisaient aussi suivant l’actualité du moment. En 1925, le chantier avait en commande des navires militaires, on invita donc des officiers chargés de la surveillance des unités de guerre : l’ingénieur principal de la marine, chef du service de surveillance et le commandant d’un navire, le Simoun.
On souhaitait aussi mettre en valeur les ouvriers méritants comme en 1938 où M. Ollive Emmanuel, doyen des ouvriers, compta parmi les officiels*.
* Il s’agissait probablement de M. Ollive Emmanuel, contremaître, 53 de service.

La cérémonie

Lorsque les officiels prenaient place sur l’estrade, les spectateurs se levaient et l’harmonie jouait la Marseillaise.

Le discours d’ouverture, d’une bonne tenue littéraire selon les chroniqueurs de l’époque, était fait généralement par le directeur du chantier « au milieu d’un silence recueilli ». Il remerciait les personnalités présentes, retraçait l’histoire et le but de l’école, soulignait les excellents résultats obtenus par l’école d’apprentissage, rendait hommage au personnel de l’école, adressait des messages aux jeunes apprentis :

« Nos cours de dessin permettent à nos élèves de devenir d’excellents chefs d’équipe et contremaîtres. » « L’ouvrier doit chercher à s’élever, et c’est par l’instruction seule qu’il peut sortir du rang. C’est la conscience, le sentiment du devoir qui font les hommes.» (M. Lévy – 1924 ).

« Notre but : augmenter les connaissances générales et les aptitudes professionnelles de nos ouvriers ; les élever par leur travail et leur valeur, leur donner les moyens d’atteindre les spécialités les plus rémunérées et en même temps améliorer la qualité, la rapidité et le prix de revient de nos constructions, c’est-à-dire rendre notre industrie florissante. L’intérêt de notre société et l’intérêt des ouvriers y trouvant une légitime et égale satisfaction. »
« N’écoutez pas les conseils pernicieux dont vous serez les premières victimes. Dites-vous que le travail seul donne des droits et que seul, se donne la force de défendre ses droits, celui qui a notion de ses devoirs et les remplit avec conscience. » (M. Coqueret – 1928)

C’est aussi le moment attendu où le directeur faisait un point sur les questions du moment, sur la situation du chantier et parlait d’économie locale, nationale et internationale.

Jusqu’à 1927, seul le directeur du chantier prononçait un discours. À partir de 1928, le sous-préfet lui aussi fut invité à cet exercice. Il louait l’esprit d’entraînement, d’initiative, d’organisation des chantiers de Penhoët, d’où sont sorties les plus belles unités navales et dont le renom est grand dans le monde entier, félicitait la direction pour son admirable effort pour développer l’apprentissage et l’instruction technique : « Les cours sont, en quelque sorte, le grenier où sont rangées toutes les provisions du passé, la somme des efforts et la sagesse des prédécesseurs. » (M. Jouanny – 1931), on citait quelque phrase célèbre : « Relever l’atelier c’est relever la patrie – Jules Ferry» (M. Butterlin –1928)

La lecture du palmarès, faite par une personnalité, était entrecoupée d’une pièce musicale jouée par une harmonie et à la fin de celui-ci un spectacle était donné par les artistes locaux.
Voici par exemple le programme de distribution des prix du dimanche 2 septembre 1923.

1 – Défilé du 27e (Farigoul) : Harmonie Union Méan Penhoët ;
2 – Distribution des prix : Groupe Machines ;
3 – Ouverture d’Antan (Guillemont) : Harmonie UMP ;
4 – Distribution des prix : Groupe Tôlerie et Bois ;
5 – Valse frivole (Monnereau) : Harmonie UMP ;
6 – Récompenses diverses ;
7 – Fantaisie sur Rio (Planquette) : Harmonie UMP ;
8 – Le Juif-Errant à Paris (Bénech) ; Aimé (Crestofaro) : M. Chemin ;
9 – M. Lodé, comique-grime, dans son répertoire ;
10 – 29e concerto de Viotti, solo de violon : Melle Sorin ;
11 – Tapis vers (Borel-Clerc) ; Gloire à Madelon (Georges Krier) : Henry’s ;
12 – Le joyeux Sarret dans son répertoire ;
13 – Le Brave, marche (leroux) : Harmonie UMP.
Le piano d’accompagnement : Mme Poussin.

À partir de 1925, on y inclut, en tout début de programme, une remise de médailles aux ouvriers. M. Coqueret soulignait en 1938 « Cette distribution a une haute signification et c’est le bel exemple que nous puissions donner aux jeunes élèves qui seront bientôt des ouvriers capables et consciencieux. »
La médaille de vermeil, plus de cinquante ans de service, était décernée à un ouvrier chaque année. On vérifie alors que des carrières pouvaient être particulièrement longues : cinquante trois, cinquante sept voire soixante ans de service en 1928.
La médaille d’argent, entre trente et cinquante ans de service, était remise à une vingtaine de salariés.

Les prix

D’après leur place dans le classement général, pour chaque année et chaque groupe, les meilleurs élèves recevaient un prix sous la forme d’un livret de Caisse d’Épargne avec un outil ou un ouvrage lié son métier.
Les élèves de troisième année ayant suivi avec zèle et assiduité les cours spéciaux organisés par le chantier recevaient eux aussi une récompense. Le premier un livret de Caisse d’Épargne avec un ouvrage, les suivants l’un ou l’autre.
Un livret de Caisse d’Épargne de 5 francs étaient offerts par le chantier aux élèves ayant obtenu plus de 100 points (130 points à partir de 1927) à l’examen du certificat d’aptitude professionnelle.

Seul un compte rendu de la distribution des prix de 1931 donne la provenance des sommes, des outils et ouvrages offerts. Ont offert des prix : MM. les Administrateurs des chantiers : 560 francs en livrets de Caisse d’Epargne ; la Compagnie Transatlantique : 100 francs en livrets de Caisse d’Épargne ; la Ligue Antialcoolique : 30 francs ; M. Coqueret, directeur du chantier : 30 francs ; M. Conard, sous-directeur du chantier : 20 francs ; M. Pagerie, chef des cours d’apprentissage : 15 francs ; M. Papaud, secrétaire général du chantier : 20 francs ; M. Chouan, chef de travaux atelier des machines : 10 francs. M. Jallais, chef de travaux atelier de tôlerie : 10 francs ; 50 ouvrages scientifiques et 1 lot d’outils ont été offerts par le chantier.

On faisait aussi état des récompenses obtenues par les élèves du cours d’apprentissage au concours organisé dans toute la France par le Chambre Syndicales des Mécaniciens, Chaudronniers et Fondeurs de France. Chaque année, ils se voyaient décernés plusieurs médailles d’argent et de bronze.

Faisait suite un spectacle donné par les artistes locaux de l’Université Populaire – certains d’entre eux travaillaient au chantier – tels que : M. Sarret, le roi du rire ; M. Lodé, comique grime ; M. Chemin, baryton, Mlle Sorin, violon ; Mme Poussin et Mme Viaud piano d’accompagnement.
En 1923 on fit appel à l’Harmonie de l’Union Méan Penhoët pour animer la cérémonie puis les années suivantes à l’Harmonie Marceau qui deviendra en 1930 l’Harmonie du Chantier de Penhoët.

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