Sur le Nil (Août 2010)

Sur le Nil 

Ra dardait de tous ses rayons le pont du Beau Rivage qui remontait le Nil vers Assouan. Assis avec quelques amis, sous des tauds de toiles blanches pour nous protéger du soleil, nous devisions tout en admirant les berges du Nil. En ce mois d’août, la chaleur était intense et le moindre déplacement nous coûtait.

De la rive, quelques enfants nous faisaient signe en criant et en agitant la main ; nous leur répondions. Nous étions subjugués par la beauté de ce fleuve magnifique.

Il me semblait que j’étais transporté dans les récits des voyageurs de ma jeunesse, qu’Hercule Poirot allait apparaître d’un instant à l’autre sur le pont du navire.

À cet endroit le Nil fait une ligne droite de plusieurs kilomètres et mon regard fut attiré, très loin à l’arrière du navire, par une masse blanchâtre posée sur le fleuve.

— Une brume de chaleur,  pensai-je.

Maintenant, la conversation portait sur l’insistance des vendeurs à l’entrée des sites touristiques. C’est vrai qu’ils étaient exaspérants…

— Tiens, la brume se rapproche, pensai-je et je dis à l’environnée sans réfléchir :

— Il va pleuvoir.

De grands rires accueillirent mon affirmation.

— Pleuvoir, au mois d’août, en Égypte ! Eh ! Michel, on n’est pas en Bretagne ici !

Les rires fusèrent, je regrettai d’avoir parlé trop vite. Ce que l’on a appris de la Loire ne s’applique pas nécessairement dans ces contrées lointaines.

Pour compenser ma gêne et tourner cet épisode à l’autodérision, je leur répliquai d’une manière solennelle, en levant la main, l’index tendu vers le ciel :

— Hommes de peu de foi, méfiez-vous d’un druide, il a de grands pouvoirs.

— En Bretagne, tu n’as pas grand mérite à faire pleuvoir, il suffit que tu attendes l’heure de la marée. » ironisa mon voisin avec un fort accent marseillais.

Un grand rire secoua de nouveau l’assemblée.

Quelques minutes après, un bruit sec retentit sur la toile au-dessus de nous, puis un autre, bientôt une averse s’abattit sur le pont, créant une grande confusion, chacun s’engouffrant le plus vite possible dans l’escalier pour gagner le pont inférieur.

Nous nous retrouvâmes au bar, chacun commentant ce déluge inopiné.

—Incroyable ! ce déluge au mois d’août, dit un homme trempé jusqu’aux os.

— Je ne veux plus voyager avec un breton, ajouta un autre en riant.

— Les gouttes étaient énormes !

— Je vous avais prévenus, dis-je très sérieusement.

Ma voisine de droite s’est alors penchée vers son mari assis à côté d’elle et lui glissa à l’oreille.

— Tu as vu, le c…, il l’a fait !

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