Le monument américain – Premières critiques

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Le monument américain – Premières critiques

Fin juillet 1925, deux poteaux en fer, distants de cinquante mètres furent placés pour indiquer le futur emplacement du monument, face à la rue de la Havane et aux numéros 67, 66, 65 du boulevard de l’Océan.

BoulevardDeLOceanNDMarquéeBoulevard de l’Océan – Emplacement du futur monument –Collection Michel-C Mahé.
MonumentAmericainCritiquesSaint-Nazaire en 1924 – A)  Pointe de Ville-ès-Martin ; B) Rue de la Havane ; C) Boulevard de l’Océan ; D) Rue de l’Océan ; E) Monument aux Morts pour la Patrie ; F) Monument américain ;  G) Tourelle des Morées
– Dessin Michel-C Mahé.
* En 1925, le boulevard de l’Océan devient boulevard Président Wilson.

Les critiques s’élevèrent, relayées par le Courrier de Saint-Nazaire et l’Echo de la Loire, sur l’emplacement tout d’abord : « La place ne convient pas ! » :
– Le monument masquera la pointe de Ville-ès-Martin* aux promeneurs débouchant de la rue de l’Océan, gâtera la perspective de la baie et du traict et reléguera les coquettes villas qui étaient au premier plan au second.
– Il abîmera la perspective de la rue de la Havane.
– Il est trop près des remparts pour bien se détacher et exhaler toute sa beauté et les passagers des paquebots arrivant du large et les marins des cargos sillonnant l’estuaire ne pourront l’apercevoir. « Il serait bon de leur indiquer par une pancarte. », suggéra-t-on…
D’autres emplacements furent proposés : la pointe de Ville-ès-Martin, le rocher du milieu de l’estuaire qui porte actuellement un petit phare*.

* Tourelle des Morées, construite en 1777 en maçonnerie de pierre de taille sous la direction de l’ingénieur Groteau. Elle est consolidée et exhaussée en 1892 pour recevoir un feu automatique.

À cela fut répondu point par point :
« Il est faux de dire que le monument masquera ou gâtera le panorama de la baie ou la vue sur Ville-ès-Martin. Il est trop petit pour cela. »
« La pointe de Ville-ès-Martin est éloignée et seuls les gens valides peuvent y accéder. Quant au rocher placé dans l’estuaire celui-ci est pendant une longue période de l’année couvert par les bruines et les embruns, et le monument resterait par conséquent inaperçu des étrangers. »
« L’idée d’ériger semblable monument au milieu de la baie ou à Ville-ès-Martin, n’a pu venir que dans la tête de gens ignorants du monument, de ses dimensions, de l’idée qu’il représente. Il y a là une question de proportions et de but que certainement, des gens bien intentionnés ont perdu de vue. »

Et puis bien sûr le monument lui-même fut critiqué : « …il est profondément regrettable qu’on ne fasse pas plus et mieux, quelque chose de grandiose, digne de l’Amérique, de la France, digne de l’occasion qu’on veut célébrer. La France a offert à l’Amérique la « Liberté éclairant le monde » : une contrepartie américaine sous les formes d’un « Aigle Yankee sauvant la Liberté » s’élevant du milieu de l’estuaire, serait éminemment désirable pour Saint-Nazaire. »

Il fut, entre autres, répondu :
« Le monument a été conçu avec l’idée qu’il devait s’élever à cet endroit. Son déplacement lui enlèverait peut-être tout l’attrait qu’il doit avoir et toute la signification qu’il doit comporter. »
« L’emplacement a été choisi d’accord avec les délégués américains, que le dessin en a été fait pour s’harmoniser avec cet endroit du boulevard, et que c’est l’endroit d’où il pourra être vu le mieux de tout, le boulevard de l’avant-port à la pointe de Ville-ès-Martin. »

Pour l’opinion publique la commémoration de l’entente franco-américaine était plutôt bien perçue mais elle était aussi plus critique sur l’idéologie entretenue.
La dette était dans tous les esprits et les Français en subissaient chaque jour les conséquences. Ils avaient le sentiment que les grands mots (patriotisme, union, etc.) laissaient indifférents les Américains et les Anglais et qu’en venant les secourir ils avaient surtout fait une bonne affaire.
Au salon des artistes français, au Grand Palais, en juin 1926, où Mrs. Whitney exposait un plâtre du futur monument, un critique d’art écrivait : « Quand Mme Withney apporte un gigantesque plâtre où sur un aigle, ailes étendues, un soldat américain fait des exercices d’équilibres, et que l’on songe que ce monument, offert à la France, doit être érigé à Saint-Nazaire, on ne peut s’empêcher de dire que c’est un fichu cadeau et que le moindre ducaton ferait bien mieux notre affaire. »

L’article du Courrier de Saint-Nazaire

Le Courrier de Saint-Nazaire faisait paraître, le 12 septembre 1925, un article en français de Mésanger : « Le Monument Américain de Saint-Nazaire » et en anglais : « To our American Friends » de J.-B.Gautreau, illustré par un dessin de René Bougouin, d’après la maquette.
Cet article a été en partie reproduit dans plusieurs journaux parisiens et il y eut de nombreuses citations dans les journaux américains.
Le Conseil municipal de Saint-Nazaire a fait l’acquisition de cinquante numéros du Courrier et les a envoyés à New York, au président de St-Nazaire Memoral Fund, M. Roynon Cholmeley-Jones.
Celui-ci a adressé, en retour, une lettre à Mésanger :

Monsieur,
Mme Whitney m’a montré le numéro du « Courrier de Saint-Nazaire » du 12 septembre, contenant votre très intéressant article sur le monument que la Saint-Nazaire Association va ériger à Saint-Nazaire pour commémorer le débarquement des premiers contingents américains en France et notre service à votre pays durant la Grande Guerre.
Il est certainement très flatteur à notre Association, composée d’hommes et femmes qui ont servi à Saint-Nazaire pendant la guerre, de lire les attentions amicales exprimées dans votre article et de savoir que notre idée de placer un monument à Saint-Nazaire est si bien reçue. Il nous est également très agréable de savoir que le motif symbolique de Mme Whitney, que nous avons choisi pour notre mémorial, est apprécié à sa juste valeur pour sa beauté ainsi que pour l’expression d’amitié qu’il est supposé représenter.
Il y a un point que nous voudrions porter à l’attention de vos lecteurs à savoir que ce mémorial doit être considéré en vérité comme le cadeau du peuple américain. Notre association reçoit, en ce moment, des contributions de tous les coins de notre pays et c’est grâce à ces milliers de petites souscriptions que les fonds nécessaires vont être procurés.
Pour ma part, ayant été à Saint-Nazaire pendant quinze mois, pendant la guerre, je désire exprimer mes remerciements, ainsi que ceux de notre Association pour la réception que notre monument recevra.
« Veuillez agréer, etc…
R. Cholmeley-Jones, Président, – Saint-Nazaire Mémorial Fund,”

CourierSaintNazaireMarqueesSource : Archives départementales de Loire-Atlantique
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