Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926

Info : Un grand merci aux auditeurs, pour l’intérêt qu’ils ont montré, et à la Médiathèque Barbara de Montoir-de Bretagne, pour son accueil et l’organisation de mon exposé sur le monument américain du 20 mai dernier. Un de mes maîtres répétait « Si tu veux vraiment connaître un sujet… enseigne-le ! ». Je vérifie alors la justesse de son propos lors de ces rencontres avec mes lecteurs.
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Le monument américain – Premières critiques
Le monument américain – L’accomplissement
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – L’organisation
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les Nazairiens se mobilisent
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les escadres
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Veille de fêtes – Autour des escadres
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire
Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les protagonistes

Le monument américain – Les Fêtes Franco-américaines – Samedi 26 juin 1926

La journée au fil des heures *

6 h 24 : arrivée en gare de Saint-Nazaire des personnalités américaines par train spécial.**
8 heures : salves d’artillerie.
8 h 30 : départ des ministres de Nantes, en automobile, pour Saint-Nazaire.
9 heures : place de la Gare, rassemblement des délégations américaines et françaises.
9 h 30 (10 h 00) (10 h 30) *** : arrivée des ministres à Saint-Nazaire. Réception des personnalités officielles à la sous-préfecture de Saint-Nazaire. (Le général Pershing et l’ambassadeur des Etats-Unis arrivèrent vers 11 heures).
Défilé des délégations américaines et françaises.
Dépose de gerbes aux monuments aux morts pour la Patrie.
10 heures (10 h 30) (≈12 h 00) *** : inauguration du monument américain, présidé par MM. les ministres de la Marine, des Travaux Publics, de M. l’ambassadeur des États-Unis, des autorités civiles et militaires du département de la Loire-Inférieure et de la Ville, avec le concours de la Musique des Équipages de la Flotte, des sociétés musicales et chorales de la Ville.
12 heures (12 h 30) ( ?) *** : grand banquet officiel (aux Chantiers de Penhoët, 400 couverts) offert par la municipalité et la Chambre de commerce.
15 heures : séance solennelle à la Chambre de Commerce et visite du Port.
15 h 30, au jardin public : grand concert artistique par la Musique des Équipages de la Flotte.
18 heures : tournoi de water-polo entre la société des Goélands nazairiens et les marins des escadres.
18 heures : départ pour La Baule des ministres.
19 heures : dîner intime à la Baule (100 couverts), grande salle du Casino.
20 heures : départ de la Baule, pour Nantes (en automobile).
21 heures, au bassin du port de Saint-Nazaire : grande fête vénitienne avec le concours des marins des escadres américaine et française ; feux nautiques ; cortège lumineux ; illuminations générales de la ville.
22 heures : au Grand Hôtel, grand bal sur invitation avec le concours du Club des Treize ; au quai Demange, bal populaire (salle des fêtes des entrepôts de la Chambre de commerce).
23 h 28 : départ de Nantes-Orléans pour Paris des ministres.
7 h 10 : le dimanche 27 juin, arrivée à Paris des ministres.

* Durant le municipe de M. Vivant-Lacour, en 1924, lors de l’inauguration monument aux Morts pour la patrie, des services religieux en musique ont été célébrés dans les diverses églises et au temple protestant. Pour les fêtes américaines on assiste à une rupture avec cette pratique. Aucune cérémonie religieuse n’est prévue.
** Voir article « Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire »
*** [Horaire prévu, (horaire prévu des ministres), (horaire réel)]. Dès le départ, une confusion existait sur les horaires des fêtes et ceux des ministres ; on note un décalage d’une demi-heure.

Rassemblement des délégations américaines et françaises

Pour toutes les sociétés le rendez-vous avait été donné dans la cour de la gare à 9 heures. On vit d’abord arriver la compagnie de débarquement du cuirassé Voltaire; puis les sections des torpilleurs* et des sous-marins**.
La musique des Équipages, quant à elle, stationnait place de la gare.
Sous les acclamations de la foule, les fusiliers-marins de Lorient, avec à leur tête le capitaine de frégate Toussaint Bonelli, firent leur entrée.
Le détachement de l’American Legion, avec l’étendard des États-Unis, et le drapeau de la Legion, dont la soie violette est frangée d’or, est l’objet de tous les regards.
La musique de Montlouis, tous en uniforme, fit son entrée suivie des fusiliers marins américains, (casquette blanche, dolman bleu sombre, pantalon bleu à rayures rouges) accompagnés des marins du croiseur Memphis et des destroyers américains***.
Les enfants des écoles de Saint-Nazaire sont présents, avec des gerbes de fleurs et des fanions ainsi que l’Union des combattants de Saint-Nazaire et de Montoir-de-Bretagne ; le Bastion ; les Vétérans ; les sociétés de Secours Mutuels ; les Frères d’Armes ; les Mutilés et Réformés ; les Médaillés Militaires de Saint-Nazaire et de La Baule.
Pendant plus d’une heure et demie tout ce petit monde poireautera debout et enfin, vers 10 h 30, les voitures officielles apparurent par la rue Henri Gautier* et se dirigèrent vers la sous-préfecture où les officiels attendront l’arrivée du défilé. Alors, l’ordre du départ fut donné par M. Bodinier, représentant désigné des anciens combattants.

* Delage, de la Touche, Vesco.
** Dupuy-de-Lôme. Gustave-Zédé, Schillemans, Carissan, Jean-Corre, Daphné, Hermione et Bellone.
*** Preston, Lamson, Ausbrun et Osborn

À la sous-préfecture

Le portail de la sous-préfecture était largement ouvert. Des automobiles s’arrêtaient, repartaient déversant leur flot de délégations et d’invités.
À 9 h 30, heure fixée sur le programme, la cour d’honneur était bondée. Des uniformes, des jaquettes, des vêtements de ville, ces derniers étaient majoritaires, se côtoyaient, selon un chroniqueur, dans un singulier laisser-aller. On se serre les mains, on se complimente. Comme à la gare, eux aussi poireautaient. Il faudra attendre 10 h 30 pour voir s’annoncer les autos officielles en provenance de Nantes.
De la première, l’auto préfectorale, descendirent. M. Leygues, ministre de la Marine ; M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics ; M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure*, et M. Hédin**, chef de cabinet et représentant de M. Aristide Briand.
L’accueil selon les chroniqueurs fut froid, extrêmement froid, la foule ne manifesta aucun enthousiasme. Mais lorsque le général Gouraud*** descendit de l’auto militaire au bras du général Spire, commandant la XIe Région, des acclamations s’élevèrent et se poursuivirent tout le temps de la montée des marches du perron, toujours au bras du général Spire, entre deux haies de curieux.

* M. Mathivet (Paul-Léonard-Constant) est né le 31 octobre 1873, à Paris. Il est licencié en droit et licencié ès lettres (novembre 1891 – février 1893).
Il débute comme fonctionnaire colonial : septembre 1891 à juin 1892, écrivain à la direction de l’intérieur de la Guadeloupe. Secrétaire particulier du directeur de l’intérieur de juillet 1892 à février 1893, même situation à la Martinique. Gouverneur par intérim.
Le 13 septembre 1897 est nommé sous-préfet de Calvi ; le 31 décembre 1899, secrétaire général des Basses-Alpes ; le 18 novembre 1901, secrétaire général de la Haute-Marne ; le 15 février 1904, il est élevé à la 2e classe personnelle à dater du 1er mars 1904 ; le 30 juillet 1906, il est nommé sous-préfet de Saint-Dié ; le 23 mai 1911, sous-préfet de 1re classe à Montbrison et le 25 novembre de la même année, sous-préfet de Dieppe.
Le 2 août 1914, il est appelé sous les drapeaux. Il fait la campagne. Le 30 octobre 1917, il est nommé préfet du Morbihan, mais est maintenu sous les drapeaux. Le 2 février 1918, il est nommé préfet de la Haute-Loire mais est maintenu sous les drapeaux. Le 13 août de la même année, il est appelé à la préfecture de l’Allier mais est encore maintenu sous les drapeaux. Le 15 octobre 1918, il est désigné pour la préfecture de l’Ain, mais est toujours maintenu sous les drapeaux. Enfin, à la démobilisation, le 10 novembre 1918, il est nommé préfet des Ardennes. Le 5 août 1919 est nommé préfet d’Oran. Le 22 octobre 1920, préfet de la Dordogne (non installé). Enfin, le 26 octobre 1920, préfet de la Charente-Inférieure. Le 2 août 1921, M. Mathivet est fait chevalier de la Légion d’honneur. Le 1er novembre 1924 (date journal officiel), préfet de la Loire-Inférieure.
** Le père de M. Hédin, marchand de vieux métaux, était installé rue du Parc à l’Eau vers 1886. Il fut conseiller municipal de Saint-Nazaire, et collaborateur de M. Aristide Briand, alors directeur de la « Démocratie de l’Ouest ».
*** Le septennat de M. Gaston Doumergue a été marqué par une forte instabilité ministérielle. Pas moins de quinze gouvernements vont se succéder entre 13 juin 1924 et le 13 juin 1931.
Le 15 juin 1926, le cabinet de M. Briand a démissionné. Le 20 juin un nouveau cabinet sous la présidence de M. Briand s’était reformé. Cette valse des gouvernements peut expliquer ce manque d’enthousiasme de la foule. Voir article : Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes.
**** Le général Gouraud.

Le général Pershing et l’ambassadeur des Etats-Unis, arrivés tous les deux par train spécial ce même matin à 6 h 30*, se firent attendre. Ils arrivèrent enfin vers 11 heures, salués « d’une ovation chaleureuse et spontanée ».

* Voir article « Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire »

Les présentations furent faites au cours de la réception avec quelques paroles de bienvenue. Le général Gouraud et le général Pershing se serrèrent la main avec « effusion et affection ».

 

Les personnalités à la sous-préfecture. Crédit Photo : Famille Du Bois.

 

Gauche à droite : non identifié ; le général Gouraud ; Mrs Gertrude Whitney ; M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics; M. Leygues, ministre de la Marine ; M. Myron T. Herrick, ambassadeur des États-Unis à Paris, Général Pershing, commandant en chef américain. Crédit photo BNF – Gallica

 


Anciens combattants américains– Collection Michel-C Mahé

 

Le défilé – Le dépôt de gerbe au monument aux Morts pour la Patrie

Bientôt on entendit les accents entraînants d’une marche militaire, c’est le cortège des délégations qui s’était formé à la gare qui arrive. Il défila devant les officiels, devant Gouraud souriant, Pershing raide, successivement passèrent la Musique de Montlouis, la Musique de la flotte, les compagnies de débarquement des équipages de la flotte, le drapeau « of the American Legion », avec huit soldats en tenue de campagne, les veuves de guerre, les enfants des écoles et les pupilles de la nation, l’Harmonie Marceau et la Schola Cantorum.

Les officiels prirent place dans le cortège. Il y eut alors une certaine confusion, les forces de police étaient insuffisantes pour contenir la foule et l’on vit le sous-préfet, M. Butterlin, faire la police à côté du commissaire M. Allain.
Devant le monument aux Morts, les Pupilles de la Nation se détachèrent du cortège, ainsi que des Anciens Combattants américains. Ils déposèrent des gerbes de fleurs et des palmes cravatées aux couleurs américaines, près de celles déjà déposées le matin même par le général Pershing.
Le cortège reprit sa marche et arriva devant le monument. Alors on entendit une formidable acclamation de la foule réunissant les seuls noms de Gouraud et de Pershing dans un même témoignage d’admiration. Elle toucha profondément les nombreux anciens combattants. Quelques-uns furent submergés par l’émotion.

Modifications :
04/07/2017 Ajout photo des anciens combattants américains
05/07/2017 Ajout note de bas de page, paragraphe « La journée au fil des heures » : « * Durant le municipe de M. Vivant-Lacour, en 1924… »

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les protagonistes

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les protagonistes

Nota : Cette liste, non exhaustive, est cours d’élaboration

Les délégations officielles

Le Gouvernement français
M. Leygues, ministre de la Marine ;
M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux Publics ;
M. Hédin, chef de cabinet et représentant de M. Aristide Briand ;
M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure.

L’armée
Général Gouraud, gouverneur militaire de Paris ;
Général Spire, commandant le 11e Corps par intérim.

La marine
Amiral Levavasseur, préfet maritime de Brest ;
Amiral d’Adhémor de Cransac, préfet maritime de Lorient ;
Contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord ;
les officiers d’ordonnance de ces officiers.

Le Parlement
MM. les sénateurs François-Saint-Maur, de Landemont, Babin-Chevaye ;
MM. les députés Merlant, de la Roche-Vernet et Sibille.

Les États-Unis
M. Myron T. Herrick, ambassadeur des États-Unis à Paris ;
Général Pershing, commandant en chef américain ;
Colonel Mott (attaché militaire) ;
Brigadier-général Samuel D. Rockenbach, général commandant le district de Washington, premier commandant de la base de Saint-Nazaire ;
Major Larsen des « Marines ».
Mrs. Whitney, auteure du monument ;
Roynon Cholmeley-Jones, président du mémorial de Saint-Nazaire ;
Captain Arthur M. Du Bois, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund.l Fund.

La marine américaine
Le contre-amiral Gleaves, de la réserve, qui commandait le premier convoi des premières troupes américaines qui ont débarqué à Saint-Nazaire en 1917. Il avait pris passage sur le « Memphis » ;
Capitaine Lackey, du «Memphis » ;
Capitaine de frégate Beck, du «Memphis ».

La ville de Saint-Nazaire
M. Blancho, maire ;
les adjoints MM. Escurat, Lemouel, Maumenée, Putot ;
tous les conseillers.

La Chambre de commerce
MM. Joubert et Lemoine représentaient la Chambre de Commerce.

Toutes les autorités nazairiennes étaient présentes, tous les chefs de service et d’administration.

Les invités américains

Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois
Mrs. Tower ;
Mrs. Force ;
Mr. and Mrs. Howard (un artiste) ;
Jo Davidson, le sculpteurr ;
Miss Minette Causse ;
Mr. Jerry Kelley, un artiste ;
Mr. et Mrs. Guy Pene DuBois, un artiste ;
Mr Sampson, de l’American Legion de Providence ;
Mr. Herbert McBride, un critique d’art ;
M. et Mme de Provencal, de St. Nazaire.

Les Invités français

M. Laurent, représentant des chemins de fer.

 

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

Flash-info
La prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque. Nous verrons quelles étaient les préoccupations des Nazairiens de cette époque.
Réservation conseillée : mediatheque@montoirdebretagne.fr ou au 02 40 70 11 51.
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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines
Vendredi 25 juin – Voyage des personnalités vers Saint-Nazaire

Voyage des ministres

M. Leygues, ministre de la marine, M. Daniel-Vincent, ministre des travaux publics et leurs collaborateurs* ont quitté le quai d’Orsay (Paris) le vendredi 25 juin, vers 8 heures 40.
Prévue à 15 heures 33, leur arrivée se fit vers 16 heures à la gare de Nantes (Paris-Orléans).
Ils ont été reçus, sur le quai, par les autorités civiles et militaires**. Les présentations se firent dès la descente du wagon spécial et ils se rendirent, en automobile, à la préfecture pour la réception officielle.

* Le ministre de la marine était accompagné du capitaine de frégate Roux, du capitaine de corvette Ferré et de son cabinet militaire ; le ministre des travaux publics, était accompagné de M. Collard, son chef de cabinet
** M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure ; M. Bellamy, député-maire de Nantes ; MM. Sibille et Merlant, députés ; le général Spire, remplaçant le général Ragueneau, commandant le corps d’armée ; M. le préfet maritime de Lorient, l’amiral d’Adhémar de Cransac ; le contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord ; les sous-préfets de Châteaubriant, Paimbœuf et Ancenis ; M. Veil, premier adjoint au maire de Nantes: M. Moutard, directeur de l’arsenal d’Indret ; la majorité du conseil municipal ; M. Joubert des Ouches, chef de cabinet du préfet ; M. Vauthier, vice-président du conseil de préfecture ; M. Moitessier, secrétaire général de la Mairie ; M. Vuillemin, président de la Chambre de commerce etc.

Ce fut ensuite l’inauguration, au château de Nantes, des expositions des tissus anciens et des arts décoratifs modernes que les deux ministres présidèrent. Ils parcoururent les salles sous la conduite de M. Gauthier conservateur du Musée.
Le cortège se rendit ensuite, place de la Duchesse-Anne, au monument à la mémoire des morts de 1870, pour un simple salut en présence des sociétés patriotiques de Nantes. Après un court défilé, les officiels remontèrent dans les autos pour la Bourse.
À 17 heures, les ministres, leurs collaborateurs et les membres de la Chambre de commerce se retrouvèrent dans la grande salle de délibération, autour d’une grande table au tapis vert, pour une séance solennelle qualifiée dans le programme de séance d’études. Là, M. Villemin, président de la Chambre de commerce, fit un exposé sur la situation du port de Nantes, demanda l’appui du gouvernement pour que les projets, depuis longtemps à l’étude, puissent se réaliser rapidement. M. Daniel-Vincent assura que Nantes a droit à la sollicitude des pouvoirs publics, pour la longue continuité de son effort et qu’elle trouvera auprès du gouvernement, et des travaux publics, le meilleur accueil pour que les travaux envisagés puissent se réaliser.

Les ministres présidèrent à la première pierre du Monument aux Morts 1914-1918 à Nantes
Collection Michel-C Mahé

Vers 18 heures 30 débuta la cérémonie de la pose de la première pierre du monument aux Morts* de la grande guerre en présence des différentes sociétés patriotiques de la ville, des délégations d’anciens combattants, d’orphelins, de veuves de la guerre et des mutilés, d’importants effectifs de régiments cantonnés à Nantes et d’une foule nombreuse. À son arrivée au pied de la tribune, le général Gouraud fut très acclamé. On notait la présence de Mgr Le Fer de la Motte**.

* Monument qui fit polémique car le choix du projet se fit sans concours. M. Bellamy, maire de Nantes, avait mandé l’architecte de la ville Camille Robida, grand mutilé de guerre, pour élever le monument.
** Présence remarquée car Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, était alors en conflit avec M. Bellamy après l’interdiction de la procession de la Fête-Dieu à Nantes.

La Marseillaise fut jouée par le 65e R.I. puis M. Bellamy, député-maire, prononça son discours. Le général Gouraud lui succéda. Ce dernier, avec beaucoup de simplicité et d’émotion, évoqua le sacrifice des 7000 morts nantais dont les noms vont être gravés sur le monument.

C’est à 19 h. 45, chez le traiteur Bernard, salon du Bocage que les invités, les personnalités et la presse nantaise furent réunis pour un dîner très intime (60 couverts) offert par la Ville de Nantes et la Chambre de commerce.

Voyage des personnalités américaines

Gare des invalides – Collection Michel-C Mahé

Un train spécial quitta la gare des Invalides* à Paris le vendredi soir ayant à son bord les personnalités américaines.
Mrs. Louise Du Bois, épouse du Captain Arthur M. Du Bois**, trésorier de “The St. Nazaire Memorial Fund”***, était du voyage et nous a laissé quelques jolies pages sur l’inauguration de monument américain et quoi de mieux de la laisser raconter son voyage :

* La gare des Invalides, était le terminus de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois a été recruté par l’armée américaine en 1917, dès le début de l’entrée en guerre des États-Unis. First Lieutenant, il a été affecté à l’ « Army Air Force – Paris Division » puis à Saint-Nazaire pour diriger l’ « Aviation Clearance Office ».
*** The St. Nazaire Memorial Fund, assocaition chargée de collecter les fonds nécessaires (100 000 $) pour ériger le monument.

« Le vendredi soir 25 juin, à 10 h 30, nous sommes arrivés à la gare des Invalides où un porteur nous a accueilli en appelant « Train spécial ». Après notre «oui», on nous a emmenés au niveau inférieur, sur le quai, où plusieurs de nos compagnons de voyage s’étaient déjà rassemblés.
Leur nombre continua à augmenter jusqu’à 11 heures, heure prévue de notre départ, alors nous sommes tous montés à bord et commençâmes notre voyage de nuit.
Tandis que nous attendions nous avons découvert que nous étions extrêmement honorés par les officiels français en nous permettant, premièrement, d’utiliser la gare des Invalides (généralement réservée pour les visites royales) et secondement, de disposer d’une des deux voitures spéciales des chemins de fer français.
Le maréchal Pétain avait demandé d’utiliser cette voiture pour cette même nuit mais les responsables des chemins de fer nous l’avaient attribué en apprenant que l’ambassadeur Herrick et le général Pershing étaient du voyage.
Le train était formé d’un wagon à bagages, la voiture spéciale, deux wagons-lits et deux couchettes, et le notre groupe était constitué comme suit : Mrs. Whitney, Mrs. Tower, Mrs. Force, Mr. and Mrs. Howard (un artiste), Jo Davidson, le sculpteurr, le général Pershing, l’ambassadeur Herrick, le colonel Mott (attaché militaire), Miss Causse*, Mr. Jerry Kelley, un artiste, Mr. et Mrs. Guy Pene DuBois, un artiste, Mr Sampson, de l’American Legion de Providence, M. Laurent, représentant des chemins de fer, Mr. Herbert McBride, un critique d’art, M. et Mme de Provencal, de St. Nazaire, trois journalistes, la servante de Mrs. Whitney, Roynon Cholmeley-Jones, président du mémorial de Saint-Nazaire, et nous-mêmes.
Peu après le départ, on nous a demandé de nous rassembler dans la voiture de Mrs. Whitney, ce que nous avons fait, et on nous a servi le champagne.
Le général Pershing était le seul passager absent de cette réunion car aussitôt monté à bord, il s’enferma en annonçant qu’il allait se pieuter. Nous bûmes et parlâmes jusqu’à une heure du matin puis nous nous sommes retirés.
Miss Causse et moi partagions un compartiment à côté du général, tandis qu’Arthur** et Roy*** étaient ensemble juste après le sien.
Ce qui restait de la nuit nous laissait très peu de sommeil, du fait que nous filions assez bien sur les rails pour arriver à Saint-Nazaire à 6 h 24 le lendemain matin, la durée du voyage étant un peu plus de 2 heures de moins que les trains express réguliers.
Finalement, Miss Causse et moi avons somnolé jusqu’à environ 5 h 30 puis réveillés par un coup à notre porte à 6 h 25, pour nous retrouver dans la gare avec un ciel sans nuages, sous un flot de soleil.
Nous nous habillâmes confortablement et descendîmes du train vers 7 heures pour découvrir le général Rockenback (représentant le U. S. War Department), Mr. Perrin**** du Comité du mémorial, M. Cadayé (président du Comite des fêtes) et quelques autres qui attendaient pour nous recevoir.
Une limousine Rolls-Royce, appartenant à l’Ambassadeur, elle l’avait précédé, attendait à la gare et aussi une belle automobile pour le général, qui dormait encore. Nous montâmes, Miss Causse et moi avec tous nos bagages, dans la voiture de Mr. Perrin et on nous emmena au Grand Hôtel, rue Villès-martin, où Arthur et Roy nous rejoignirent.
Les rues étaient pavoisées de drapeaux français et américains et tendues de guirlandes électriques. Au centre de la place publique***** se trouvait un kiosque gaiement décoré et, même à cette heure, il y régnait un air de fête. Nous avons trouvé des chambres confortables qui nous attendaient, et après s’être lavés, habillés et restaurés, nous nous sommes rassemblés dans le hall de l’hôtel pour le début des cérémonies. »

* Miss Minette Causse, membre du Comité exécutif de St-Nazaire Memorial Fund.
** Le Captain Arthur Mason Du Bois, son époux.
*** Mr. Roynon Cholmeley-Jones, président de St-Nazaire Memorial Fund.
**** Mr. Charles C. Perrin, de Paris, membre du Comité éxécutif de St-Nazaire Memorial Fund.
***** Place Carnot.
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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

Flash-info
La prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque.
mediatheque@montoirdebretagne.fr ou au 02 40 70 11 51.
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echelledetempsinauguration

Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Vendredi 25 juin

retraiteauxflambeauxPlan A – Saint-Nazaire 1924 – En rouge, itinéraire retraite aux flambeaux
A) Place de la Vieille-Ville ; B) Pont roulant ; C) Place du Bassin ; D) Place Carnot ; E) La gare ; F) Place Marceau ; G) Sous-préfecture ; H) Hôtel de ville ; I) Collège de jeunes filles ; J) Monument américain. – Dessin Michel-C Mahé.

À l’occasion des fêtes franco-américaines, le cinéma ne fut pas en reste. On projeta au théâtre municipal Trianon, du mercredi 23 au dimanche 27 juin, un document mémorable, propriété du Trianon, le premier débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire, le 26 juin 1917. Les spectateurs virent ainsi : la réception par le général Pershing et les autorités françaises et américaines ; le défilé à travers la ville ; l’arrivée au camp N°1.

Cette première journée de fêtes, le vendredi 25 juin, commença à 8 heures par des salves d’artillerie.

Quai du Commerce

À 10 heures, le contre-amiral Chauvin, commandant la division de la mer du Nord,  rendit visite à l’amiral Gleaves, à bord du «Memphis », accompagné de son officier de pavillon M. Falico.
MM. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; Butterlin, sous-préfet ; Joubert, président de la Chambre de commerce ; Gourmelon, administrateur de la marine, attendaient sur le quai.
Les fifres se firent entendre quand le cortège parut.
Le contre-amiral Gleaves, le capitaine de vaisseau Henry E. Lackey, commandant le croiseur et son second, le capitaine de frégate, Beck le reçurent à la coupée.
Selon le chroniqueur « La réception fut cordiale, simple, rapide, poignées de mains énergiques, bienvenue, welcome, une orangeade* officielle, aimable conversation ; et puis la séparation avec les mêmes cérémonies. »

* À bord les équipages ne buvaient que du café, du thé et de l’eau glacée, de la limonade pour les grandes occasions.

Dans le centre-ville

L’après-midi, sous un grand soleil, les rues furent en proie à une animation inaccoutumée. La circulation des autos dans le centre-ville devint difficile et le petit kiosque érigé place Carnot* pour un concert compliqua la situation.
Partout dans les rues, la foule joyeuse, parsemée de groupes de marins, était en fête ; place Marceau, c’est la foire, les manèges, la musique, les jeux.

* Concert qui n’aura pas lieu.
collegedejeunesfilleslacourdhonneur-001Collège de Jeunes filles – La cour d’Honneur – Collection Michel-C. Mahé.

L’exposition des arts anciens et modernes

Ce même vendredi à 15 heures a eu lieu le vernissage de l’exposition des arts anciens et modernes, du 25 juin au 25 juillet, organisée dans plusieurs salles du Collège de jeunes filles*, rue Villes-Martin.
On y a vu : des tableaux anciens et modernes** ; des meubles, costumes, coiffures, poteries, objets d’art breton et autres, anciens et modernes*** ; des objets d’art étrangers**** ; des collections offrant de l’intérêt sélectionnées par une commission spéciale***** ; des bateaux modèles.
Les antiquaires nazairiens, de nombreuses familles nazairiennes et de la presqu’île ont prêté leurs collections ; ils pouvaient aussi les vendre.

* Le Collège de jeunes filles fut établi rue Villès Martin, en 1911, dans l’ancien bâtiment du Collège de garçons transféré rue Haute de la Paix (future rue Aristide Briand) en mai 1907. (voir Plan A, ci-dessous)
**Anciens
Portrait d’une dame l’honneur de la reine Marie Leczinska, de Nattier ; Enfant au chien, de Coltzius (probablement Goltzius) ; gravures, de Coldegrever ; bois gravé, d’Albert Dürer ; tableau, de Lazare Meyer exposé au salon de 1878 ; gravures, de Daumier ; dessin sépia, de Nicolet ; reproduction de la Sainte Famille, de Raphaël par Lenepveu, peintre du plafond du grand Opéra de Paris.
Modernes
Les Piliers, de Jean Bouchaud ; nature morte, d’Eugène Quost ; Grain à Belle-Isle-en-Mer, de H. Berteaux ; Un moulin, de M. de Puygaudeau ; Tête de Breton, de M. Simon, professeur de l’École des Beaux-Arts de Nantes ; des jolis intérieurs, de M. Ménasger ; Paysage du Croisic, de M. Valat ; des aquarelles, de M. de Broc ; gravures sur bois (dont Le rémouleur) de M. de Landlais ; paysages (dont Une grève à l’Île d’Arz) de M. Cylkow ; vues d’Oudon, de M. Deltaube ; panneaux de tapisserie, de Mme Deltaube.
Autres exposants : Chautron ; Delpechet ; M. Jacob, médaille d’or du Salon des artistes français, M. Langlade ; M. Perren.
*** Collection de camaïeu (histoire d’Œdipe) ; écharpes en véritable cachemire des Indes ; gilets brodés et de vieilles dentelles.
Statuettes de la Vierge ou des saints, christs anciens et précieux ; bibles datant de plusieurs siècles, « La Cité de Dieu » de saint Augustin (1570), « Vie des Saints bretons », (1570).
**** Vases et armes de Damas, poteries de l’Euphrate et du Tigre, propriété du colonel Marquet.
Statuettes japonaises en bois sculpté et peint.
***** Tapisserie faite au point à l’aiguille par Mme Degrées du Loû ; portrait de Mme de Genlis, de Mme Sophie Chéradame, (ancêtre de Mme Degrées du Loû) ; dessins du vieux St-Nazaire en 1850.
Parmi les principaux organisateurs : M. Éveillard*, directeur de l’École de dessin de Saint-Nazaire, commissaire général de la Commission artistique ; MM. Benoist**, Joudrin, Volot, Dousset, Yviquel, Dommée, Van den Brouck ; Mlle Pelteau.
georgeseveillard-001*Êveillard Georges Alexandre ; artiste peintre et professeur de dessin à Saint-Nazaire. Nous disposons de très peu d’informations à son sujet ; l’homme était discret.
M. Lamoureux, commerçant et féru d’art, créa en 1912 le Groupe artistique pour réunir les amateurs d’art sur Saint-Nazaire et organiser des expositions.
Au début de la guerre, il rencontra M. Georges Éveillard, mobilisé à Saint-Nazaire et ce dernier accepta de prêter son concours pour mettre en place des cours de dessin. Ils débutèrent en 1915 et étaient entièrement gratuits.Ils avaient lieu au collège de Jeunes Filles et furent à l’origine des cours de dessin du Groupe artistique de Saint-Nazaire. M. Éveillard en devint directeur et sous son habile direction ils eurent beaucoup de succès. En 1926, ils furent pris en charge par la municipalité. M. Éveillard fut nommé directeur de l’école de dessin.
Officier de l’instruction publique en 1923.
Chevalier de la Légion d’honneur en 1936.
** M. Benoist habitait 25, rue de Pornichet.

 

gareorleansruedenantesLa gare d’Orléans – Au premier plan le parapet, longeant la rue de Nantes (rue du Président Wilson) et surplombant la place de la Gare. Collection Michel-C. Mahé.

À la gare

À la gare, le public se pressait, attendant parents et amis. Les trains déversaient leurs flots de visiteurs, de délégations et d’autorités.

Vers 17 heures, la musique de Montlouis* est arrivée, suivie, vers 17 heures 30, par un bataillon de fusiliers-marins de Lorient. Ce fut un instant émouvant, lorsque les compagnies s’éloignant de la gare, les drapeaux, entourés par des vétérans en armes, passèrent par les salons du chef de gare.
Postée sur la rue du Nantes** qui surplombe la gare, une foule nombreuse était venue accueillir les héros du Dixmude***.
Le bataillon, sous les ordres du capitaine de frégate Bonelli****et précédé de l’étendard porté par M. Ceveac, défila à travers les rues. La musique de Montlouis et les Nazairiens, firent fête à nos fusiliers en les acclamant avec enthousiasme.
La musique de la Flotte est arrivée, elle aussi, dans la soirée.
Un chroniqueur écrivait : « Un défilé en fanfare a eu lieu à travers la ville qui n’avait jamais été (depuis l’occupation américaine) si animée, encombrée (surtout d’autos) et si bruyante ! Mais c’est un joyeux tintamarre, puisse-t-il faire baisser le dollar.»

* La musique de Montlouis. Chef, M. Moreau ; sous-chef, M. Chouan.
** Bien que cette rue fût renommée rue du Président Wilson en 1919, les nazairiens continuaient à l’appeler rue de Nantes.
*** Les fusiliers marins ont pris part à la bataille de Dixmude en octobre 1914 pour arrêter l’avancée de l’armée allemande et protéger Dunkerque. Ils s’étaient engagés à tenir la ville pendant quatre jours, ils ont tenu trois semaines.
**** Toussaint Bonelli, né le 14 novembre 1877 à Bastia (Corse), décédé le 5 janvier 1954 à Marseille (Bouches du Rhône). Il est cité à l’ordre de l’Armée navale en janvier 1915 :  » A enlevé deux tranchées à l’ennemi à 200 mètres des tranchées principales. Blessé au cours de l’action. ».
Il a commandé l’École des fusiliers marins de Lorient, du 25 février 1925 au 1er octobre 1926.
Officier de la Légion d’honneur. Croix de guerre.

Soirée de gala au théâtre Trianon

À 21 heures, au théâtre municipal Trianon on joua, en l’honneur de nos hôtes et des autorités participant aux fêtes, Le Grillon du Foyer, pièce en trois actes de M. Ludovic de Francmesnil, d’après Dickens, avec le concours des artistes du théâtre national de l’Odéon*.
Musique de scène de Massenet, avec un orchestre de vingt musiciens, sous la direction de Pierre Montpellier, directeur de Musica.

* Mmes Marguerite Guéreau, Nivette, Saillard, Dubuisson, Jacqueline Ferny. MM. Georges Saillard, Fernand Fabre, Bayard et Jacques Varenne.
** Prix des places : fauteuils d’orchestre : 10 francs ; baignoires (la place) : 8 francs ; premières : 6 francs ; parterres : 4 francs ; galeries : 2.50 francs ; location ; 0.50 francs en plus, par place.

Ce fut une belle soirée mais on déplora quelques rares uniformes, très peu d’autorités et aucun hôte* dans les balcons qui leur étaient réservés.
* Les officiels américains étaient encore à Paris. Ils sont partis le vendredi à 22 h 30 de la gare des Invalides par train spécial. Ils sont arrivés à Saint-Nazaire le lendemain matin vers 6 h 30.
Les ministres étaient à Nantes où ils avaient inauguré, dans l’après-midi l’exposition des Tissus au Château de Nantes et posé la première pierre du monument aux Morts de la Grande Guerre. Ils sont arrivés, en automobile, le samedi matin à 10 heures à Saint-Nazaire.

La retraite aux flambeaux

Plusieurs musiques ont participé à la retraite aux flambeaux. Le rassemblement se fit à 21 heures place de la Vieille-Ville ; le départ à 21 heures 30. On vit une foule considérable, parmi laquelle on remarquait surtout des marins français et américains, parcourir l’itinéraire (voir Plan A) : place de la Vieille-Ville, pont Roulant, place Bassin, rue Villès-Martin, place Carnot, rue de Nantes, rue Amiral-Courbet, rue Thiers, rue de la Gare, rue de Nantes, rue Amiral-Courbet, place Marceau (le tour de la place), rue du Palais, rue du Croisic, rue Fernand-Gasnier, boulevard de I’Océan, sous-préfecture, rue de l’Océan, place Carnot, rue Villès-Martin, rue de l’Hôtel de Ville, mairie (dislocation).
Des pièces d’artifices ont été tirées sur le parcours.
Place Carnot, ce qui avait particulièrement étonné les participants, c’étaient ces trois mille ampoules électriques de différentes couleurs qui jetaient des flots de lumière. Jamais, de mémoire de Nazairiens, on n’avait vu pareil spectacle. La rue de Nantes, la rue de l’Océan, une partie du boulevard de l’Océan, la rue Amiral-Courbet, la rue du Palais, place Marceau, bien que moins brillamment illuminées, étaient resplendissantes de lumière.

Fin de soirée

La première journée s’achève. Pour conclure, je ne peux que reprendre les propos d’un chroniqueur, ils démontrent si bien l’atmosphère du moment, le chauvinisme ambiant.
« Nocturne. Vendredi soir, 10 heures. Ville grouillante. Dans la nuit proche, les formes humaines sont moins accusées. On dirait des taches qui se meuvent… C’est l’heure où les marins rentrent à bord. Devant le Memphis une foule bruyante de curieux. Des cris, de la poussière, des marins américains qui s’interpellent, chantent… Une atmosphère de foire, quoi !…
Un peu plus loin, à la sortie du port, d’autres marins, des Français ceux-là, s’entassent dans deux vedettes qui vont les conduire à bord du Voltaire. Les vedettes s’éloignent du quai. Un imposant silence fait de discipline et de dignité… Pas un mot, pas un cri… Seul, le halètement du moteur dont le bruit se répercute en un écho assourdi… Déjà les deux barques ne sont plus qu’une masse informe d’où se détachent les bérets blancs… Elles abordent au Voltaire. – Deux marines… deux manières, deux races… deux mondes !… »

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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes – Autour des escadres

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes
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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes – Autour des escadres

amarragesdesnaviresAmarrages connus des escadres – Quai du commerce : 1) croiseur Memphis, 2) destroyer Lamson ou Charles Ausburn ; 3) destroyer Osborne ; 4) destroyer Preston. – Dessin Michel-C Mahé

Nous avons vu, dans un article précédent*, l’arrivée des escadres, américaine et française, à Saint-Nazaire. Le Voltaire et le Diderot sont restés au mouillage dans la rade. Les navires américains, gris argent assez vif , sont amarrés quai du Commerce, les français en face, de couleur moins visible, quai Demange (quai de la Loire).
Elles sont le prélude des grandes fêtes américaines. Des milliers de marins vont envahir la ville.

* Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les escadres
croiseurmemphismcmLe croiseur américain Memphis au quai du Commerce – Collection « Carnet du globe-trotter »
croiseurmemphisquaiducommercephotomcmLe Memphis au quai du Commerce – Collection Michel-C. Mahé.

Le Jeudi 24 juin,

Quai du Commerce

MM. Blancho, maire de Saint-Nazaire, Butterlin*, sous-préfet ; Joubert, président de la Chambre de commerce ; Cadayé, président du Comité des fêtes, ont rendu visite à l’amiral Gleaves**, à bord du croiseur Memphis, amarré quai du Commerce.
Une demande a été faite pour que les hydravions que porte le navire participent aux fêtes et survolent le monument***.

* M. Butterlin est né le 31 mars 1887, à Baume-les-Dames (Doubs). Docteur en droit, M. Butterlin s’inscrivit au barreau le 6 mars 1914. Il fut ensuite successivement chef du cabinet des préfets d’Eure-et-Loir, de la Manche, d’Indre-et-Loire. Le 3 mars 1914, il était nommé sous-préfet de Corte (Corse), et le 26 septembre 1914, il était appelé sous les drapeaux. Le 10 janvier 1915, il était chargé de l’intérim du secrétariat général du Vaucluse ; le 20 mars 1915 on lui donnait l’intérim du secrétariat général de la Dordogne ; le 20 mars 1919, après un an d’intérim dans la Manche, il était définitivement nommé sous-préfet à Coutances puis sous-préfet à Saint-Nazaire, en février ( ?) 1926.
** L’amiral Gleaves (en retraite en 1926) avait commandé le premier convoi des premières troupes américaines qui avaient débarqué à Saint-Nazaire en 1917. Il embarqua sur le Memphis avec le brigadier-général Samuel D. Rockenbach, premier commandant de la base de Saint-Nazaire, comme représentants de la Marine et de l’armée américaine.
*** Les zones d’amerrissages avaient été prévues. Cela ne se fit pas.

Le Memphis, amarré au quai du Commerce fut une attraction pour les Nazairiens. Le jeudi après-midi les badauds défilèrent le long du superbe navire. Les marins restèrent impassibles, ne manifestant aucune joie.
Mais, en soirée, lorsque les ouvriers, libérés de leur journée de labeur, vinrent eux aussi profiter du spectacle, l’atmosphère changea. Les marins montrèrent alors une joyeuse exubérance en les apercevant.
Le geste se joignant à la parole pour se faire comprendre, ils se hélèrent, s’interpellèrent pittoresquement, se lancèrent quelques quolibets et une manne de paquets de tabac tomba dans les chapeaux et casquettes tendus pour la recevoir.

À 18 heures, le contre-amiral Chauvin a rendu visite à l’amiral Gleaves, à bord du Memphis.
Les états-majors ont ensuite été reçus par les autorités de Saint-Nazaire.

Les filles de petite vertu

quartiervilleaubryQuartier de la Ville-Aubry – Situation des principales maisons de tolérance, immeubles à problèmes et passage Montmartin – Dessin Michel-C Mahé

Cette concentration de marins (environ 4.000, français et américains) étaient une source de revenus pour une autre partie de la population : les maisons de tolérance* du centre-ville situées, entre autres, rue de la Ville-Aubry** (rue de Saintonge à partir de 1933 ) et les filles de petite vertu qui ont fait le voyage spécialement pour ces fêtes. Elles venaient de Brest, de Nantes et d’Angers.
On les vit en nombre avec les matelots qui avaient monopolisé les principaux cafés. Ce qui faisait dire à un chroniqueur qu’elles avaient envahi Saint-Nazaire « comme les sauterelles dévorantes s’abattent sur l’oasis pour la mettre en coupe réglée. »
Elles arpentaient le quai pour aguicher les marins américains « sans honte et avec une inconcevable désinvolture… L’une, jouant à la Carmen de carrefour, jetait au visage d’un petit marin un bouquet fané. Une autre s’amusait à pêcher les bérets blancs ». On s’offusqua : « Il faut faire cesser ce scandale ! » « Quelle idée doivent avoir de la femme française tous ces marins, en contemplant les tristes créatures ».

* Les maisons de tolérance, du centre ville, répertoriées dans mes notes autour de 1920 :
– n°2, de la rue des caboteurs. M. Marius Gontier, propriétaire ; Alexandrine Péchou, sous-maîtresse ; Mathilde Dubos, portière de la maison ; Jeanne Touquet dite « Pépée », fille soumise ; Anne Rémond, fille soumise.
– n° 1, rue de la Ville-Aubry.
– n° 15, rue de la Ville-Aubry. Propriétaire : Mme Louise Guilbaut.
** Les affaires de police furent nombreuses dans la rue de la Ville-Aubry, tapages, trafics, débits clandestins, vols, agressions et même, en 1920, un meurtre d’un coup de revolver. Les immeubles les plus cités dans les affaires sont le n° 6 et 8.
Dans le même quartier, le passage Montmartin tenait la première place dans les chroniques nazairiennes. Il se composait de deux corps de bâtiments délabrés, insalubres, portant les numéros 57, 59, 61 et 61 bis rue d’Anjou, situés de part et d’autre d’un passage de 4 mètres de largeur et 60 mètres de longueur. Ils abritaient environ 40 familles comptant un très grand nombre d’enfants.
Peu de jours s’écoulaient sans que la police n’intervint dans cette cour des miracles, disputes diurnes et nocturnes, combats entre femmes, rixes sanglantes entre hommes au couteau ou au rasoir, étaient fréquents, au point qu’un chroniqueur ironisait, en 1928, en écrivant qu’il faudrait installer un poste de police au milieu de cette voie déshéritée. Quelques prostituées y habitaient.
Mme Marie-Rose Montmartin, était la propriétaire de ce passage. Elle possédait dix autres immeubles à Saint-Nazaire. Elle habitait le rez-de-chaussée d’un hôtel de « belle apparence », rue Villebois-Mareuil.
Les filles soumises, par opposition aux clandestines, étaient des prostituées qui se soumettaient aux règlements de la prostitution. Elles étaient inscrites dans les registres de police, subissaient des contrôles sanitaires chaque mois.
passagemontmartinmcmLe passage Montmartin – Source Gallica – Bibliothèque nationale de France
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Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes

Flash-info
Notre prochaine rencontre-conférence, aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 10 h 30 à la médiathèque Barbara, 7, rue du Berry – 44550 Montoir-de-Bretagne.
En octobre 2016, nous avions fait deux balades dans le Saint-Nazaire de 1926. En prenant l’inauguration du monument américain comme thème central, nous continuerons à explorer le Saint-Nazaire de cette époque.
mediatheque@montoirdebretagne.fr ou au 02 40 70 11 51.
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echelledetempsinauguration

Le monument américain – Les Fêtes Franco-Américaines – Veille de fêtes

cartesaintnazaire1924veilledefete1Saint-Nazaire en 1924 – En rouge, le secteur brillamment illuminé.
A) Monument américain ; B) Escadre américaine ; C) Escadre française ; D) Place Carnot ; E) Place Marceau.

La ville se pare

Les huit jours précédant, il fit un temps magnifique. Débarrassé de ses échafaudages, le monument américain fut très admiré par les nombreux promeneurs le long du boulevard de l’Océan. En face de ce dernier, des tribunes avaient été dressées pour les officiels.

La ville avait opéré sa transformation, revêtu une toilette somptueuse pour recevoir ses hôtes de marque.
Dans les rues du centre-ville* des mâts furent érigés supportant des drapeaux**, des guirlandes électriques et des motifs lumineux, les mêmes admirés à l’exposition des Arts Décoratifs à Paris.

* La rue Henri-Gautier, la rue de l’Océan, une partie du boulevard de l’Océan, la rue Amiral-Courbet, la rue du Palais, place Marceau, pour être moins brillamment illuminées, étaient resplendissantes de lumière. Le reste de la ville, la place de la Gare notamment, avait été complètement négligé.
** La ville de Brest prêta ses draperies, étendards et écussons, amenés par le transport « Seine ».

Place Carnot, ce qui avait particulièrement plu, c’étaient ces trois mille ampoules électriques de différentes couleurs qui jetaient des flots de lumière. De mémoire de Nazairiens, on n’avait jamais vu pareil spectacle.

placecarnotruehenrigautierPlace Carnot et les quatre horloges

Le support des quatre horloges croulait sous des plaques indiquant des noms de pays, des distances kilométriques, provoquant la curiosité des automobilistes et des ralentissements autour de la place. Le gendarme de faction, avec son bâton blanc, eut fort à faire.
Sur cette même place, un magnifique kiosque « empanaché de drapeaux, fleuri et enguirlandé » avait été dressé. Il avait subi quelques légers dommages, vite réparés, après qu’un cheval*** emballé était venu s’échouer terminant une galopade insensée.

*** Le cheval appartenait à M. Legrand Joseph, boulanger, rue des Chantiers.

Les monuments publics furent pavoisés aux couleurs françaises et américaines ainsi que les maisons particulières, se conformant à l’appel du Comité des fêtes franco-américaines qui avait appelé tous les Nazairiens pour qu’ils illuminent, fleurissent leurs balcons et décorent leurs devantures.
Tout avait été fait pour donner à ces fêtes un tel éclat, un tel faste, qu’elles supplantèrent, selon un chroniqueur, celles organisées pour la visite de Félix Faure en 1897, l’inauguration de l’entrée du port en 1907 ou les deux grandes semaines maritimes*, organisées dans l’estuaire de la Loire, en 1908 et 1924.

* Ces fêtes étaient organisées par la Ligue maritime.
Cette société, fondée en 1890 et reconnue d’utilité publique en 1906, avait pour dessein de montrer aux Français la nécessité d’une marine militaire puissante et d’une marine commerciale prospère. Elle employait son activité à l’étude des améliorations et réformes nécessaires.
En 1908 elle regroupait 11 000 adhérents.
Vers 1890, la Ligue coloniale fut créée pour appuyer les efforts des coloniaux.
Après 1918, les deux ligues fusionnèrent et devinrent la « Ligue maritime et coloniale ».
Parmi les moyens de propagande que la Ligue employait, figurait la Grande semaine maritime, une fête annuelle de la mer, qui se déroulait chaque année sur un point différent du littoral.
Pendant huit jours, dans les villes adhérentes, des manifestations maritimes les plus diverses étaient organisées telles que régates, promenades en mer, congrès etc. L’escadre était présente.

Dispositions particulières

Par tolérance spéciale, les cafés et débits de boissons purent rester ouverts la nuit du 26 au 27 et celle du 27 au 28.
Les boulangeries ouvrirent le dimanche, toute la journée. Les salons de coiffure par contre étaient fermés.

Les ouvriers des chantiers et des usines de Saint-Nazaire travaillaient le samedi à cette époque et toute liberté leur a été donnée pour travailler ou non, ce jour-là, pour assister à l’inauguration.

La Compagnie des chemins de fer du Morbihan a mis en place des trains supplémentaires le samedi et le dimanche sur la ligne Mindin-Pornic en liaison avec le bateau de Mindin** et sur la ligne de Brière Saint-Joachim – Saint-Nazaire.

* En 1892, le conseil général du Morbihan confia à la compagnie des chemins de fer du Morbihan la construction et l’exploitation d’un réseau de voies ferrées d’intérêt local.
Le réseau en Loire-Inférieure, appelé « Tramway », fut construit suite à une convention passée en 1902 entre l’exploitant, les élus du Morbihan et ceux de la Loire-Inférieure.
– La ligne La Roche-Bernard – Saint-Nazaire par Herbignac et Saint-Joachim (ouverture en 1907 – fermeture en 1947) avec deux embranchements celui de Méan desservant les chantiers de Penhoët et celui de Trignac desservant le bourg de Montoir et sa gare ;
– La ligne Herbignac à Guérande par Piriac et la Turballe (ouverture en 1907 – fermeture en 1938) ;
– La ligne Paimbœuf à Pornic par Mindin (39 km 200 – ouverture en 1906 – fermeture en 1938) ;
– La Plaine – Préfailles (embranchement sur Pornic – Paimbœuf) (1200 m)
** Le bateau de Mindin (terme utilisé à l’époque) des Messageries Maritimes (10 allers-retours par jour) assurait la jonction entre les réseaux au nord et au sud de la Loire.
En ce mois de juin 1926, les travaux sur le nouvel embarcadère de Saint-Nazaire étaient en cours. L’ascenseur servant à embarquer et débarquer les automobiles sera remplacé par un ponton flottant.
tramwaymorbihan
En bleu, les lignes de la Compagnie des chemins de fer du Morbihan.  Le bateau des Messageries de l’Ouest effectuait la liaison entre Saint-Nazaire et Mindin.  Dessin Michel-C Mahé.

Les prix flambent

À l’approche des fêtes, les restaurants et les logeurs s’approvisionnèrent à tous les marchés des environs ayant pour conséquence une augmentation locale des prix des denrées de première nécessité (beurre, œufs, légumes etc.)* D’aucuns demandaient que la municipalité prît des mesures pour que les ménages les plus modestes ne souffrissent pas de la situation.

* Le pouvoir d’achat des ménages a été déjà fortement impacté par le doublement de la hausse des prix de détails entre 1922 et 1926.
indicedesprixSource : Statistique générale de la France – Dessin Michel-C Mahé.

Prévenant la grande affluence probable d’étrangers, la municipalité avait pris ses précautions pour accueillir les visiteurs, Elle avait demandé, début juin, à toutes les personnes susceptibles d’avoir des chambres ou des lits à louer de se faire inscrire à la permanence du Comité tenue dans le magasin de M. Cadayé, 42 rue du Palais.
Malheureusement, les moindres chambres atteignirent des prix faramineux : cinquante francs par nuit pour un lit dans une salle à manger et cent francs dans un local ordinaire*.
La municipalité dut exercer son droit de réquisition car, devant l’attrait des dollars**, certains mercantis ont même refusé d’héberger des officiers français notamment ceux qui étaient à la tête du bataillon des fusiliers-marins.

* Ordinairement, une chambre dans un meublé coûtait de 100 à 120 francs par mois.
** Un dollar américain valait alors 35,35 francs. Mi-juillet 1926, la « crise du franc » sera à son point culminant. Le 20 juillet 1926, le franc ne cotera qu’environ un dixième de sa valeur d’avant-guerre par rapport au dollar ou à la livre sterling.

Les équipages américains se plaignirent que, dans certains établissements, deux prix étaient pratiqués, un tarif courant pour les Français et un tarif majoré de 50 % pour les Américains. Il faut noter, toutefois, que la majorité des commerçants sont restés honnêtes.
Les Français ont aussi quelques griefs à l’encontre des commerçants, les cafetiers, les coiffeurs. Devant l’affluence on mettait du temps à vous servir mais ils se précipitaient pour combler les désirs des marins américains. Dans les salons de coiffure ils bénéficiaient même d’un tour de faveur.

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – Les escadres

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Le monument américain – Les Fêtes franco-américaines – En marge des fêtes

Les manœuvres de La Baule

Mi-février 1926, les dirigeants de La Baule se proposaient d’inviter toutes les personnalités marquantes qui assisteront à l’inauguration du monument américain de Saint-Nazaire. Ils avaient déjà élaboré tout un programme : excursion sur la Côte d’Amour et à Guérande, fête des fleurs à La Baule et banquet au Casino.
Mi-juin, le projet est toujours d’actualité. Ils prévoyaient, le soir de l’inauguration, d’inviter les ministres et les personnalités américaines à un grand banquet à La Baule. En cas d’acceptation, les invités poseraient la première pierre de la nouvelle gare*. Il était envisagé d’inviter la musique des Équipages de la Flotte pour qu’elle donne une aubade.

* Lors de la modification du tracé de la ligne de chemin de fer entre Pornichet et Le Pouliguen deux nouvelles gares ont été créées, une à La Baule-Escoublac et l’autre à La Baule-les-Pins. À l’occasion de leur inauguration, de grandes fêtes furent organisées les 30 et 31 juillet et le 1er août 1927. M. André Tardieu, ministre des Travaux Publics a présidé ces manifestations. Voir : Jean Cadayé et la direction artistique – Les fêtes de La Baule – 30 et 31 juillet, 1er août 1927

Ils réussirent leur coup, le samedi 26 juin, le soir de l’inauguration du monument, les ministres et officiels se rendirent à La Baule où un dîner intime (100 couverts) fut offert dans la grande salle du Casino.
Au début des fêtes une rumeur a couru : « qu’à peine l’inauguration faite, le samedi, les vaisseaux de guerre s’en iraient auréoler de leurs feux, la nuit, les façades des luxueuses villas de La Baule ». On s’en est ému et le Comité et municipalité se sont ingéniés à garder équipages et bateaux. « On ne les lâchera pas avant que le programme des fêtes ne soit complètement épuisé. », assurait un chroniqueur.

 

La plaque commémorative canadienne

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 Tableau représentant le débarquement de la 1ère Division canadienne à Saint-Nazaire (France) en février 1915.
« Un artiste anglais, Edgar Bundy, a reçu commande d’une oeuvre commémorant le débarquement de la 3e Brigade d’infanterie canadienne à Saint-Nazaire, en France, en février 1915. La fanfare du Black Watch marche au premier plan à gauche, alors qu’à droite on voit les généraux canadiens Richard Turner et Frederick Loomis ainsi que le ministre de la Milice, sir Sam Hughes. Le vapeur Novian domine l’arrière-plan de cette grande peinture maintenant exposée sur les murs de la salle du Sénat, à Ottawa. » – Collection d’art militaire Beaverbrook, © Musée canadien de la guerre
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La plaque commémorative canadienne.
On peut la voir à l’intérieur de l’écluse fortifiée du bassin de Saint-Nazaire,
dans le hall d’accueil du sous-marin Espadon,.
Iconographie : Mémorial-GenWeb relevé n° 136735 – Photo Pascale BONNAUD

Le 24 février 1926, une délégation canadienne, ayant à sa tête le brigadier général H. F. Hughes et le colonel H. C. Osborne, a été reçue par la municipalité.
Elle a fait part de l’intention des Canadiens de placer en notre ville une plaque de bronze de 1,50 m sur 1 m pour perpétuer le geste des 300 000 soldats canadiens venus en France afin de chasser les Allemands sur le Rhin. Il a été envisagé que l’inauguration pourrait se faire en même temps que celle du monument américain. En fait, elle aura lieu quelques jours avant, le lundi 21 juin lors d’une cérémonie « touchante par sa simplicité »*. Cette plaque de bronze fut installée dans le vestibule du premier étage de l’Hôtel de Ville, entre le cabinet du maire et la salle du Conseil municipal.
Elle porte l’inscription suivante : « Ici, le 12 février 1915, débarquèrent 18 000 soldats canadiens, avant-garde d’une armée de 338 000 hommes qui combattit les Allemands pendant quatre ans, livra vingt-six batailles et, avec les alliés victorieux, marcha vers le Rhin. »
Figure aussi la devise canadienne « A mari usque ad mare »**.

* Le vin d’honneur fut servi au Café de l’Univers et le déjeuner intime à l’Hôtel des Messageries **
Les Canadiens furent les premiers à répondre à l’appel de la France. En février 1915, une division canadienne débarquait à Saint-Nazaire pour combattre quelques semaines plus tard sur le champ de bataille des Flandres. Au cours de la Première Guerre mondiale, 65 000 Canadiens sont morts.
** « A mari usque ad mare » ; « (Tu régneras) d’un océan à l’autre », une citation biblique (Psaume 72 (71) : 8)

 

15 juin 1926 – La démission du Cabinet

Le mercredi 2 juin 1926, la délégation des autorités nazairiennes* avait été reçue par MM. Georges Leygues, ministre de la Marine, Pierre Laval, ministre de la Justice, et Anatole de Monzie, ministre des Travaux publics. Ils avaient tous promis d’assister à l’inauguration du monument américain* mais la démission du cabinet** présidé par M. Briand***, le 15 juin 1926, remettait en cause la présence des ministres et laissait les organisateurs dans l’expectative.

* La délégation était composée de MM. le préfet de la Loire-Inférieure ; M. Bellamy, député, maire de Nantes ; MM. Sibille, Merlan, Delaroche-Vernet, députés ; M. Blancho, maire de Saint-Nazaire ; M. Joubert, président de la Chambre de commerce; M. Le Mouel, adjoint au maire de Saint-Nazaire et M. Cadayé, président du Comité des fêtes franco-américaines.
gastondoumergue** Le septennat de M. Gaston Doumergue a été marqué par une forte instabilité ministérielle et des difficultés financières engendrées par la chute du franc. Pas moins de quinze gouvernements vont se succéder entre 13 juin 1924 et le 13 juin 1931.
À Paris, le 15 juin 1926, le Conseil de Cabinet, sous la présidence de M. Briand, s’était réuni au ministère des Affaires étrangères.
Le ministre des Finances, M. Raoul Péret, avait donné sa démission ; il n’avait pas obtenu, dit-il, les concours sur lesquels il était en droit de compter.
Le conseil devait examiner la situation créée par son départ. À l’unanimité, il a considéré qu’il n’était pas possible de procéder à un simple remaniement, une démission collective était nécessaire pour laisser au président de la République, M. Gaston Doumergue, toute liberté pour interpréter la situation. Ce dernier a accepté cette démission.
M. Briand travailla à un grand ministère national. Les socialistes s’y opposèrent. Il fut contraint de lâcher le projet.
M. Briand essaya un ministère concentré à gauche. Il sollicita M. Poincaré, qui accepta, et M. Herriot, qui lui se fit interdire d’accepter par les radicaux-socialistes. Il passa la main et conseilla d’appeler M. Herriot chef du groupe le plus nombreux à la Chambre. Photo – Gaston Doumergue – Collection Michel-C Mahé.

M. Doumergue appela M. Herriot qui ne réussit pas non plus à former un cabinet. Ce dernier demanda à M. Doumergue de reprendre M. Briand.
Le 20 juin au soir M. Briand répondit à l’appel du président.

aristidebraind*** Aristide-Pierre-Marie Briand, né à Nantes le 28 mars 1862, rue du Marchix, vint de très bonne heure habiter Saint-Nazaire avec ses parents. Ils tenaient un café chantant, à l’endroit même où se trouve le Grand Café, place Carnot.
Il fréquenta d’abord l’école Madiot (école Carnot) puis l’école Denfer, rue des Halles. Il entra au collège de Saint-Nazaire en 1875, l’année de la fondation de cet établissement. Il y resta quatre années.
Aristide Briand entra comme élève boursier au lycée de Nantes, (lycée Clemenceau), en sortit bachelier et fut pris comme clerc chez Me Lucas, avoué.
Le 2 septembre 1886, il décrochait sa licence en droit et prêtait serment comme avocat au tribunal de Saint-Nazaire le 25 octobre 1886.
Tour à tour rédacteur en chef à la Démocratie de l’Ouest et à l’Ouest Républicain, Briand se présenta aux élections municipales le 6 mai 1888 dans la section de Saint-Gohard. Élu il démissionna à la suite d’un ordre du jour blâmant un adjoint. Réélu le 10 février 1889, Aristide Briand démissionnait à nouveau.
Le 22 septembre 1889, il posait sa candidature socialiste aux élections législatives contre MM. Maillard et Fidèle Simon. M. Maillard fut élu.
À la suite d’un violent incident au Grand Café, ayant pour antagonistes Fernand Pelloutier et Félix Gaborit, une rencontre à l’épée eut lieu entre ce dernier et Briand à Sainte-Marguerite, le 8 janvier 1890 ; Félix Gaborit fut assez sérieusement blessé.
M. Briand quitta Saint-Nazaire pour devenir rédacteur à la Lanterne et secrétaire général du Parti socialiste Français. Il fut élu député pour la première fois le 27 avril 1902, dans la première circonscription de Saint-Étienne dans la Loire, réélu de 1906 à 1914. Il se présenta dans la Loire-Inférieure, son pays d’origine, et fut élu en 1919, réélu en 1924 et en 1928.
Il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1926, conjointement avec son homologue allemand Gustav Stresemann, pour son action en faveur de la réconciliation entre la France et l’Allemagne.
Photo – Aristide Briand- Collection Michel-C Mahé.

La carrière ministérielle d’Aristide Briand tableaucarrierearistidebriand

Le 23 juin 1926, un nouveau ministère* est formé. M. Briand redevient président du Conseil et prend les Affaires étrangères. M. Leygues**, de nouveau ministre de la Marine, et M. Daniel-Vincent, ministre des Travaux publics, feront le déplacement pour l’inauguration.
Lors de leur voyage, ils feront étape à Nantes où ils passeront l’après-midi du vendredi 25 juin pour inaugurer l’exposition des Tissus au Château de Nantes et poser la première pierre du monument aux Morts de la Grande Guerre.

* Le ministère ne durera que quatre semaines, du 23 juin au 19 juillet 1926. L’Assemblée ayant refusé des pouvoirs fiscaux exceptionnels à Joseph Caillaux.
georgesleygues** Georges Leygues, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) le 26 octobre 1857 et mort à Saint-Cloud (Seine-et-Oise) le 2 septembre 1933. Homme politique français. Il fut député du Lot-et-Garonne de 1885 à sa mort et plusieurs fois ministre entre le 1894 et 1906.
En 1914, à 58 ans, il s’engaga dans les chasseurs alpins, mais il fut rapidement rappelé à Paris comme président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés. Après une interruption de onze ans, il fut plusieurs fois ministres entre 1917 et 1933.
Photo – Georges Leygues – Collection Michel-C Mahé.

 

 

 

 

La bénédiction du monument

Dans le Nouvelliste du jeudi 17 juin 1926, il est fait mention que « Mrs Whitney, la donatrice du monument américain, aurait exigé que le monument fut béni avant d’être inauguré officiellement. Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes*, aurait été pressenti et se serait refusé à venir tant qu’il n’y aurait pas été invité par le maire de Saint-Nazaire. »
M. Cadayé a été reçu par Mrs. Whitney et lui en a fait part. Ceci a été démentie et le journal Ouest-Éclair écrivait : « Il n’est pas besoin de la réponse de Miss Whitney pour savoir que ladite information émanait d’un fumiste, heureux de jouer un bon tour à la municipalité**. ».

mgrleferdelamotte* Mgr Le Fer de la Motte (Eugène-Louis-Marie), né à Saint-Servan (Côtes-du-Nord), diocèse de Rennes, le 25 novembre 1867, décédé à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Inférieure) le 20 juin 1936.
Études à Dinan, à Redon, à Saint-Brieuc, au Séminaire français de Rome de 1888 à 1892 ; docteur en théologie et en philosophie ; prêtre le 23 mai 1891 ; directeur au Grand Séminaire de Saint-Brieuc en 1892 ; chanoine honoraire et directeur du collège des Cordeliers de Dinan en 1896 ; élu au Consistoire du 28 mai 1914.
Le 16 mai 1914, l’abbé Le Fer de La Motte est promu à l’évêché de Nantes et intronisé le 15 août, avant son sacre, à cause de la guerre ; sacré en sa cathédrale par Mgr Nègre, archevêque de Tours, assisté de NN. SS. Morelle, évêque de Saint-Brieuc, et Gouraud, évêque de Vannes, le 5 novembre suivant. Il succédait à Mgr Rouard.
Photo – Mgr Le Fer de la Motte – Collection Michel-C Mahé.
** Pendant cette période, les relations avec le clergé étaient houleuses depuis la suppression des crucifix à l’hôpital et l’arrêté municipal du 9 juin 1925 d’interdiction des processions. Nous reviendrons en détail sur ces événements.
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