L’inspection,

Le PC sécurité du glorieux Commandant Rivière était exigu. Contre la cloison arrière, d’un seul tenant, le bureau du maître principal et le mien, sur la cloison avant une table haute inclinée servant de table à dessin, côté bordé, un hublot nous donnait un peu de lumière. La porte, à guichet, donnait sur la coursive centrale du navire.

Dans ce minuscule réduit nous passions ensemble, le maître principal machine, le maître et le quartier-maître sécurité et moi-même, l’ensemble des manœuvres du navire : appareillages, accostages, postes de combat, exercices de sécurité divers et variés.

Pour ma part, j’y passais beaucoup de temps pour la rédaction des rapports, la réalisation de croquis, d’avant-projets pour le lieutenant machine tels qu’un système de stabilisations des platines du studio « Radio Rivière » ou un projet de plateforme d’hélicoptère sur la plage arrière.

Le bidel, le capitaine d’arme, me donnait de temps en temps des documents à taper ainsi que le secrétariat du commandant.

J’y passais aussi mes loisirs, loin des parties de cartes du poste d’équipage enfumé, en étudiant, la marine me payait mes cours par correspondance, en écrivant chaque jour à Marlyse ce que voyais, ce que je ressentais ce qui offre, à ce jour, une source inestimable pour la rédaction de ces billets, en écrivant aussi des poèmes et mon ami Pascal, l’animateur du bord, me fit l’honneur d’en dire un à Radio Rivière.

La prévision des quarts de la machine m’incombait. Je m’occupais des approvisionnements en huiles, gasoil et divers consommables et chaque matin je sondais les différentes caisses, calculais les consommations que je portais ensuite, en passerelle, au commandant.

J’avais en charge la stabilité du navire, en corrigeant par des transferts de liquides dans les différentes caisses l’inclinaison du navire, pour optimiser notre consommation de gasoil et facilité sa tenue de route. On me voyait ainsi courir d’un bout à l’autre du navire, démarrant une pompe, ouvrant et fermant des vannes. Souvent en mer, j’opérais ces manœuvres de nuit. Deux sondes de niveaux se trouvaient juste à la porte du commandant en second à l’arrière du bâtiment et très souvent il ouvrait sa porte en me disant :

« Vous travaillez encore !

– J’ai presque terminé mes transferts Commandant » lui répondais-je

Ces excès de zèle et le fait que j’étais très occupé me permettaient d’être totalement dispensé de quart, des corvées habituelles de l’équipage, souvent exempt de permissionnaire ce qui était important en escale car je pouvais alors sortir comme bon me semblait. J’étais de toutes les excursions. Seul le lever des couleurs était obligatoire.

L’inspection,

Lors des appareillages ou accostages nous étions tous réunis dans le PC sécurité: le maître principal, le maître et quartier-maître sécurité et moi. Là, nous étions condamnés à une certaine inaction.

C’était le moment où le maître principal faisait « mon éducation », selon ses dires, cela se bornait à raconter ses différentes aventures et soirées mémorables lors de ses escales. Nous riions beaucoup. La décence veut que je ne rapporte pas ses propos dans ces billets mais je me souviens d’une petite histoire fort intéressante.

Cela se passait à l’Ecole des Apprentis Mécaniciens de la Flotte à Saint-Mandrier. L’école recrutait des apprentis très jeunes.

L’ensemble des nouvelles recrues était aligné pour l’inspection du commandant.

Lorsque le Commandant s’arrêtait à un mètre devant chaque apprenti, le jeune marin, martialement, devait se présenter par son nom et sa spécialisation d’une voix forte et claire.

«untel – matelot mécanicien »

«untel – matelot mécanicien »

Tout se passait bien jusqu’à ce qu’un matelot plus timide et impressionné par tout ce déploiement émit quelques sons inaudibles.

« Matelot présentez-vous ! Je n’entends rien ! » Demanda d’une voix forte le Commandant

Le jeune, les joues rouges, tétanisé, essaya de balbutier quelque chose.

C’est alors que le commandant se pencha vers lui, tendit son oreille au plus près de sa bouche et notre jeune matelot… déposa un chaleureux bisou sur sa joue.

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